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Coupe du monde 2026 : « Laisse tomber, tout le monde s’en fout » à Los Angeles

Mercredi soir, un envoyé spécial a débarqué à Los Angeles, où la sélection américaine doit affronter le Paraguay vendredi soir pour son entrée dans la Coupe du monde. Un coach francophone a déclaré : « La Coupe du monde ? Laisse tomber ce n’est pas du tout l’ambiance ici. »

De notre envoyé spécial à Los Angeles,

Il ne faut jamais se fier à sa première impression, dit-on. C’est cette maxime quelque peu maladroite que nous nous sommes répétés en arrivant mercredi soir à Los Angeles, la cité des Anges et lieu du premier match de la sélection américaine, qui affrontera vendredi soir le Paraguay pour son entrée en lice dans la Coupe du monde.

Depuis l’aéroport international LAX, où nous avons débarqué en provenance de Paris Orly, jusqu’au cœur de cette immense ville aux 4 millions d’habitants et aux 72 millions de voitures – estimation 20 Minutes/Au Doigt Mouillé – il fallait avoir un œil aiguisé pour déceler le moindre indice qu’un Mondial de football, pourtant l’événement sportif le plus important au monde, était sur le point de commencer.

Aucun panneau de la Fifa à l’horizon pour promouvoir son événement phare, aucune vitrine de magasin aux couleurs de l’équipe américaine et pas un seul individu arborant un maillot des États-Unis. On aurait pu croire que nous nous étions trompés de lieu.

Los Angeles, imperméable à la folie du football

Certes, il y a quelques maillots de la sélection mexicaine sur le dos de personnes vendant du café le long des trottoirs, dans des petites échoppes où la cumbia résonne dès le lever du jour, mais pour le reste, il est difficile de croire qu’à peine 24 heures plus tard, les États-Unis allaient entrer en compétition, 32 ans après la dernière Coupe du monde organisée sur ces mêmes terres.

C’est donc avec détermination que nous avons décidé de parcourir cette ville démesurée, à la recherche de supporters égarés. Et où aller dans ce cas, après avoir passé trois heures sous le soleil californien pour récupérer notre accréditation ? À Hollywood, bien sûr ! Lieu de rendez-vous des touristes en quête d’émotions, les yeux rivés au sol d’Hollywood Boulevard à la recherche des étoiles du cinéma américain. Mais là encore, échec.

Nous finissons par croiser un père de famille en promenade avec ses deux filles, portant un t-shirt des USA. « Moi, je suis excité parce que je suis d’origine équatorienne, mais les vrais Américains, le football, vous savez… », nous confie-t-il avec un sourire presque gêné. Oui, nous le savons. On aurait pourtant pensé que le « soccer » avait réussi à s’imposer au fil des décennies, même timidement, avec une MLS qui remplit des stades et quelques transferts de stars du football venues terminer leur carrière ici. Mais non.

Dans les Etats-Unis de Trump, le MMA est plus visible que la Coupe du monde de football.
Dans les Etats-Unis de Trump, le MMA est plus visible que la Coupe du monde de football.  - Aymeric LE GALL

« Les Américains sont surtout fans de basket, de football américain ou de baseball. En ce moment, ce sont les finales de la NBA. Peut-être qu’une fois que cela sera passé, les gens commenceront à s’intéresser au Mondial », essaye-t-il de se persuader. En vain.

La plage, la mer (et toujours pas de fans de football)

Croisé en train de fumer un joint, le cannabis étant légal dans cette région des États-Unis, Michael, 24 ans, nous tient un discours similaire. Venu à Los Angeles pour tenter une carrière dans le cinéma, ce jeune homme d’origine érythréenne nous recommande d’aller traîner du côté des plages de Venice Beach et de Santa Monica, où les bars de sport abondent avec leurs écrans géants allumés 24 heures sur 24. « On ne sait jamais, avec un peu de chance », dit-il plein d’espoir.

Cependant, à notre arrivée, le football n’est toujours pas à l’honneur. Partout, le même discours. « Ouais, je sais, c’est mort de chez mort, personne ne s’intéresse à la Coupe du monde », lâche un vendeur de jus de fruits qui se défend de partager l’ignorance de ses concitoyens. « Moi, j’adore le football ! Au Qatar, j’étais pour la France, se défend-il avant de frôler la correctionnelle. Euh… Mbappé, il est bien Français, c’est ça ? » Oui, c’est bien cela… Pour déceler un semblant d’euphorie, et encore, le terme est clairement exagéré, il faut se balader sur le célèbre ponton de Santa Monica, où quelques passants,majoritairement mexicains, jettent un regard distrait au match Corée du Sud-République Tchèque. Mais malgré leurs efforts, l’enthousiasme n’est pas au rendez-vous.

« Leur manque de passion, ça finit par me tuer »

Alors que nous rentrons, quelque peu déprimés malgré la beauté du paysage, avec l’océan Pacifique en toile de fond et la marina de Santa Monica au premier plan, un miracle se produit. Nous découvrons un terrain de football où des enfants s’amusent à taper dans le ballon. Ni une, ni deux, frein à main, nous nous garons et nous dirigeons vers eux pour savoir ce qu’ils pensent de ce Mondial dont personne ne se soucie. Malheureusement, les entraîneurs locaux refusent l’accès aux inconnus. Par chance, un coach francophone présent sur place nous prend en pitié et accepte de laisser ses joueurs quelques minutes.

« La Coupe du monde ? Laisse tomber, ce n’est pas du tout l’ambiance ici. Tu demandes aux enfants quel match il y avait aujourd’hui, ils ne sauront pas te répondre. Ici, seuls les latinos aiment le football. Moi, je vis dans le quartier, et je n’ai même pas vu un panneau de l’équipe nationale ! C’est à peine si les gens savent qu’ils jouent demain soir (vendredi), c’est fou. » Arrivé aux États-Unis après avoir joué neuf ans professionnellement au Gabon, ce Franco-mauricien entraîne désormais des enfants de familles aisées dans cette structure privée.

Son discours témoigne d’une résignation. « C’est n’importe quoi, le football ici. Les parents riches nous confient leurs enfants pour en faire le nouveau Messi alors qu’eux-mêmes ne comprennent rien à ce sport. Et pour jouer, si tu es pauvre, c’est mort, souffle-t-il. Ici, c’est 5.000 dollars par an pour la licence. Et sans compter les équipements ! Et après, on s’étonne que les États-Unis ne produisent pas de Messi ou de Mbappé, mais tout le monde s’en moque de la formation… Il n’y a pas l’amour du football et ça finit par me tuer parce que le foot, c’est toute ma vie. »