Tunisie

Géopolitique – « Verticale » AME : La Tunisie saura-t-elle tirer son épingle ?

La Tunisie, avec sa position stratégique à la croisée de l’Europe et de l’Afrique, possède un potentiel géographique indéniable. Toutefois, ce potentiel n’est pas encore pleinement exploité sur le plan économique. La dynamique actuelle de la « Verticale » reliant l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe pourrait offrir à la Tunisie une opportunité unique de renforcer son rôle dans les échanges commerciaux, l’investissement et les chaînes de valeur au sein de cette région.

L’économie mondiale est en pleine mutation. Alors que les échanges internationaux étaient historiquement dominés par un axe Est-Ouest, une nouvelle tendance émerge, favorisant des corridors économiques Nord-Sud. Dans ce contexte, l’axe Afrique-Méditerranée-Europe (AME) se révèle particulièrement prometteur pour le développement économique.

Pour la Tunisie, cette évolution est cruciale. Proche des principaux marchés européens et au cœur de la Méditerranée, le pays pourrait jouer un rôle clé en tant qu’interface entre ces deux rives. Cependant, pour tirer parti de cet atout, il est impératif de transformer cette position géographique en un véritable levier économique.

Cette nouvelle configuration ne se limite pas à une simple augmentation des échanges commerciaux ; elle permet également de repenser les chaînes de valeur. L’objectif serait de rapprocher les ressources industrielles, les capitaux, les compétences et les marchés afin de favoriser une production intégrée au sein d’un espace régional. L’Afrique, riche en ressources humaines et naturelles, souffre encore d’un manque de transformation locale. De son côté, l’Europe doit faire face à des défis tels que le vieillissement de sa population et la nécessité de sécuriser ses chaînes d’approvisionnement.

La Méditerranée pourrait ainsi devenir un espace de production et de connexion, et la Tunisie a l’opportunité de s’y affirmer grâce à son tissu industriel et ses compétences. Il est essentiel de passer d’une relation commerciale traditionnelle à une approche de coproduction, où les pays collaborent pour construire des chaînes de valeur intégrées. Ce modèle pourrait concerner des secteurs variés tels que l’automobile, les technologies numériques et les énergies renouvelables.

En outre, un tel positionnement renforcerait les liens avec les marchés africains. Les entreprises tunisiennes, déjà actives sur le continent, pourraient bénéficier de partenariats européens pour participer à des projets industriels en Afrique, allant au-delà de l’exportation de produits finis.

La création de cet espace économique nécessite également une évolution dans la circulation des capitaux. L’investissement européen en Afrique pourrait développer les capacités de production, tandis que les fonds africains pourraient trouver de nouvelles opportunités sur les marchés européens. Pour cela, il est essentiel d’attirer davantage d’investissements productifs et de favoriser l’émergence d’entreprises à portée régionale. Cela implique d’améliorer l’environnement des affaires et de renforcer les infrastructures logistiques et numériques.

Les diasporas jouent un rôle clé dans cette dynamique, en formant des réseaux reliant les deux rives de la Méditerranée. Si ces réseaux sont mieux mobilisés, ils pourraient accélérer les partenariats, les transferts de compétences et l’implantation d’entreprises.

Cependant, la constitution d’une « verticale » Afrique-Méditerranée-Europe ne se fera pas sans un effort concerté. Des politiques industrielles coordonnées, des investissements dans les infrastructures et une volonté de dépasser les relations traditionnelles entre fournisseurs et marchés sont nécessaires. La Tunisie a une réelle opportunité de se positionner comme une plateforme reliant les marchés européens aux économies africaines, mais cela nécessite une stratégie économique bien définie.

Dans un contexte où les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, la Méditerranée pourrait retrouver une place centrale. Pour la Tunisie, le défi est de ne pas se contenter d’être un simple point de passage, mais de devenir un acteur clé de cette nouvelle organisation économique. La « Verticale AME » pourrait ainsi permettre au pays d’attirer, produire, exporter et investir dans un espace réunissant deux marchés complémentaires, plaçant la Tunisie au cœur d’une recomposition aux retombées potentielles bien au-delà de ses frontières.