Carthage : une injustice millénaire sur les Carthaginois révélée par la science
Une étude bioarchéologique publiée en 2024 dans la revue Antiquity conclut que les restes incinérés d’enfants découverts dans le Tophet de Carthage ne prouvent pas l’existence de sacrifices humains systématiques. Les résultats montrent que les enfants sont morts à des âges très précoces, correspondant aux taux élevés de mortalité infantile dans l’Antiquité.
Une étude bioarchéologique publiée en 2024 dans la revue Antiquity affirme que les restes incinérés d’enfants découverts dans le Tophet de Carthage ne démontrent pas l’existence de sacrifices humains réguliers. Cette idée est perçue comme une injustice historique, dont les premiers responsables sont les historiens romains, car, comme le dit le proverbe, « l’histoire a toujours été écrite par les vainqueurs ». Selon les chercheurs, ces dépôts témoignent plutôt d’une mortalité infantile naturelle, traitée selon des rituels funéraires élaborés.
L’étude repose sur une approche bioarchéologique, englobant l’estimation de l’âge au décès (via les dents et les stades de développement osseux), l’analyse taphonomique des os brûlés, ainsi qu’une comparaison avec d’autres sites funéraires méditerranéens. Les résultats indiquent que les enfants sont décédés à un âge très précoce, en lien avec les taux élevés de mortalité infantile observés dans l’Antiquité. Aucune trace osseuse ne révèle une mise à mort intentionnelle.
Les chercheurs soulignent que l’idée de sacrifices d’enfants à Carthage a été largement nourrie par des récits grecs et romains, écrits dans un contexte de rivalité politique avec la cité punique. Ces textes, que certains historiens jugent aujourd’hui peu fiables, ont longtemps influencé les interprétations archéologiques. L’étude de 2024 ne rejette pas la dimension religieuse des dépôts du Tophet, mais elle remet en question l’hypothèse d’un sanctuaire consacré aux sacrifices.
Publiée dans Antiquity, cette recherche ne met pas un terme à la controverse mais en change les fondements. Les données actuelles favorisent l’idée d’un espace funéraire rituel lié à une forte mortalité infantile, plutôt que celle d’un lieu de sacrifices humains intentionnels. Les auteurs concluent désormais qu’il appartient à ceux qui soutiennent l’hypothèse sacrificielle de fournir des preuves tangibles.

