Tunisie

Déséquilibres mondiaux et choc énergétique : l’économie mondiale ne doit pas craindre la stagflation

L’économie mondiale fait face à un déséquilibre structurel entre offre et demande, alimenté par des crises géopolitiques et des chocs énergétiques. Ahmed Kemali, fondateur de la plateforme « eBonus Market », souligne que le premier pilier de cette crise repose sur un choc énergétique durable, avec un pétrole « plus cher, plus longtemps » comme une réalité incontournable.

Le monde économique fait face à une période de turbulences sans précédent. Au-delà de la hausse des prix et des tensions d’approvisionnement, se dessine une dynamique plus profonde : un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande.

Cette évolution, alimentée par les crises géopolitiques et les chocs énergétiques, fait revivre le spectre de la stagflation, avec des répercussions directes sur les entreprises, les marchés et le pouvoir d’achat.

La Presse — La stagflation, autrefois considérée comme une hypothèse théorique, s’impose aujourd’hui comme une réalité palpable. Cette onde de choc, bien que discrète, traverse progressivement les économies et pourrait se transformer en véritable tsunami si aucune mesure n’est adoptée.

Les signaux sont désormais manifestes et concordants. En effet, nous faisons face à une combinaison sans précédent de facteurs qui esquissent une « tempête parfaite », destinée à redéfinir durablement l’équilibre économique mondial. Dans ce contexte, il est temps de ne plus spéculer, mais d’anticiper et de se préparer, car tout retard pourrait avoir des conséquences irrémédiables sur les marchés et sur le quotidien des consommateurs et des entreprises.

À cet égard, Ahmed Kemali, fondateur et gérant de la plateforme « eBonus Market », souligne que le premier pilier de cette crise repose sur un choc énergétique à la fois structurel et durable. Selon lui, le scénario d’un pétrole « plus cher, plus longtemps » est désormais une réalité incontournable. En raison des tensions géopolitiques, notamment en Ukraine et au Moyen-Orient, l’offre mondiale est gravement perturbée : les capacités d’exportation diminuent, tandis que plusieurs infrastructures pétrolières stratégiques ont subi des dommages, fragilisant l’approvisionnement énergétique global.

Kemali précise que se met en place un déséquilibre durable entre une offre contrainte et une demande toujours forte, entraînant une hausse structurelle des prix de l’énergie. Même si les conflits s’apaisent, ajoute-t-il, les dégâts nécessitent des années de reconstruction, prolongeant ainsi les tensions sur les marchés et augmentant l’incertitude pour les acteurs économiques.

Poursuivant son analyse, Ahmed Kemali met également en avant la pression énorme sur les chaînes logistiques mondiales. Le Canal de Suez, axe stratégique du commerce international, est devenu une zone à risque, obligeant les navires à contourner par le Cap de Bonne-Espérance. Ce détour allonge considérablement les délais de transport, augmente les risques liés aux intempéries et réduit mécaniquement la capacité disponible de la flotte mondiale.

Il mentionne qu’une flambée des coûts du fret peut engendrer plusieurs milliers de dollars supplémentaires par conteneur. Pour les entreprises, cette situation se traduit par une augmentation des coûts d’importation, des retards de livraison et une désorganisation accrue des chaînes d’approvisionnement, perturbant ainsi la production et la distribution dans de nombreux secteurs stratégiques.

D’autre part, ces tensions impactent directement les coûts de production. La hausse des prix de l’énergie, des engrais et des matières premières agricoles contribue à une inflation alimentaire croissante. En outre, des perturbations touchent également certains matériaux stratégiques, tels que l’aluminium, le plastique et l’hélium, intensifiant les tensions industrielles et compromettant la compétitivité à l’échelle mondiale.

Ainsi, l’inflation devient progressivement systémique. Elle s’étend à l’ensemble des biens et services, contraignant les entreprises à répercuter ces hausses sur les prix finaux. Dans ce contexte, les banques centrales, confrontées à un choc d’offre, disposent de marges de manœuvre limitées, augmentant ainsi le risque de stagnation économique et de perte de confiance sur les marchés financiers.

Les conséquences économiques et sociales sont donc majeures. Pour les consommateurs, cela se traduit par une érosion rapide du pouvoir d’achat et un risque accru de tensions sociales, affectant directement leur quotidien et leur bien-être. Pour les entreprises, la hausse des coûts et la baisse des marges augmentent le risque de faillites, notamment pour les PME, fragilisant l’emploi et la stabilité économique locale.

Parallèlement, le secteur de l’import-export est confronté à une perte de productivité et à une forte incertitude sur les flux commerciaux, mettant en péril l’équilibre des échanges internationaux. Enfin, les États doivent faire face à une pression accrue sur leurs finances publiques, leurs réserves en devises et, plus largement, sur la stabilité économique nationale et régionale.

Face à cette situation, Ahmed Kemali estime que l’inaction est désormais inacceptable. Il souligne l’indispensabilité de l’innovation, de la digitalisation et de l’adaptation pour relever ce nouveau défi économique.

Dans cette optique, conclut-il, de nouvelles solutions doivent émerger pour renforcer la résilience des acteurs économiques et protéger les entreprises, les consommateurs ainsi que l’ensemble de l’écosystème financier face à ces turbulences inédites.