Tunisie

Femmes et pouvoir : le patriarcat demeure un obstacle majeur

Un chiffre peut parfois illustrer un malaise profond. En Tunisie, bien que les femmes constituent plus de 60 % des diplômés de l’enseignement supérieur, leur participation à la population active ne s’élève qu’à 26 %, tandis que celle des hommes dépasse les 65 %. De plus, moins de 15 % des entreprises sont dirigées par des femmes. Ces statistiques, révélatrices d’un véritable enjeu, ont été au cœur du colloque organisé cette semaine par le Credif, en amont de la célébration de la Fête nationale de la femme, prévue le 13 août. Ce phénomène ne traduit pas une absence de droits, mais plutôt un fossé persistant entre les garanties légales et la réalité sociétale.

La ministre de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Seniors, Asma Jebri, a évoqué des termes qui illustrent bien l’ampleur de la problématique, tels que « violence symbolique » et « barrière invisible ». Ces expressions mettent en lumière des réalités que les chiffres révèlent. Cette barrière se manifeste également dans les médias, où plus de 70 % des représentations féminines se limitent à la sphère domestique, et sur les plateaux de débat, où les femmes ne représentent que 20 % des experts invités. Dans la vie quotidienne, une enquête nationale du Credif indique qu’une Tunisienne sur deux a subi une forme de violence.

La Tunisie, bien qu’elle ait pris des initiatives législatives significatives, n’a pas encore réussi à modifier les mentalités. En tant que pionnière dans la région en matière de droits des femmes, elle a mis en place, avec la loi organique n° 2017-58, l’un des dispositifs les plus avancés dans le monde arabe pour lutter contre les violences à l’égard des femmes. Cependant, une législation seule ne suffit pas à provoquer un changement culturel. Le principal obstacle réside désormais dans une conviction persistante, rarement exprimée mais omniprésente, selon laquelle une femme occupant des responsabilités menacerait un ordre social encore largement influencé par des réflexes patriarcaux.

Pour remédier à cette situation, le ministère a prévu plusieurs mesures, telles que l’élaboration d’une stratégie intégrée, une mobilisation accrue des médias et une approche fondée sur des données et des études scientifiques. Toutefois, l’enjeu dépasse les simples dispositifs institutionnels. Il nécessite un changement profond des représentations et des pratiques sociales. La réussite de ces initiatives dépendra donc non seulement de la volonté politique, mais aussi de la capacité collective à transformer durablement les normes culturelles qui continuent d’entraver l’accès des femmes aux espaces décisionnels.