Maroc

Moratinos à Fès : avertit contre la « dictature technologique ».

Miguel Angel Moratinos a appelé, lundi à Fès, à redonner toute sa place à l’intelligence humaine comme choix stratégique pour faire face à ce qu’il a qualifié de « dictature technologique » engendrée par le développement accéléré de l’intelligence artificielle. Cette manifestation internationale, organisée sur deux jours sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, réunit des personnalités académiques, scientifiques et diplomatiques de haut niveau issues des cinq continents, ainsi que plus de 1.400 jeunes représentant près de 50 pays.


Le haut représentant des Nations unies pour l’Alliance des civilisations, Miguel Angel Moratinos, a appelé, lundi à Fès, à redonner toute sa place à l’intelligence humaine comme choix stratégique pour faire face à ce qu’il a qualifié de « dictature technologique » engendrée par le développement accéléré de l’intelligence artificielle (IA).

« L’intelligence artificielle n’est plus un simple outil d’assistance, mais constitue désormais une transformation structurelle profonde susceptible de remodeler les sociétés et l’être humain lui-même », a-t-il déclaré lors de l’ouverture des Rencontres de l’Université euro-méditerranéenne de Fès sur l’Alliance des civilisations.

M. Moratinos a mis en garde contre les diverses répercussions de l’IA, notamment les grands défis économiques qu’elle soulève, á commencer par le risque de disparition de centaines de millions d’emplois, ainsi que les préoccupations sociales qui en découlent.

Il a également mentionné le défi social lié à la réduction de la communication humaine directe et l’impact du chômage technologique sur la dignité humaine et l’équilibre psychologique.

De plus, il a soulevé la question du manque de contrôle sur les algorithmes, s’interrogeant sur « les acteurs qui les maîtrisent et leur influence sur l’intégrité des processus électoraux et la prise de décision », en l’absence d’un cadre clair de responsabilité.

Concernant les valeurs et l’existence, il a mis en garde contre les risques d’effacement de la dimension humaine et de substitution des valeurs spirituelles par « l’écran », ce qui pourrait mener à un affaiblissement de la diversité civilisationnelle et à l’émergence d’une société unidimensionnelle dépourvue d’âme et de sens.

Il a plaidé pour une réorientation des investissements vers le soutien de l’intelligence humaine, notamment dans les universités et les centres de recherche, plutôt que de se concentrer uniquement sur l’intelligence artificielle, exhortant les jeunes à jouer un rôle actif dans la construction de la paix et la promotion de solutions diplomatiques aux conflits.

Par ailleurs, M. Moratinos a salué le succès de la « Chaire des Nations unies pour l’Alliance des civilisations » de l’Université euro-méditerranéenne, qui a contribué à attirer des étudiants provenant de différents espaces euro-méditerranéens et africains, et à promouvoir les valeurs du dialogue et du vivre-ensemble.

De son côté, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammad Bin Abdoulkarim Alissa, a souligné l’importance d’encadrer les mutations cognitives accélérées dans un système éthique commun.

Il a insisté sur la nécessité de transformer les valeurs humaines en lois contraignantes et de renforcer la transparence ainsi que la responsabilité dans le fonctionnement des entreprises technologiques.

M. Alissa a retracé l’évolution des transformations cognitives à travers les siècles, de la révolution scientifique à la révolution numérique jusqu’à l’intelligence artificielle, notant que la phase actuelle exige une orientation éthique pour garantir que la technologie ne soit pas utilisée pour propager la haine ou alimenter les conflits.

Pour sa part, le président de l’Assemblée parlementaire méditerranéenne, Mohamed Abou El Enein, a mis en garde contre les dangers associés à la mauvaise utilisation de l’intelligence artificielle, malgré les opportunités qu’elle offre dans les domaines du développement, appelant à l’adoption de législations garantissant une gouvernance centrée sur l’humain et protégeant la démocratie.

Il a souligné l’importance de la transparence et de l’accès équitable à cette technologie, ainsi que la protection des catégories vulnérables, notamment les enfants, proposant la création d’une charte et d’un observatoire méditerranéens de l’intelligence artificielle.

De son côté, l’ancienne commissaire européenne chargée des relations extérieures et de la politique de voisinage, Benita Ferrero-Waldner, a mis l’accent sur la nécessité de maintenir le progrès technologique dans un cadre fondé sur des valeurs éthiques et humaines.

Mme Ferrero-Waldner, ancienne ministre autrichienne des Affaires étrangères, a appelé à l’ouverture d’un dialogue international multidisciplinaire pour relever les défis liés à l’intelligence artificielle.

Elle a en outre souligné le rôle central de la « Chaire des Nations unies pour l’Alliance des civilisations » dans la promotion de la réconciliation et de la construction de la paix dans le contexte international actuel.

Raymonde Saint-Germain, sénatrice canadienne et ancienne ministre, protectrice du citoyen, a encouragé à orienter l’intelligence artificielle au service de l’être humain de manière équitable, affirmant que le véritable défi réside dans la maîtrise de cette technologie et son orientation.

Elle a insisté sur l’importance de la coopération entre gouvernements, centres de recherche et entreprises technologiques pour établir une alliance mondiale entre les civilisations basée sur des valeurs communes, la justice et la paix.

Cet événement international, organisé sur deux jours sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, sous le thème « L’avenir de la civilisation humaine à l’épreuve de l’intelligence artificielle », rassemble des personnalités académiques, scientifiques et diplomatiques de haut niveau issues des cinq continents, ainsi que plus de 1.400 jeunes représentant près de 50 pays.

Cet événement, initié par l’Université euro-méditerranéenne de Fès en collaboration avec la Chaire des Nations unies pour l’Alliance des civilisations, la Ligue islamique mondiale et l’Alliance des civilisations des Nations unies, vise à constituer une plateforme stratégique de dialogue et de réflexion sur les grandes mutations imposées par l’intelligence artificielle.