Tunisie

Bac : de la joie à la fraude, un pétard explosif

L’Association tunisienne des parents et élèves (Atupe) souligne que l’examen du baccalauréat n’est pas une simple formalité administrative, mais un rite fondateur. La fraude scolaire est perçue comme une menace qui altère la valeur du diplôme et mine la confiance dans l’école publique.


Il était une fois où les trois lettres du Bac résonnaient comme l’explosion joyeuse d’un pétard de fête, illuminant les cours d’école et les salons familiaux. Aujourd’hui, malheureusement, ce terme a perdu de son éclat, trop souvent lié aux fraudes, aux manipulations et aux réseaux clandestins qui souillent l’esprit de cette épreuve nationale. Ce changement sémantique est une véritable blessure collective : il démoralise les élèves assidus, décourage les parents qui ont investi leurs efforts pour soutenir leurs enfants, et sape la crédibilité de l’école publique.

La récente déclaration de l’Association tunisienne des parents et élèves (Atupe) arrive à un moment opportun. Elle rappelle que l’examen du baccalauréat n’est pas qu’une simple formalité administrative, mais un rite fondateur, un contrat de confiance entre l’État, les familles et la jeunesse. Préserver la transparence et l’égalité des chances est essentiel pour défendre l’idée même de la République éducative. Cependant, comment dissocier cette épreuve des réseaux de fraude ? Comment redonner à ces trois lettres leur splendeur d’origine, celle d’un pétard de joie ?

Il est d’abord nécessaire d’établir une fermeté sans compromis. Les réseaux de commercialisation des appareils de fraude doivent être traqués avec la même rigueur que les trafics qui mettent en péril la santé publique. En effet, la fraude scolaire est une drogue sournoise : elle ronge la confiance, dévalue le diplôme, et instille l’idée que la tromperie est une forme de fierté. Si cette notion s’implante dans les générations futures, c’est l’intégralité de l’école publique qui sera mise en péril.

Ensuite, une pédagogie de l’effort est primordiale. Il faut mettre en valeur les élèves qui fournissent un travail acharné, mettre en lumière leurs succès, raconter leurs parcours. L’école ne doit pas être uniquement un lieu de sanction ; elle doit être un espace d’apprentissage où l’on comprend que la sueur d’une année vaut plus que la ruse d’un instant. Les médias, les enseignants et les parents doivent constamment souligner que la véritable dignité provient de l’effort, et non de la fraude.

Enfin, la mobilisation citoyenne est essentielle. Le bac est une question nationale : il engage la confiance des familles, la crédibilité des institutions et l’avenir des jeunes. Chacun doit réaliser que protéger l’examen, c’est protéger la société.

Ne laissons pas le mot Bac se fossiliser dans la honte. Récupérons-lui sa valeur symbolique, celle d’un pétard de joie qui éclate entre les mains des élèves méritants. Car derrière chaque copie restituée, se cache une histoire de courage, de nuits blanches, de sacrifices familiaux. Et c’est cette histoire-là, et elle seule, qui mérite d’être célébrée.