Sport

La Fifa a tué la Coupe du monde de notre enfance.

Donald Trump n’a pas résisté à l’envie de squatter la photo finale avec la Roja. La FIFA et son président ont violé en mondovision le sport qu’ils prétendent aimer.


De notre envoyé spécial en Absurdie,

Il n’a pas pu s’en empêcher, ce troubadour… Un an après avoir brillé lors de la remise du trophée de la Coupe du monde des clubs à Chelsea, suite à sa victoire (3-0) contre le PSG, on pouvait penser que Donald Trump n’aurait pas la hardiesse de faire de même dans une compétition qui revêt une réelle importance, la plus grande et la plus prestigieuse des compétitions. Imaginez donc !

Ce qui caractérise le président américain, c’est son absence totale de considération pour les bonnes manières et le respect du protocole. Une finale de Mondial 2026 se déroulant sur ses terres et regardée par plus de 1,5 milliard de personnes, il était impensable qu’il ne soit pas sur la photo finale.

Pourtant, cette fois-ci, contrairement à 48 heures plus tôt, quand il semblait avaler des couleuvres sans broncher lors d’une conférence de presse, Gianni Infantino a tenté de le sortir du cadre. C’était peine perdue. Quand les 108 kg de Trump décident d’être présents quelque part, ce n’est pas un grand échalas suisse du canton du Valais qui va lui dicter son attitude. « Reste dans ta zone, ‘Johnny’ », comme il l’appelle avec une pointe de moquerie et de condescendance.

Ainsi, les joueurs espagnols se retrouveront à jamais associés à Donald Trump sur la photo la plus importante de leur carrière. Cette ultime irrévérence fut le point final d’une après-midi que l’on préférerait oublier, à l’image de la façon dont les États-Unis ont traité une compétition qui ne les concerne pas, mais qu’ils ont réussi à ternir de multiples manières.

Un show qu’on préférerait oublier

Cet après-midi, la FIFA et son président ont violé en mondovision le sport qu’ils prétendent aimer. On peut passer rapidement sur les pauses fraîches/publicité, nuisibles à la santé des joueurs, tout comme le respect de la charte des Nations Unies est pour Donald Trump une vaste fumisterie. Cela a transformé le match de football en une exhibition avec ses quatre quart-temps, menant au grand show de la mi-temps version Super Bowl.

Malgré les tentatives de la FIFA de ramener Trump à la raison en lui expliquant qu’il n’était pas possible de doubler le temps de pause à la mi-temps, le président et son comité d’organisation ont fait à leur guise. Nous avons donc assisté à VINGT-SEPT MINUTES d’un show à l’américaine, mêlant :

– Madonna chantant dans les coulisses du stade depuis une voiturette de golf conduite par Ronaldo et Ronaldinho,
– Justin Bieber jouant de la guitare sous le soleil new-yorkais,
– Shakira interprétant sa chanson « Olé Olé » à rendre fou le plus calme des individus,
– Et une sorte de parade d’enfants semblable à une kermesse de fin d’année à l’école primaire de Vaison-la-Romaine.

À leur retour sur le terrain, tandis que les enceintes géantes du MetLife diffusaient une musique à plein volume, les joueurs ont probablement dû se demander si leur match n’était finalement qu’un entracte entre deux concerts.

Infantino joue-t-il avec le feu ?

On préfère prendre cela à la légère car mieux vaut en rire qu’en pleurer, mais, depuis la tribune de presse, il suffisait de voir les yeux écarquillés des journalistes européens, habitués à la sobriété des mi-temps de football, pour se rendre compte de l’absurdité à laquelle nous venions d’assister.

Cependant, il faut noter que certains confrères et consœurs se sont précipités aux avant-postes pour filmer ce moment et profiter, comme les 80 000 spectateurs, de cette extravagance made in États-Unis. Une nouveauté qui augure certainement l’avenir marketing de notre sport, altéré par des dirigeants qui prétendent l’aimer tout en le détruisant.

Cela n’empêchera pas les quelque 200 présidents de fédérations de réélire sans difficulté leur grand Raïs Gianni Infantino pour un nouveau mandat de quatre ans. De plus, cela ne nous empêchera pas de penser qu’à force de trop tirer sur la corde, le grand chauve qui tirait autrefois les boules à l’UEFA joue à un jeu dangereux.

Au hasard ? Vendre des morceaux de pelouse de la finale pour 3000 dollars alors que c’est le moindre des stades du Mondial, faire payer l’accès à la conférence de presse la veille de la finale pour des spectateurs, qu’on escroquera jusqu’au bout s’ils sont vraiment complices (100 dollars pour un selfie avec le gardien du Cap-Vert, c’est sérieux ?). Qui sait, peut-être qu’à force de dénaturer le spectacle qui le remplit de richesses, les gens finiront par trouver d’autres manières de vivre leur passion. C’est tout ce qu’on peut leur souhaiter, en tout cas.