Maroc

Retraites : la réforme reportée au prochain gouvernement, encore une fois.


RADIOSCOPIE. En 2025, les régimes de retraite ont enregistré une augmentation de leurs recettes, principalement grâce aux revalorisations salariales résultant du dialogue social. Cette dynamique a permis d’améliorer les équilibres financiers des caisses, bien que des défis structurels demeurent. Voici les détails.

L’essentiel

Les cotisations et les réserves des régimes de retraite ont progressé en 2025, mais leurs situations financières restent variées. La CMR parvient à réduire son déficit, mais demeure sous pression, avec un horizon de viabilité limité à cinq ou six ans. Le RCAR affiche un horizon de viabilité de 29 ans. La CNSS, quant à elle, ne dispose plus que d’un horizon de viabilité de dix ans et nécessite des ajustements paramétriques. La viabilité de la CIMR est assurée à long terme.

Les détails

Ces informations proviennent du rapport annuel sur la stabilité financière pour l’exercice 2025, élaboré par Bank al-Maghrib, l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), ainsi que l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC). Selon les chiffres de ce rapport, les régimes de retraite ont connu une amélioration de leurs indicateurs financiers en 2025 par rapport à 2024, grâce à une hausse des cotisations, notamment alimentée par les revalorisations salariales issues du dialogue social. Cette situation a permis à plusieurs caisses de réduire leur déficit ou de consolider leur excédent.

D’après les mêmes données, les régimes de retraite ont collecté 73 milliards de dirhams (MMDH) de cotisations en 2025, soit une augmentation de 9,3% par rapport à 2024, auprès de 5,1 millions de cotisants. Les prestations versées à 1,5 million de pensionnés ont atteint 75,3 MMDH, en hausse de 5,8%. Bien que cette dynamique améliore la situation financière de plusieurs régimes, les projections actuarielles confirment que les enjeux de viabilité demeurent, en particulier pour les principaux régimes du secteur public.

CMR : l’horizon de viabilité reste de cinq à six ans

Globalement, les réserves des régimes de retraite ont atteint 340,8 MMDH à la fin de 2025, en hausse de 4,3% par rapport à 2024. Au cours des cinq dernières années, ces réserves ont enregistré une progression annuelle moyenne de 1,5%. Plus en détail, les cotisations de la Caisse marocaine des retraites (CMR), qui gère le régime des pensions civiles (RPC), ont augmenté de 11,7% pour atteindre 35,6 MMDH, contre 31,9 MMDH en 2024. Cette progression est attribuée à la mise en œuvre de la seconde échéance de l’augmentation salariale du dialogue social, à partir de juillet 2025.

Les prestations du régime ont également progressé de 4,7%, atteignant 41,1 MMDH. Le déficit technique s’est ainsi réduit, passant de -7,3 MMDH à -5,4 MMDH. Grâce à un solde financier de 3,6 MMDH, le solde global du régime s’est amélioré pour atteindre -2 MMDH, contre -4,1 MMDH en 2024. Pour ce régime, l’horizon de viabilité se situe entre cinq et six années, selon le rapport. « Si les flux financiers supplémentaires induits par les augmentations des salaires n’ont pas permis d’allonger significativement l’horizon de viabilité du régime, ils ont, néanmoins, contribué à améliorer ses indicateurs d’équilibre à long terme », estiment les trois acteurs à son origine.

En effet, le taux de cotisation d’équilibre se situe à 32% contre 35% avant les augmentations salariales, soit quatre points de plus par rapport au taux de cotisation en vigueur, au lieu de 7 points auparavant. Par ailleurs, le régime bénéficie d’une tarification équilibrée, instaurée à la suite de la réforme paramétrique de 2016.

RCAR : un horizon de viabilité confortable de 29 ans

Le Régime collectif d’allocation de retraite-régime général (RCAR-RG) a également enregistré une progression notable de ses cotisations, en hausse de 8,7% pour atteindre 3,8 MMDH. Cette évolution est également due aux revalorisations salariales opérées au sein des établissements publics, ainsi que pour les agents non titulaires de l’État et des collectivités territoriales. Les prestations ont, quant à elles, progressé de 3,6% pour s’établir à 8,4 MMDH. Le déficit technique du régime est resté quasi stable aux alentours de -4,5 MMDH. Toutefois, grâce à un solde financier de 4,9 MMDH, le régime a enregistré un solde global excédentaire de 221 millions de dirhams.

Selon le rapport, ce régime bénéficie d’un horizon de viabilité relativement confortable de 29 ans, soutenu par une assise financière importante et renforcée par les récentes revalorisations salariales. Cependant, ces augmentations, combinées à la sous-tarification structurelle du régime, entraînent une dégradation des indicateurs d’équilibre à long terme. Dans ce contexte, le retard de la mise en place de la réforme systémique du pôle public risque de réduire les marges de manœuvre disponibles et d’accroître le coût de sa mise en œuvre.

CNSS : un horizon de viabilité limité à dix ans

Concernant la branche long terme de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), elle a enregistré, en 2025, un excédent global de 2,4 MMDH, en retrait par rapport aux 4 MMDH enregistrés en 2024. Les cotisations collectées ont atteint 20,3 MMDH, en hausse de 5,2% par rapport à 2024, tandis que les prestations se sont élevées à 18,3 MMDH, en progression de 8,8%, ce qui a pesé sur le solde technique qui s’établit à 2 MMDH contre 2,4 MMDH en 2024.

Les évaluations prospectives de cette branche révèlent ainsi un horizon de viabilité limité à dix ans, selon le rapport, avec un taux de préfinancement de 58%, indiquant une sous-tarification structurelle des droits octroyés. « La préservation de la viabilité financière à long terme de cette branche nécessite la mise en place d’ajustements paramétriques portant notamment sur le taux de cotisation, l’âge de départ à la retraite et l’adaptation du mécanisme d’acquisition des droits ».

CIMR : des réserves en progression et une viabilité assurée à long terme

Pour la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraites (CIMR), le régime a enregistré en 2025 une hausse des cotisations de 9,9%, s’élevant à 13,2 MMDH. Les prestations ont également progressé de 7,2%, atteignant 7,5 MMDH. Cette dynamique a permis une amélioration du solde technique, qui passe de 4,9 MMDH à 5,7 MMDH. Combiné à un solde financier de 4,1 MMDH, le solde global du régime s’établit à 8,9 MMDH, en progression de 8% par rapport à 2024.

Le rapport souligne que les évaluations actuarielles confirment la viabilité de la caisse sur l’ensemble de l’horizon des projections, ses réserves poursuivant leur tendance haussière. Notons que, malgré l’urgence de la réforme face à la situation financière de certains régimes, en particulier ceux du secteur public, le gouvernement actuel, dont le mandat touche à sa fin, n’est pas parvenu à atteindre un consensus sur ce chantier. Le dossier sera ainsi transmis au prochain exécutif, reportant une nouvelle fois une réforme indispensable pour assurer la pérennité du système de retraite.