Maroc

USFP : Dynamisme persistant malgré les défis rencontrés

L’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) mène depuis plus d’une année un travail de reconstitution organique d’une ampleur rare dans l’histoire du paysage politique marocain. Le renouvellement des structures régionales de l’USFP s’inscrit dans un contexte de régionalisation avancée que le Royaume du Maroc continue à mettre en œuvre.


Il existe des partis qui se laissent vieillir et d’autres, au contraire, qui s’efforcent de lutter contre l’usure du temps, faisant face avec détermination à des vents contraires, animés par la volonté tenace de ceux qui n’ont jamais renoncé. L’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) fait incontestablement partie de cette seconde catégorie. Depuis plus d’un an, ce vieux parti de la koutla s’engage, loin des projecteurs et du bruit médiatique, dans un vaste projet de restructuration organique d’une ampleur rare dans l’histoire du paysage politique marocain contemporain. C’est un chantier colossal, méthodique et presque silencieux dans son exhaustivité, dont les résultats commencent à se dessiner de manière indéniable.

Pour comprendre l’importance de ce mouvement, il est essentiel d’évaluer le contexte dans lequel il a pris naissance. À l’image de nombreux partis historiques dans le monde arabe et au-delà, l’USFP a traversé de longues années difficiles, marquées par le rétrécissement de ses bases électorales, des dissensions internes et la question cruciale du renouvellement générationnel. Des interrogations légitimes se posaient alors avec une acuité croissante sur la capacité du parti à se réformer de l’intérieur sans perdre son essence, à rajeunir ses structures sans renier son histoire, et à s’adapter aux mutations d’une société marocaine en constante évolution sans sacrifier ses fondamentaux idéologiques et son référentiel historique.

Concernant ces enjeux, le parti a choisi d’apporter des réponses, non pas par des déclarations d’intention ou des conférences de presse, mais par des actions concrètes. Un travail sur le terrain, structurel et détaillé, a impliqué l’ensemble de son organisation, de la direction nationale aux sections locales. Pendant plus d’un an, l’USFP a ainsi procédé à une refonte méthodique de ses instances dirigeantes à tous les niveaux. Il ne s’agissait pas d’un simple lifting de façade ou d’une intervention opportuniste avant une échéance électorale, mais d’une démarche réfléchie et conçue dans son ensemble, menée avec patience et soumise en continu à des mécanismes de contrôle démocratique internes.

Au niveau national, le Bureau politique a été à l’origine de ce renouvellement. Organe central de la vie partisane du parti, il a connu une recomposition marquante en intégrant de nouveaux profils, porteurs d’expertises diverses et représentatifs de la richesse interne du parti. Sa redynamisation a été le premier signal fort envoyé à la base militante : le parti est sérieux dans sa volonté de se régénérer.

En parallèle, le Conseil national, instance délibérante suprême entre deux congrès, a également fait l’objet d’un renouvellement en profondeur. Sa composition revue et élargie témoigne d’une volonté claire d’intégrer des voix nouvelles, sans pour autant occulter la mémoire des militants ayant porté le projet socialiste et progressiste de l’USFP durant de nombreuses décennies.

Ce qui marquera sans doute le plus l’observateur attentif de ce processus incroyable, c’est la place centrale accordée aux organisations de masse du parti, celles qui incarnent véritablement son ancrage dans la société civile et sa capacité à irriguer le corps social bien au-delà des cercles militants traditionnels. La Chabiba Ittihadia (jeunesse de l’USFP) a ainsi mis en place de nouvelles instances dirigeantes, conjuguant enthousiasme juvénile et exigence démocratique.

La J-USFP, qui a écrit certaines des pages les plus brillantes et parfois douloureuses du mouvement progressiste marocain, retrouve grâce à ce renouvellement une vitalité organisationnelle lui permettant de répondre aux aspirations d’une jeunesse marocaine de plus en plus politisée, connectée, exigeante et en quête de repères idéologiques solides.

De son côté, l’Organisation des Femmes Ittihadies (OFI) a suivi la même démarche avec la même rigueur. Dans un contexte national où la participation politique des femmes est un enjeu majeur et où les progrès restent trop timides par rapport aux ambitions, l’USFP envoie, par le biais du renouvellement de l’OFI, un message fort : la parité n’est pas un slogan, mais une pratique, une exigence structurelle, un engagement vérifié jusque dans ses organes internes. L’Organisation des Femmes Ittihadies, forte d’une riche histoire militante, incarne la conviction profonde du parti que l’émancipation des femmes est indissociable de tout projet de transformation sociale progressive.

Le renouvellement engagé par l’USFP ne se limite pas uniquement aux structures politiques et aux organisations féminines et jeunes, mais concerne également les corps et professions liés à l’ittihadisme, illustrant une vision globale qui refuse de compartimenter le politique et le professionnel, le militantisme partisan et l’engagement citoyen. Les avocats et médecins ittihadis, parmi d’autres professions structuré autour du projet socialiste du parti, ont ainsi renouvelé leurs instances, réaffirmant la vocation de l’USFP à être un parti de gouvernement, mais aussi un mouvement de société, un espace où hommes et femmes de toutes professions se retrouvent autour d’une même vision de la justice sociale et de la démocratie.

Cette dimension corporative du renouvellement est significative. Elle révèle l’essence de l’USFP : un parti qui ne se conçoit pas comme une simple machine électorale, mais comme un projet collectif ancré dans la réalité sociale et professionnelle du pays.

Après avoir restructuré ses instances nationales et ses organisations de masse, l’USFP s’apprête désormais à aborder la dernière phase, et sans doute la plus déterminante, de ce vaste chantier organisationnel : les congrès régionaux. Ces congrès, devant se tenir dans toutes les régions du Royaume, représentent bien plus qu’une simple formalité ; ils constituent l’épreuve du feu permettant de mesurer la profondeur réelle du renouvellement entrepris.

C’est au niveau régional que se joue en grande partie la capacité d’un parti à agir dans la vie politique locale, à influencer la gouvernance territoriale, à mobiliser et fidéliser ses militants. C’est là que les résolutions de congrès se traduisent en actions militantes, en présence visible dans les conseils communaux et régionaux.

Les congrès régionaux s’inscrivent également dans un contexte de régionalisation avancée que le Maroc poursuit, conférant aux régions un rôle important dans la gestion des affaires publiques. En renouvelant ses structures régionales avec autant de soin que ses instances nationales, le parti des Forces Populaires montre son intention d’être un acteur à part entière de cette dynamique décentralisatrice, et non un simple observateur.

Ce qui distingue ce processus de renouvellement, c’est son ancrage dans une culture démocratique qui a toujours été au cœur de l’identité de l’USFP. Dans un paysage où la démocratie interne est parfois perçue comme une formalité, le parti de la Rose revendique la pratique démocratique comme une valeur fondamentale. L’égalité des chances et l’équité dans l’accès aux responsabilités ne sont pas des slogans, mais se manifestent dans la manière dont sont organisés les congrès, élues les instances, et représentées les diverses composantes du parti, y compris la parité homme-femme et la diversité des sensibilités internes.

Cette fidélité à la pratique démocratique confère à l’USFP une légitimité particulière dans le paysage politique marocain. Né dans la résistance et forgé dans l’opposition, ayant payé le prix fort pour ses convictions, le parti a acquis une crédibilité démocratique que peu de formations politiques au Maroc peuvent revendiquer avec autant de légitimité historique.

À l’issue de ce parcours semé d’épreuves et de remises en question, l’USFP semble avoir retrouvé ses fondamentaux. Formé dans la lutte, il aborde cette nouvelle étape avec une conscience renouvelée de son rôle historique. La reconquête de son identité n’est pas un retour nostalgique, mais une réaffirmation de ses valeurs face aux défis d’un Maroc en pleine mutation. L’USFP est de retour, prêt à avancer.

**Rachid Meftah**