
Hôpital universitaire de Jendouba : Reconnaissance historique relançant le débat sur la faculté de Médecine.
Le 28 juillet 2026 marquera une avancée significative pour le gouvernorat de Jendouba. Par un arrêté conjoint des ministres de l’Enseignement supérieur et de la Santé, publié dans le Journal officiel de la République tunisienne, l’hôpital régional de Jendouba a été élevé au rang d’hôpital universitaire. Cette décision répond à une demande ancienne des citoyens, des professionnels de santé, des universitaires et des acteurs de la société civile de la région.
Cette reconnaissance, bien plus qu’une simple formalité administrative, s’inscrit dans une volonté de rééquilibrer le paysage sanitaire du pays. Elle vise à renforcer les infrastructures hospitalières dans les zones intérieures, qui ont longtemps souffert d’un manque de spécialités médicales, de personnel universitaire et d’investissements.
Pour les résidents du Nord-Ouest, cette évolution est un signal prometteur. Elle laisse entrevoir une amélioration continue de la qualité des soins, une prise en charge plus efficace des patients et un attrait accru pour les médecins spécialistes, enseignants hospitalo-universitaires et chercheurs.
Cependant, le statut d’hôpital universitaire ne doit pas être perçu comme une fin en soi, mais plutôt comme le commencement d’un vaste projet. Un hôpital universitaire doit remplir trois missions essentielles : fournir des soins de qualité, former les futurs professionnels de santé et participer à la recherche scientifique. Cela nécessitera une restructuration des services hospitaliers, incluant les urgences, les consultations externes, les laboratoires et les unités de réanimation, afin qu’ils répondent aux normes d’un établissement moderne.
Le défi humain est tout aussi crucial. Pour que l’hôpital puisse assumer ses nouvelles responsabilités, il sera nécessaire de recruter des enseignants hospitalo-universitaires, des médecins spécialistes et du personnel paramédical qualifié, tout en renouvelant les équipements biomédicaux. Faute de ces investissements, le changement de statut pourrait rester symbolique.
L’hôpital de Jendouba a toujours eu une vocation universitaire. Créé à la fin des années 1970, il a été inauguré par le président Habib Bourguiba dans un contexte de développement régional. Les consultations externes ont débuté en octobre 1981, suivies par l’ouverture progressive des départements à partir de mars 1982. À l’époque, il figurait parmi les infrastructures sanitaires les plus modernes du pays, offrant diverses spécialités médicales et chirurgicales, tout en accueillant des étudiants en médecine pour leurs stages pratiques.
Peu de personnes réalisent que le développement de l’hôpital s’inscrivait dans un projet plus vaste, incluant la création d’une faculté de médecine à Jendouba. Cette initiative visait à établir un pôle hospitalo-universitaire capable de former localement des médecins, de promouvoir la recherche biomédicale et de remédier au manque de spécialistes dans la région. Malheureusement, ce projet n’a jamais été concrétisé.
Dans les années 1980, l’hôpital de Jendouba était un établissement de référence pour toute la région du Nord-Ouest, attirant des patients des gouvernorats voisins comme Béja, le Kef et Siliana, réduisant ainsi leur besoin de se rendre dans les hôpitaux de Tunis. Cette proximité a amélioré l’accès aux soins spécialisés tout en désengorgeant les établissements de la capitale. L’hôpital a également bénéficié de l’intervention d’équipes médicales étrangères, notamment chinoises, qui ont introduit des techniques chirurgicales innovantes.
Le nouveau statut universitaire de l’hôpital va au-delà des enjeux sanitaires. Dans de nombreux pays, les centres hospitalo-universitaires jouent un rôle clé dans le développement économique et territorial, stimulant la recherche, attirant des investissements et favorisant l’innovation. Pour le Nord-Ouest, un hôpital universitaire pleinement opérationnel pourrait être un moteur de transformation.
Il est essentiel de disposer des ressources nécessaires pour réaliser ces ambitions. Le renforcement des ressources humaines, la modernisation des équipements, la création de nouveaux services spécialisés et l’amélioration des conditions de travail des professionnels de santé sont des prérequis indispensables.
La prochaine étape est claire : un hôpital universitaire ne peut remplir sa mission sans une faculté de médecine qui formera les futurs praticiens et alimentera la recherche. L’établissement d’une telle faculté à Jendouba, au Kef ou à Béja répondrait à plusieurs objectifs : renforcer l’offre de formation dans le Nord-Ouest, attirer des enseignants-chercheurs, fidéliser les jeunes médecins et améliorer la couverture médicale de la région.
Ce changement de statut de l’hôpital régional de Jendouba représente ainsi bien plus qu’un simple changement de nom. Il ouvre une nouvelle ère dans l’histoire sanitaire du Nord-Ouest. Pour les habitants, cette reconnaissance est le début d’un projet ambitieux visant à établir un véritable pôle hospitalo-universitaire, capable de rayonner sur toute la région et de redonner à celle-ci la place qu’elle mérite dans le paysage sanitaire et universitaire tunisien.
