Déchets recyclables : Pain non consommé et huile de friture, rentables.
L’an dernier, l’Institut national de la consommation avait avancé un chiffre de 113 mille tonnes de pain jetées annuellement. Le pain perdu est racheté à deux cents millimes le kilo.
Les Tunisiens sont parmi les plus grands consommateurs de pain, mais ils se distinguent également par le gaspillage considérable de cet aliment de base. L’an dernier, l’Institut national de la consommation a révélé des chiffres alarmants : 113 000 tonnes de pain sont jetées chaque année. On a même estimé qu’un ménage gaspille près d’un kilo de pain chaque semaine.
Les écologues apportent des solutions à ce problème. La collecte et le recyclage du pain non consommé font partie des initiatives économiques et environnementales qui promettent de démarches efficaces en matière de gestion des déchets. Récemment, une entreprise spécialisée dans la collecte des déchets recyclables a lancé un appel aux consommateurs, les incitant à vendre leurs restes de pain pour le transformer en un produit valorisé, rentable et à valeur ajoutée.
M. Hamza Chaouech, président de la Chambre nationale des collecteurs des déchets en plastique et propriétaire de l’entreprise concernée, a expliqué : « Les consommateurs n’étaient point informés sur la collecte du pain perdu et sur le fait que nous le rachetons pour le revendre aux éleveurs. Ils pensaient même que les restes de pain seraient donnés comme tels au bétail, ce qui n’est pas vrai. Le pain perdu est recyclé et ajouté au fourrage. Les vaches laitières, par exemple, consomment un kilo d’orge, un kilo de maïs et deux cents grammes de pain. Ce dernier joue un rôle important dans le renforcement de la production de lait. »
Dès l’annonce de cette initiative, les consommateurs se sont rendus au centre de collecte à Radès pour vendre leurs restes de pain. « Nous avons reçu une quinzaine de sacs d’une capacité de cinquante kilos chacun. Il s’agit d’un bon début surtout que les consommateurs se montrent collaboratifs », a précisé M. Chaouech. Il a également ajouté : « Nous nous sommes déplacés à Radès, à Boumhal, à Ezzahra et à el Mourouj. Nous envisageons de faire l’acquisition d’un camion pour faciliter la collecte de pain restant via la méthode du porte-à-porte. » Il est essentiel, selon lui, que les Tunisiens soient sensibilisés à cette nouvelle pratique jusqu’à ce qu’elle devienne une habitude dans leur quotidien.
De plus, il a souligné que « il faut changer la mentalité et coopérer avec les parties concernées pour gérer savamment et efficacement les déchets. Encore faut-il préciser que les collecteurs anarchiques et les unités de collecte, implantés souvent dans les quartiers populaires, ne sont pas agréés par l’Etat. »
Parallèlement à la gestion des déchets de pain, son entreprise a récemment sauvé 1,5 tonne de papier des poubelles. Anticipant la fin de l’année scolaire et les quantités massives de papier souvent abandonnées près des établissements scolaires, elle a lancé un appel à la collecte de déchets en papier. Près de sept cents personnes ont répondu à l’initiative, selon M. Chaouech. « Nous avons même été contactés par des techniciens de l’environnement œuvrant dans la Technopôle du Borj Cédria pour participer à cette action. Ils avaient d’importantes quantités de déchets en papiers à s’en débarrasser… C’est dire, » a-t-il noté, « l’impact de l’information sur les citoyens. »
Concernant l’huile de friture, habituellement jetée dans les canalisations ou à la poubelle, elle devient, selon lui, une nouvelle source de revenus. Une entreprise de Mghira s’occupera de sa filtration et de son exportation.
Enfin, chaque déchet a son prix. Le pain perdu est racheté à deux cents millimes le kilo, tandis que le papier est valorisé à quatre cents millimes le kilo. Le tarif de l’huile végétale usée n’a pas encore été établi en raison du caractère embryonnaire de l’initiative, et le plastique se vend à un dinar, soit 1,100 DT.
M. Chaouech conclut : « Il faut que les Tunisiens sachent que 30 % des déchets sont recyclables et, par conséquent, rentables. Leur valorisation a des portées économiques mais aussi écologiques considérables, puisque nous atténuerons ainsi la quantité des déchets gérés dans les décharges. Ancrer cette culture auprès des jeunes générations finira, certainement, par donner de futurs citoyens avisés et soucieux de la cause environnementale. »
