Tunisie

Handicap et « kafala » : mesures du ministère des Affaires sociales pour les sans soutien familial

Thameur Toukabri, chargé de la direction générale des personnes handicapées au ministère des Affaires sociales, a détaillé le fonctionnement du système de kafala et annoncé la création prochaine d’un fonds dédié. L’aide mensuelle pour chaque personne handicapée prise en charge s’élève actuellement à 350 dinars, montant qui a progressivement évolué depuis un niveau initial de 150 dinars.


Invité de Radio Nationale le 18 avril 2026, Thameur Toukabri, responsable de la direction générale des personnes handicapées au ministère des Affaires sociales, a expliqué le fonctionnement du système de kafala (tutelle) destiné aux personnes handicapées sans soutien familial, a précisé l’état d’avancement du concours de recrutement qui leur est réservé, et a annoncé la création prochaine d’un fonds dédié.

Le responsable a souligné que l’objectif principal des programmes du ministère est la réhabilitation et l’intégration des personnes handicapées, à qui il reconnaît le droit de vivre dans un cadre familial naturel, comme tout citoyen tunisien.

Cependant, de nombreuses personnes handicapées se trouvent sans soutien familial, soit en raison de l’absence de famille, soit parce que leurs proches ne peuvent pas assumer leur prise en charge. Le handicap engendre en effet des coûts considérables, à la fois financiers et en termes d’efforts humains.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le dispositif de kafala, permettant à des familles d’accueil de prendre en charge des personnes handicapées sans soutien, en échange d’une aide mensuelle.

Le responsable a précisé que cette aide ne constitue pas une rémunération, mais une contribution destinée à couvrir les besoins et dépenses supplémentaires liés au handicap.

Des critères stricts pour garantir la dignité des bénéficiaires

L’intervenant a indiqué que la condition principale pour bénéficier de ce dispositif est que la personne soit dépourvue de soutien familial au sens strict, c’est-à-dire sans père, mère ou descendants directs, les frères et sœurs n’étant pas pris en compte. Si des parents existent, la condition peut néanmoins être retenue s’ils sont eux-mêmes âgés et incapables de prendre en charge la personne handicapée.

Le consentement de la personne concernée est essentiel ou, en cas d’incapacité mentale profonde, celui de son tuteur légal. La démarche est initiée par la famille souhaitant accueillir, qui doit constituer un dossier à soumettre au ministère. Celle-ci doit respecter plusieurs critères : garantir la santé, l’équilibre et la moralité, et être considérée comme une véritable famille et non un tuteur isolé.

Un accompagnement rigoureux, de l’instruction du dossier au suivi trimestriel

Le dossier est soumis à une instruction complète, incluant une évaluation de la situation matérielle et sanitaire de la famille candidate, ainsi qu’un examen des conditions de logement, notamment son accessibilité pour les personnes présentant un handicap moteur sévère.

Une fois la kafala accordée, le ministère des Affaires sociales assure un suivi trimestriel. Le responsable a tenu à souligner que ce suivi ne doit pas être considéré comme une surveillance, mais comme un accompagnement destiné à améliorer les situations et à soutenir les familles d’accueil. En cas de manquement constaté ou de refus de la personne prise en charge de rester dans ce cadre, la kafala peut être résiliée, et les manquements graves peuvent entraîner des poursuites judiciaires.

L’aide mensuelle s’élève actuellement à 350 dinars par personne handicapée prise en charge. Le chargé de la direction générale a rappelé que ce montant a progressivement évolué depuis un niveau initial de 150 dinars, et qu’il sera révisé en fonction du coût de la vie. Une famille d’accueil peut prendre en charge au maximum deux personnes.

Le responsable a également fait état d’une confusion fréquente : les personnes handicapées bénéficiant déjà d’une aide dans le cadre du programme de protection sociale voient cette prestation suspendue dès qu’elles intègrent le dispositif de kafala, les deux relevant du même cadre.

Toute famille souhaitant accueillir une personne handicapée est invitée à se rapprocher de l’unité locale d’action sociale de son lieu de résidence pour obtenir des informations sur les documents requis et constituer son dossier.

Concours de recrutement : des résultats quasi définitifs, la commission médicale attendue

Le responsable a ajouté que les résultats publiés sont considérés comme quasi définitifs, portant sur un nombre de candidats représentant environ le double des postes à pourvoir. Une commission médicale doit désormais évaluer l’adéquation entre les profils retenus et les postes proposés, ce qui pourrait entraîner des ajustements. Le chargé de la direction générale a précisé que ses travaux devraient être plus rapides que ceux de la commission technique, les dossiers étant déjà constitués.

Il a également rappelé que des recours restent ouverts : toute personne s’estimant lésée peut demander des éclaircissements motivés sur son dossier, et un résultat négatif à ce concours n’empêche pas de candidater à de futures sessions.