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Roland-Garros 2026 : Gaël Monfils doit-il renier son instinct ?

Gaël Monfils a réussi l’exploit de reléguer au second plan sa qualité première, la défense, pour la mettre au service du spectacle. Il a arraché une qualification en demi-finale à Roland-Garros en 2008.

À Roland-Garros,

Show. Quatre lettres symbolisant un anglicisme que Gaël Monfils a incarné tout au long de sa carrière. Courses, sauts, plongeons, et une multitude de « hotshots » sur trois décennies ont contribué à son héritage spectaculaire, que le Français cherchera à honorer face à Hugo Gaston lors de son premier match dans ce qui sera son dernier Roland-Garros. Il a déjà laissé sa marque, précisons-le, jeudi dernier lors de sa soirée Gaël & Friends, animée par Paul de Saint-Sernin et Matt Pokora, avec un mini-tournoi mixte. C’est tellement lui. « Il aime le petit jeu, cela fait sûrement partie de son entraînement, sans quoi il s’ennuie », sourit son ancien entraîneur Eric Winogradsky.

Pour son amour du beau tennis, Monfils a réussi l’exploit de reléguer au second plan sa qualité première, la défense, pour la mettre au service du spectacle. Un paradoxe source de son succès, mais aussi de ses limites selon Gilles Simon dans Stade 2.

« C’est un joueur qui a mis longtemps à se connaître parce qu’on ne l’a pas aidé à se connaître. Parce que jamais personne n’a voulu accepter que dans sa nature, c’est un défenseur. C’est-à-dire que si sa vie en dépend, il met la balle dans le terrain et il court. Et dans un moment important, si on lui demande de frapper, elle ne va pas rentrer la balle, car ce n’est pas lui. Il a accompli de grandes choses, mais quand on arrive tout en haut et qu’on joue contre des joueurs qui eux sont alignés, cela fait la différence. »

« Il aurait été dommage de ne pas essayer d’aller de l’avant »

S’il y a eu confusion, c’est que Gaël avait suffisamment de talent offensif pour convaincre ses entraîneurs qu’il pouvait être plus qu’un simple défenseur à la couverture de terrain inégalée, au point de déstabiliser David Ferrer dans son propre registre, pour atteindre les demi-finales de Roland-Garros en 2008. « Comme pour beaucoup de joueurs avec un physique exceptionnel et une excellente main, il aurait été dommage de ne pas lui laisser la chance d’essayer d’aller de l’avant », souligne Wino. Son coach de 2015 à 2018, Mikael Tilstrom, avait une vision complètement différente de celle de Gilles Simon, car il a précisément poussé le Français à l’attaque dans le but de lui « faire gagner un Grand Chelem ».

Pour Olivier Delaitre, qui l’a entraîné à l’Insep entre 14 et 17 ans, puis pour un dépannage en 2013, c’était même le seul moyen de rivaliser avec Nadal, Federer, Murray et Djokovic – le seul joueur que Monfils n’a jamais battu. « Quand il bat Federer à Bercy (en 2010), il frappe des coups puissants, il cherche les points et le match. Contre ces joueurs, il faut aller chercher la victoire, et c’est ce qui lui a manqué contre eux. Il aurait pu oser davantage. »

Il semble donc opportun de se mettre d’accord : est-il trop offensif ou trop défensif ? On penche pour « pas assez tueur ». Delaître affirme : « En Grand Chelem, face au Big 4, il lui manquait surtout un peu de fraîcheur, car il dépense beaucoup d’énergie dans les tours précédents, sur des matchs où il aurait pu écourter un peu les échanges, les jeux, car il restait dans sa filière au lieu de fatalement conclure pour économiser son énergie. Il a brillé sur toutes les surfaces, il a offert du spectacle car il avait une personnalité incroyable. » En somme, Gaël Monfils n’a pas pu faire mieux parce qu’il était… lui-même. Cela se tient. Et au fond, ce n’est peut-être pas plus mal.

Un héritage esthétique unique et intergénérationnel

Effectivement, nous aurions aimé voir, pour avoir une certitude. Voir une version de Gaël Monfils suffisamment patiente pour tenir une diagonale de revers pendant 15 échanges si besoin, assez sage pour éviter d’envoyer des erreurs en coup droit à cinq mètres de sa ligne. Vérifier si cela suffisait pour remporter un Grand Chelem comme Marin Cilic ou Juan Martin Del Potro. Et si la réponse était négative, tant pis, nous aurions conservé notre Gaël à nous, celui qui a séduit des générations de joueurs par l’esthétique de son jeu, celui qu’Elina Svitolina n’hésite pas à qualifier de « magicien » dans une lettre à leur fille Skaï publiée dans The Players Tribune.

« Ton père, en un seul coup, en un seul instant, il parvenait à ce que peu d’athlètes réussissent : susciter une émotion, écrit la joueuse ukrainienne. Un peu comme à un concert, pendant une chanson parfaite, ou au cinéma, pendant une réplique parfaite, et on se dit :  »Waouh ! » C’est à couper le souffle. »

Eric Winogradsky partage cet avis. « On savait toujours qu’en venant voir Gael en match, nous allions assister à des coups incroyables, ressentir des émotions différentes de ce que la plupart des joueurs peuvent offrir. Il est toujours souriant, toujours respectueux même lorsque son adversaire le domine ou réalise un coup plus spectaculaire que le sien, et c’est pour cela qu’il est respecté de tous. » « Au final, conclut Delaitre, cela a plus d’impact positif que négatif. » On peut léguer un héritage sportif sans avoir tout gagné. Celui de Gaël Monfils se mesure en moments forts et en générations inspirées, de la sienne à celle de Sinner en passant par Osaka. Cela valait la peine de faire le show.