Tunisie

Gaza : la paix conditionnelle en suspens

La récente déclaration de Benjamin Netanyahu, affirmant que son gouvernement « rejette » le plan de paix proposé, souligne une réalité bien connue de la diplomatie au Proche-Orient : la paix, bien que pouvant être discutée et même acceptée, peut rapidement être remise en question par un simple refus. Ce rejet résonne comme un écho des nombreux échecs passés dans les négociations.

Le contexte aurait pu sembler prometteur. En effet, le Hamas a donné son accord à une feuille de route américaine, élaborée en quinze points par le « Conseil de la paix » de Donald Trump, et présentée à la fin du mois de juillet. Cet accord initial aurait pu être une avancée significative, mais il a fallu convaincre Netanyahu, ce qui s’est avéré être un défi majeur.

Le Premier ministre israélien, fidèle à sa réputation, a rapidement réaffirmé sa position : son gouvernement n’envisage aucun retrait des territoires palestiniens tant que le Hamas ne sera pas « véritablement désarmé ». Cette exigence pose une question cruciale : que reste-t-il à discuter lorsque l’une des parties impose ses conditions avant même d’entrer en négociation ?

La question du désarmement du Hamas est-elle réellement essentielle pour parvenir à une paix durable ? En faire une condition préalable à tout retrait transforme le processus de négociation en un paradoxe : le retrait, qui devrait être un élément de l’accord, devient une simple récompense conditionnelle à un désarmement dont les modalités restent à définir.

La vision diplomatique de Netanyahu semble être celle d’une paix à réaliser « plus tard », après avoir satisfait à un ensemble de conditions, de garanties et de vérifications. Cependant, cet « après » a la fâcheuse tendance à ne jamais se concrétiser.

Du côté américain, la situation est tout aussi complexe. Bien que Washington présente son plan comme une avancée vers la paix, il est clair que la puissance des États-Unis ne se traduit pas nécessairement par une autorité politique efficace. Donald Trump peut multiplier les initiatives et les promesses, mais cela ne signifie pas que son principal allié accepte de les mettre en œuvre.

Le fait le plus troublant réside peut-être dans le rejet d’un plan américain par l’État sioniste, alors même que le Hamas l’a accepté. Cela soulève la question de savoir si la diplomatie américaine a créé une nouvelle forme de médiation, consistant à négocier avec ceux qu’elle est censée soutenir.

Pendant ce temps, la situation à Gaza est désespérée. Les habitants de cette région ne peuvent se permettre d’attendre que des subtilités diplomatiques se concrétisent ; ils vivent dans la douleur des pertes, des destructions et des incertitudes pour l’avenir de leurs enfants. Pour eux, la paix ne se résume pas à un document ou à des promesses, mais à la possibilité de vivre un jour de plus.

Ainsi, le véritable enjeu ne réside pas seulement dans l’acceptation par le Hamas des termes du plan américain, mais également dans la capacité de l’occupant à renoncer à certaines de ses certitudes. Une paix imposée à l’un et négociée avec l’autre ne serait qu’une trêve temporaire, et non une véritable résolution du conflit.

En multipliant les conditions et les lignes rouges, Netanyahu risque de faire de la paix un objectif toujours repoussé. Pour éviter que le projet américain ne se transforme en une promesse vaine, il est impératif que quelqu’un à Washington ait le courage de dire non à celui qui vient de dire non à la paix.