Biennale de Venise 2026 : L’art ne sera pas en paix
La 61e édition de la Biennale de Venise, intitulée « In Minor Keys », a ouvert ses portes le 9 mai et se poursuivra jusqu’au 22 novembre 2026 aux Giardini et à l’Arsenale. Une grève organisée le 8 mai pour protester contre la participation de l’occupation sioniste a entraîné la fermeture de plusieurs pavillons lors de l’avant-première de l’événement.

La 61e édition de la Biennale de Venise se déroule dans un contexte de forte tension. Sous la direction de la curatrice camerounaise Koyo Kouoh, axée sur les thèmes de la fragilité et de l’écoute, cette édition se distingue par une mobilisation importante d’artistes et de collectifs culturels en soutien à la Palestine, avec des appels au boycott, des fermetures de pavillons et des actions militantes visant l’entité sioniste et la Russie.
La Presse — La 61e édition de la Biennale de Venise, un événement majeur de l’art contemporain à l’échelle internationale, débute cette année dans un climat de contestation intense. Intitulée « In Minor Keys » et conçue par la regrettée curatrice camerounaise Koyo Kouoh, cette édition a ouvert ses portes le 9 mai et se prolongera jusqu’au 22 novembre 2026 aux Giardini et à l’Arsenale.
L’exposition principale, axée sur des tonalités intimes et sensorielles, invite à explorer la douceur, la fragilité et l’écoute en réponse au désordre du monde actuel. Cependant, à peine inaugurée, la Biennale fait déjà l’objet de vives protestations concernant la participation de l’entité sioniste et de la Russie, impliquant des démissions collectives au sein du jury, des appels au boycott, des fermetures symboliques de pavillons et des actions militantes orchestrées par des artistes et des collectifs culturels. Ce cadre transforme cette édition en l’une des plus politisées et tumultueuses des dernières années.
L’artiste est sorti de sa caverne depuis longtemps et ne peut être écarté des débats politiques. Contrairement à la position de Wim Wenders, cinéaste allemand qui a exprimé, lors de la Berlinale 2026, que le festival devait rester éloigné de la politique en affirmant : « Nous devons rester en dehors de la politique, nous sommes le contraire de la politique. Nous devons faire le travail des gens, pas celui des politiciens », cette Biennale illustre au contraire que le champ artistique est profondément marqué par les fractures du monde contemporain.
En effet, une grève a été organisée le 8 mai pour contester la participation de l’occupation sioniste, entraînant la fermeture de plusieurs pavillons lors de la dernière journée des avant-premières. Certains ont été fermés pendant quelques heures, tandis que d’autres, comme l’installation principale de l’Autriche, sont restés inaccessibles toute la journée.
L’initiative a été lancée par l’Art Not Genocide Alliance (Anga), un collectif réunissant des artistes et des membres du personnel de la Biennale, qui a indiqué qu’à un moment donné, plus de vingt pavillons fermeraient leurs portes pour soutenir l’exclusion de l’entité sioniste de l’événement à cause du génocide à Gaza.
« Cette grève est un rejet collectif de la banalisation du génocide dans la culture et des conditions de travail précaires qui caractérisent la Biennale», a déclaré Anga, en collaboration avec des syndicats italiens comme l’Associazione Difesa Lavoratori (ADL Cobas), l’Unione Sindacale di Base (USB) et la Confederazione Unitaria di Base (CUB).
Le vendredi, une douzaine de pavillons ont participé à cette action. Certains ont partiellement fermé, créant de la confusion à seulement vingt-quatre heures de l’ouverture officielle au grand public, après les journées réservées à la presse.
Les pavillons belge, néerlandais, autrichien, japonais, macédonien et coréen sont restés fermés toute la journée. Les pavillons espagnol, égyptien et finlandais, quant à eux, ont fermé avant de rouvrir ou ont maintenu une ouverture écourtée pour la plupart jusqu’à 16h00. D’autres artistes participant à l’exposition principale ont également manifesté leur soutien au mouvement en intégrant des références à la Palestine dans leurs œuvres.
Certains, comme Tabita Rezaire, ont hissé des drapeaux palestiniens, tandis que plusieurs pavillons affichaient des slogans à l’extérieur : « La Palestine est l’avenir du monde » et « Nous sommes solidaires de la Palestine ».
Cette édition de la Biennale de Venise, la plus prestigieuse du monde, a été marquée par des tensions et des manifestations. Mercredi dernier, le pavillon russe avait déjà dû fermer temporairement en raison d’une action menée par le collectif « Pussy Riot » contre la participation de la Russie.
Avant l’ouverture de l’événement, le jury responsable de l’attribution des Lions d’or avait démissionné collectivement, déclarant qu’il ne prendrait pas en compte les candidatures des pays dont les dirigeants faisaient l’objet de mandats d’arrêt internationaux, excluant ainsi la Russie et l’entité sioniste.
La Biennale de Venise a déjà connu des mouvements de contestation dans le passé. En 1968, des étudiants avaient occupé plusieurs pavillons pour réclamer une réforme de l’événement, ce qui avait conduit à l’annulation des remises de prix. Deux ans plus tard, de nouvelles manifestations organisées par le Parti communiste de Venise avaient également entraîné une suspension des récompenses.
Il convient de noter que dix artistes arabes prennent part à cette édition, dont des figures majeures de la scène contemporaine comme Kader Attia et Walid Raad, ainsi que des artistes d’une génération antérieure comme la Palestinienne Vera Tamari, la Libanaise Hala Schoukair et la Marocaine Amina Saoudi, installée en Tunisie.

