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« Bienvenido a Mexico ! » : Escroquerie d’un policier corrompu à l’aéroport

Le groupe Whatsapp du service des sports de 20 Minutes a exprimé son enthousiasme en déclarant : « Ah, ça fait du bien d’être ici, ça parle espagnol, c’est un joyeux bordel, les gens aiment le foot. Je sens que je vais enfin me sentir comme à la maison ! » Après avoir effectué 300 mètres en voiture, le narrateur a été arrêté par un policier qui a cité un montant d’amende de 11.800 pesos pour deux infractions relevées.

De notre envoyé spécial à Pigeon-Land,

La vie a parfois un sens de l’humour. En quittant Dallas et les États-Unis pour un bref séjour de cinq jours au Mexique et vivre la Coupe du monde d’une façon différente, l’excitation était palpable dans le groupe Whatsapp du service des sports de 20 Minutes. « Ah, ça fait du bien d’être ici, on parle espagnol, c’est une ambiance joyeuse, les gens adorent le foot. Je sens que je vais enfin me sentir chez moi ! » Mais c’était avant.

Avant de louer notre véhicule et de parcourir seulement 300 mètres, juste le temps de tourner à droite et d’entrer sur une route à quatre voies. On met le clignotant, on jette un œil à gauche et c’est parti pour plonger dans l’effervescence de Mexiiiiiiiiicooooooo ! Au moment où nous mettons une musique locale à la radio, un policier nous double comme un cow-boy et nous fait signe de le suivre. Et là, la prise de conscience s’opère. Les souvenirs des préparatifs du voyage depuis notre bureau à Levallois-Perret refont surface comme une décharge électrique.

« Arrêtez-vous là, il faut qu’on discute »

« Mais bien sûr, c’est notre initiation à la Mordida [pot-de-vin, en français] ! Nous allons faire la connaissance des policiers locaux », reconnus mondialement pour leur zèle et leur penchant pour l’argent glissé directement dans la poche, épargnant tout enregistrement pour que l’argent ne tombe pas dans les poches de l’État. Mais ne caricaturons pas, c’est mal de penser ainsi. Parqués dans une petite rue adjacente, suivant les indications de notre futur ami, nous coupons la musique, vitre baissée. Il s’approche enfin et le spectacle débute.

Avec amabilité, il se présente. « Bonjour, enchanté, moi c’est [on-n’a-pas-retenu-son-nom-et-c’est-vraiment-trop-con], je suis de la police municipale de la circulation de Mexico, enchanté ». Nous lui rendons la politesse, « hola, soy Aymeric, periodista francès llegando justo à Mexico. Encantado ». L’atmosphère est cordiale, rien ne semble pouvoir nous arriver. Le policier retire même son gant de protection pour nous serrer la main. Cependant, le ton change rapidement, et nous comprenons qu’il nous a pris en flagrant délit de circulation sur la voie de droite réservée aux Trolebús, ces bus électriques alimentés par des lignes aériennes. Le GPS nous avait pourtant indiqué de rester à droite pour rejoindre notre hôtel situé à 4 kilomètres de là.

Ne remettant pas en question l’autorité d’un agent des forces de l’ordre, nous nous excusons, expliquant poliment que nous venons à peine d’arriver, que nous avons seulement roulé 300 mètres et que ce sont nos premiers pas dans le pays. Cela semble n’être qu’un simple avertissement, mais le petit diable sur notre épaule chuchote : « comme tu es naïf, petit Français… Tu vas en baver, tu n’as même pas idée ». Et effectivement, après avoir relevé deux infractions – la seconde nous échappe complètement – cet homme d’une cinquantaine d’années, mesurant 1,60 m pour 90 kg, montre sur Google (oui, oui) le texte de loi qui décrit cette infraction. Et bien sûr, le montant de l’amende qui s’élève à 11.800 pesos.

Un terminal de carte bancaire étrangement défectueux

Un rapide coup d’œil au convertisseur et nous voilà en état de choc. 500 EUROS !!! Que faire d’autre que de la boucler, admettre que nous avons retenu la leçon et sortir notre carte bancaire pour payer ? Problème, la carte ne passe pas sur son terminal portatif jaune flashy malgré trois tentatives. Il semble réfléchir (ou feindre, cela sent la comédie à plein nez, mais le spectacle est bien rodé). « On ne peut pas faire autrement ? », demandons-nous, sachant pertinemment que tout ce cirque vise précisément à nous amener là.

Pourtant, notre Benicio Del Toro 2.0 reste dans son personnage et feint de réfléchir. « Il faudra que vous alliez payer directement au commissariat dès demain. Mais c’est très loin du centre-ville », précise-t-il. Très bien, faisons cela amigo. Il fait mine de s’en aller puis revient sur ses pas. « Bon, combien as-tu sur toi ? ». NOUS Y SOMMES ! Avec le portefeuille bien visible près du levier de vitesse, impossible de le berner. « J’ai retiré 3.000 pesos à l’aéroport, c’est tout ce que j’ai. » 150 euros tout de même.

Mais l’homme est astucieux et observe avec acuité. Il aperçoit la petite liasse de dollars qu’il nous restait de Dallas.

– C’est des dollars ça ? Combien ?

– Environ quarante.

– Allez, donne-moi ça et c’est bon.

Furieux intérieurement, la bave aux lèvres et le nez qui fume, nous en oublions de lui demander un reçu ou de vérifier son numéro de matricule. Il s’écarte alors rapidement, remonte sur sa moto et nous fait signe de partir. Le spectacle est terminé. Et voilà comment Pedro de la Vega a fait glisser près de 200 euros dans sa tirelire personnelle, ni vu, ni connu.

Dans un pays où les policiers (pas tous) sont mal rémunérés et où certains services sont corrompus jusqu’à l’os, cela semble être la norme. Nous apprendrons que cela s’applique particulièrement à la policia de tránsito, à laquelle appartient notre escroc, selon une étude récente de l’Institut national de statistique mexicain. Une autre étude de l’ENVIPE précise même que les policiers de la circulation sont perçus comme l’autorité la plus corrompue, avec 75 % d’opinions défavorables. Nous découvrons également – et cela fait mal – que les touristes demandant calmement une amende écrite ou le numéro de matricule de l’agent voient souvent la situation évoluer radicalement. Caramba, encore raté…

Sinon, Mexico à pieds, c’est pas mal non plus

Le reste du trajet jusqu’à l’hôtel se fait sans musique, laissant place à quelques noms d’oiseaux bien sentis, tout en essayant de respecter le Code de la route et les limitations de vitesse. À Mexico, durant la Coupe du monde, les policiers sont présents à chaque coin de rue et mieux vaut se tenir à carreau et n’avoir rien à se reprocher.

L'ambiance est chaleureuse dans le centre de Mexico en ce dimanche 22 juin.
L’ambiance est chaleureuse dans le centre de Mexico en ce dimanche 22 juin.  - Aymeric LE GALL

Cela ne nous empêchera pas de tirer pleinement parti de cette ville et de la magnifique ambiance qui y règne une fois la voiture garée. Car se balader à pied dans le cœur de cette métropole de vingt millions d’habitants est un bonheur sans pareil. La vie foisonne dans les artères principales et les parcs, où les marchands ambulants font preuve de sympathie et de bonne humeur pour rendre la visite agréable aux touristes. Sans rancune, donc, Mexico, nous dirons que ce n’était qu’un passage obligé pour mieux profiter du reste du séjour. À pied, toujours à pied.