
Coupe du monde 2026 : Quelle empreinte historique laissera ce Mondial sous influence ?
Chaque Coupe du monde laisse une empreinte, même si celle-ci n’est pas toujours celle que ses organisateurs auraient souhaité. La manière dont une édition est mémorisée échappe à leur contrôle, qu’ils aient tenté de l’influencer ou non. C’est avec le temps, à travers les souvenirs qui s’effacent et ceux qui perdurent – souvent pas ceux que l’on aurait imaginés –, ainsi que les récits transmis aux générations suivantes, qu’une trame acceptée par le plus grand nombre se dessine. Ainsi, on considère le Mondial de 1990 en Italie comme le plus fermé de l’histoire, celui de 1970 au Mexique comme le berceau du plus beau jeu, et l’édition de 2006 comme celle des grandes stars à leur apogée.
Comment parlera-t-on alors de cette édition 2026 dans 20 ou 30 ans ? On fait référence, au-delà du fait qu’elle ait déjà eu lieu en 2010, à un Mexique-Afrique du Sud en ouverture, à une chanson de Shakira omniprésente et à une victoire de l’Espagne, championne d’Europe en titre, 1-0 en finale après prolongation contre une équipe réduite à dix.
À chaud, il existe ce sentiment que la FIFA élargit toujours plus la fenêtre d’Overton – surtout lorsqu’elle trouve un terrain propice à ses desseins –, qu’on a discuté autant de l’environnement général que du jeu, et qu’il y a eu peu de moments marquants dans l’histoire du football au sens propre. Tentons de structurer tout cela, avec l’aide de l’historien Paul Dietschy, auteur des ouvrages Histoire du football et Histoire politique des Coupes du monde.
Le passage à 48 équipes a étiré la compétition, avec 104 matchs répartis sur cinq semaines. Une surabondance pour les amateurs, mais parfois indigeste en termes de qualité. On a apprécié la fraîcheur apportée par des nations comme le Cap Vert ou la Bosnie, mais l’élargissement déjà annoncé à 64 équipes ne promet qu’une immense noyade dans la médiocrité. Certes, cela simplifierait les choses pour les 16es de finale, mais devoir attendre quatre semaines avant que les choses sérieuses ne commencent réellement incite à se tourner vers d’autres activités.
« Davantage de pays peuvent y croire, davantage d’enfants peuvent garder l’espoir et davantage d’opportunités sont offertes au monde entier de participer », défendait Gianni Infantino lors de sa conférence de presse de clôture. « Qu’en disent ceux qui prétendaient que la présence de 48 équipes allait diluer la qualité de la Coupe du monde de la FIFA ? En réalité, ça l’a rendue bien plus forte. » On a le droit de ne pas être d’accord.
L’avis de Paul Dietschy : « Les critiques proviennent d’Europe, avec l’idée que c’est une compétition qui doit être réservée aux meilleurs pays, c’est-à-dire l’Europe et l’Amérique du Sud. Le reste, en quelque sorte, on s’en fiche. Mais c’est le sens de l’histoire, et de la direction prise par la FIFA depuis la Coupe du monde 1974, avec une place fixe assurée à l’Afrique et une autre à l’Asie. C’était une volonté du nouveau président João Havelange d’ouvrir la compétition. L’inconvénient, évidemment, c’est la durée. Mais on n’ira plus en arrière. Au niveau sportif, le marqueur à retenir est que les valeurs restent les mêmes : l’Europe, avec six représentants en quarts de finale, domine toujours largement. »
Si l’on aura du mal à placer l’un des 104 matchs de ce Mondial dans la légende, on peut tout de même saluer les Argentins, dont les manières de voyou ne peuvent être cautionnées, mais qui auront eu le mérite d’être présents dans tous les matchs marquants. Les vice-champions du monde étaient menés 2-0 à la 79e minute contre l’Egypte et 1-0 à la 85e contre l’Angleterre, mais ont réussi à s’imposer avant la prolongation. Ces retours à la vie, alors que tout le monde les croyait à l’agonie, font partie des matchs dont on se souvient.
À part cela, l’Allemagne a déçu, l’Angleterre a été rattrapée par son ADN de la lose alors qu’elle était sur le point de réaliser une campagne historique, après avoir renversé la RDC en dix minutes, résisté au Mexique à l’Azteca et achevé la Norvège en prolongation. La France, quant à elle, a été trop forte lors de ses six premiers matchs, puis trop faible lors du septième, ce qui n’a pas permis à son parcours de marquer les esprits. Plus généralement, la victoire de l’Espagne a ramené le football à la notion d’intelligence collective. C’est sans doute l’empreinte la plus forte de cette édition, même s’il a manqué une touche de spectacle pour l’enrober.
L’avis de Paul Dietschy : « Avec autant de matchs, on a l’impression que tout est un peu dilué, c’est vrai. Je retiens tout de même la résistance inattendue de petites équipes, le Cap Vert par exemple, et les deux derniers matchs. La petite finale a été la rencontre la plus folle, la plus « américaine » si l’on veut, avec un score très rare. Et la finale a consacré un jeu dans lequel le collectif est le héros. Il ne faut pas oublier non plus, un peu comme à la Coupe du monde 70, que les grandes vedettes ont répondu présent. Dans un pays où on aime les stars, Mbappé, Messi, Kane ou Haaland étaient là, et ce n’est pas toujours le cas. Ce Mondial a sacré un collectif, mais restera aussi pour ses individualités. »
Les évolutions souhaitées au niveau de l’arbitrage lors de ce Mondial ont été bénéfiques pour le jeu, et peut-être est-ce dans ce domaine que l’héritage sera le plus significatif. On pense à celles mises en place pour lutter contre les gains de temps, lors des remises en jeu ou des changements, ou aux consignes pour laisser davantage jouer. Les amateurs ont apprécié, même s’il faudra apprendre à trouver le juste milieu et ne pas oublier de sanctionner ce qui doit l’être, par exemple contre les sicarios argentins.
Pour le bien de tous, l’utilisation du VAR doit également être plus cohérente. Il est difficile d’accepter que l’arbitre revienne 19 secondes en arrière pour siffler une faute à l’autre bout du terrain et annuler un but de l’Egypte en 8e de finale, alors que l’assistance vidéo reste aveugle aux agressions répétées des joueurs paraguayens sur les Bleus.
L’élargissement des champs d’intervention de la vidéo (revoir l’action d’un deuxième carton jaune par exemple) n’a pas eu d’incidence majeure. En revanche, le fameux ballon connecté censé éteindre les polémiques en détectant le moindre contact avec les joueurs ne semble pas encore au point, malgré l’assurance de la FIFA sur le sujet.
Pour le reste, les pauses fraîches qui ont transformé les deux périodes traditionnelles en quart-temps et changé les dynamiques des matchs, comme la mi-temps interminable de la finale au mépris de toutes les lois du jeu, sont à jeter à la poubelle. En tout cas sous cette forme, car elles participent à enterrer le football que l’on aime.
L’avis de Paul Dietschy : « Pour le décorum, il y avait eu un précédent au Qatar lorsqu’on avait revêtu Lionel Messi d’un costume traditionnel pour recevoir la Coupe du monde. Mais comme cette année avec le show de la mi-temps, je pense que ce sera une parenthèse dans le sens où on va revenir dans des pays de tradition footballistique en 2030. Pour les pauses fraîcher, ça n’aurait pas de sens de les intégrer à tous les matchs internationaux. Le problème est ce qu’on en fait, un espace pour vendre de la publicité, car sinon l’aspect santé des joueurs se défend. On se rappelle que la Coupe du Monde au Mexique en 1986 se jouait sous des températures torrides, c’était dangereux. Avec le réchauffement climatique, on peut parier qu’en 2030, en Espagne et au Maroc, il fera extrêmement chaud et on aura besoin de s’hydrater. »
Il faut espérer que ce à quoi le monde a assisté pendant cinq semaines ne trouve pas de prolongement. Jamais. Nulle part. La manière dont la FIFA, et son dirigeant en premier lieu, s’est inclinée devant les États-Unis de Donald Trump est à montrer dans toutes les écoles de couardise. Forcément, si l’on ne met jamais de limites à un être aussi décomplexé que le président américain, on se retrouve à devoir se contorsionner pour justifier ce qui ne peut pas l’être – comme l’annulation de la suspension automatique de Balogun après son carton rouge, au hasard.
Trump et son administration ont été beaucoup trop présents dans cet événement, de l’interdiction d’entrer sur le territoire pour l’arbitre somalien Omar Artan au sort réservé à l’équipe d’I
