Tunisie

Espaces verts urbains : 3 m² par habitant, mobilisation citoyenne trop faible

La Tunisie dispose de moins de 3 m² d’espace vert par habitant en milieu urbain, un niveau deux fois inférieur au standard international. Alyssa Amara a annoncé la tenue du Green Drums Day, le 13 juin prochain à Manzah 9.

En milieu urbain, la Tunisie dispose de moins de 3 m² d’espace vert par habitant, un chiffre deux fois inférieur aux normes internationales.

Lors d’une interview sur RTCI pour la Journée mondiale de l’environnement, le 5 juin, Alyssa Amara, présidente de l’association Zone Verte et Développement Durable, a analysé les causes structurelles de cette carence, les différentes méthodes de gestion possibles et a appelé à une mobilisation collective.

Elle a annoncé le Green Drums Day, prévu le 13 juin prochain à Manzah 9.

La Tunisie se classe parmi les pays les plus vulnérables face aux défis climatiques, comme le confirment régulièrement les différentes éditions de la COP.

Alyssa Amara a rappelé que les changements climatiques, tels que les canicules et les événements extrêmes, touchent l’ensemble des acteurs de la société, tant en milieu urbain que périurbain, et que l’environnement est un enjeu essentiel de santé publique, tant physique que mentale.

Elle a cité des études scientifiques qui montrent les bienfaits d’une exposition à la nature sur la réduction du stress, de la dépression et du burn-out, précisant que le confinement dû à la Covid-19 a mis en évidence le rôle protecteur des espaces verts urbains pour les citoyens.

Dans ce contexte, la présidente de l’association a dressé un bilan chiffré préoccupant : la Tunisie n’a qu’environ 3 m² d’espace vert par habitant, nettement en deçà des standards internationaux qui oscillent entre 5 et 7 m².

Entre les municipalités de Tunis et de l’Ariana, le nombre de parcs urbains, de jardins publics et d’espaces verts est très limité.

Une réglementation existante mais contournée

Un cadre juridique existe pour protéger la vocation des espaces verts. Le plan d’aménagement urbain de chaque ville, élaboré par le ministère de l’Équipement et approuvé par les municipalités, définit des zones dédiées à la végétation. Leur affectation ne peut être changée que par une décision de la présidence du gouvernement, conformément au code de l’urbanisme.

Cependant, Alyssa Amara a reconnu que certains de ces espaces sont souvent détournés à des fins illégales. De plus, les promoteurs immobiliers ne respectent pas toujours l’obligation de réserver les espaces verts prévus dans ces plans, contribuant ainsi à la dégradation du couvert végétal urbain.

Les municipalités, officiellement chargées de l’entretien, de l’animation et de la sécurisation des espaces verts, manquent souvent de ressources suffisantes pour remplir pleinement cette mission.

La présidente a souligné que ces espaces sont des entités vivantes nécessitant une gestion continue, contrairement aux infrastructures routières.

Elle a indiqué que l’implication des citoyens est essentielle pour soutenir l’action municipale, soulignant que ni les municipalités ni l’État ne peuvent assurer à eux seuls la pérennité de ces zones.

Pour elle, l’usage responsable de ces espaces, l’absence de déchets et l’engagement dans leur entretien sont des conditions de base, mais les comportements actuels n’y répondent pas suffisamment.

Trois modèles de gestion en débat

Face à cette réalité, Alyssa Amara a passé en revue les options de gestion disponibles. Le modèle de gestion en régie municipale reste la référence, mais son coût pèse sur des budgets locaux déjà restreints.

La délégation de la gestion à une entreprise privée est une alternative, mais coûteuse également. La privatisation par concession, qui permet à un investisseur d’aménager et d’exploiter un espace sous contrat avec la municipalité, limite l’accès du citoyen au site (celui-ci pouvant être transformé en restaurant ou en centre de loisirs payant) ; l’association y est fermement opposée.

Le partenariat public-privé pourrait, en théorie, maintenir un accès gratuit tout en confiant la gestion à des acteurs spécialisés, mais les exemples réussis en Tunisie restent rares.

Le mécénat vert s’est avéré plus efficace : le jardin japonais, cogéré par la municipalité de Tunis, l’ambassade du Japon et la JICA, constitue l’exemple le plus réussi. Une compagnie d’assurances prend également en charge l’entretien d’un espace vert en plein centre de Tunis, bien qu’il soit clôturé et inaccessible au public.

Alyssa Amara a conclu en appelant à une cartographie exhaustive des espaces existants, à une évaluation de leurs besoins spécifiques et à la mobilisation d’acteurs économiques prêts à s’engager dans cette démarche. Elle a affirmé qu’un tel projet nécessitait un dialogue constant avec les municipalités.

La conversion de terrains appartenant à des institutions publiques (ministères, entreprises d’État) en espaces verts a également été évoquée.

L’activiste écologique a estimé que cette option se heurte à une priorité donnée à rentabilité économique immédiate, négligeant la valeur indirecte mais réelle de ces espaces pour la santé et le bien-être collectif.

Elle a noté que le jardin n’est pas la première utilisation que ces institutions envisagent pour un terrain, et que cette logique contribue à la persistance de friches en plein cœur de zones densément peuplées.