Tunisie

Environnement des affaires : Une perturbation électrique à surmonter

L’électricité reste un élément crucial pour l’environnement des affaires et le développement économique. Les récentes perturbations mettent en lumière les défis auxquels le secteur est confronté, notamment la hausse de la demande, les contraintes financières et la transition vers un mix énergétique plus durable.

La Presse — Pendant de nombreuses décennies, l’énergie électrique a constitué l’un des piliers de l’environnement des affaires en Tunisie, aux côtés de services fondamentaux tels que l’approvisionnement en eau potable, les services de télécommunications, les infrastructures et, bien entendu, les compétences humaines.

Pour les hommes d’affaires, qu’ils soient locaux ou étrangers, ces éléments étaient des prérequis à toute décision d’investissement et des facteurs déterminants pour la stabilité de leurs activités ainsi que pour la crédibilité de leurs engagements envers les donneurs d’ordre et les chaînes de distribution, tant à l’étranger qu’en Tunisie.

Ces acquis ont été mis à profit par la place de Tunis, qui continue d’y investir pour attirer les investisseurs, plaçant ces éléments avant même le facteur des coûts, qui sont très compétitifs, voire dérisoires, par rapport à ceux pratiqués sur le marché européen, principal partenaire commercial de la Tunisie.

Soudainement, un cycle inédit de « délestage » électrique a mis à l’épreuve les chaînes de production et a parfois remis en question la stabilité de l’approvisionnement en énergie électrique, soulevant la question : « Est-ce juste conjoncturel ? » ou doit-on s’inquiéter pour l’avenir de son activité, sachant que les épisodes de chaleur extrême, justifiés par les autorités comme raison du « délestage », devraient se reproduire plus fréquemment et sur des périodes plus longues selon les projections des spécialistes du climat et de la météo.

Cette question a fait l’objet de nombreux débats, révélant des signes d’essoufflement d’un modèle de développement dépassé, mais aussi des arguments solides en faveur de la place de Tunis en tant que site d’investissement, de production et de qualité de vie.

En effet, selon les communications officielles, le pays traverse une phase de transition qui repose de moins en moins sur l’énergie fossile importée, au profit des énergies renouvelables produites localement, avec des objectifs quantitatifs clairs et un calendrier précis : 35 % du mix énergétique en 2030 et 50 % en 2035.

Plusieurs projets ont déjà été mis en production cette année et d’autres sont en cours, ce qui envoie un signal rassurant quant à la stabilité de l’approvisionnement à long terme. La Société tunisienne d’électricité et du gaz (Steg), en particulier, continue d’investir et de s’endetter pour assumer pleinement son rôle de fournisseur historique d’électricité, tant pour l’usage professionnel que domestique.

Cependant, cet argument rassurant cache un revers tout aussi préoccupant, car la Steg continue d’accumuler des dettes, mettant en cause sa capacité à rembourser : plus de 7 milliards de dinars de dettes, dont plus de 6 milliards d’impayés !

Cette difficulté financière n’est pas apparue du jour au lendemain. Elle résulte de facteurs tant endogènes qu’exogènes, notamment le maintien des prix à un niveau relativement bas mais stable, pour des raisons de pouvoir d’achat des Tunisiens, ainsi que par souci de compétitivité et de coût de production pour les entreprises. La Steg fait partie des entreprises publiques qui assurent des subventions indirectes aux ménages et aux professionnels.

La crise du « délestage » a montré que la Steg était à court de moyens pour effectuer les entretiens nécessaires de son réseau et n’a pas été en mesure de faire face à un pic de consommation pourtant annoncé et prédit plusieurs mois à l’avance.

La Steg n’a donc pas les moyens financiers pour assurer sa pérennité, seulement des moyens techniques et humains. La pérennité de l’approvisionnement électrique sera déterminante pour celle de toute l’économie ! Sinon, comment convaincre des investisseurs de s’implanter en Tunisie si un service minimum d’énergie électrique n’est pas garanti ?

Il est vrai que les aléas climatiques ne concernent pas uniquement la Tunisie, d’autant plus que le délestage a été mis en œuvre pour éviter un blackout qui aurait été encore plus désastreux. Toutefois, cela implique une communication étroite avec les abonnés concernés pour éviter le pire.

Or, la Steg n’a pas informé ses abonnés, sauf par des communiqués de dernière minute, de ses intentions de « délestage ».

Ainsi, les abonnés ont été pris au dépourvu, certains subissant de lourdes pertes, tandis que d’autres ont rencontré des effets négatifs sur l’approvisionnement du marché en d’autres produits, comme en témoigne la crise de l’eau minérale en pleine saison estivale. Cette crise aurait pu être évitée ou atténuée si une communication de crise avait eu lieu au moment opportun. Les professionnels affirment qu’ils auraient pu s’organiser différemment s’ils avaient été informés suffisamment à l’avance.

Cette défaillance doit être rapidement corrigée, en créant des espaces d’échange permanents et transparents, surtout si la Steg envisage d’ajuster ses tarifs de vente en tenant compte de la volatilité des cours internationaux de l’énergie. À défaut, la Tunisie risque de perdre des entreprises et des emplois, au lieu d’en créer.

Il ne faut pas oublier que d’autres sites d’investissement continuent de se développer et de gagner en attractivité, alors que le contexte international et les tensions géopolitiques favorisent une relocalisation des activités productives, au détriment des délocalisations qui avaient profité à la place de Tunis pendant des décennies.