
Littoral nord : la hausse des tarifs hôteliers éloigne les Marocains et nuit aux commerçants
Selon plusieurs opérateurs, l’augmentation des tarifs des hôtels et des locations meublées durant les mois de juillet et août, avec des chambres atteignant près de 5.000 dirhams la nuit, dissuade de nombreux touristes marocains de choisir le Nord pour leurs vacances, certains préférant se rendre en Espagne. Cette désaffection estivale est particulièrement marquée en semaine, impactant les restaurants, cafés, commerces et activités de loisirs.
Les professionnels du littoral nord attribuent la baisse de la clientèle marocaine à une hausse sans précédent des prix des hébergements. Des tarifs jugés excessifs poussent de nombreuses familles à renoncer à la destination nord-marocaine au profit de l’Espagne. Bien que les hôtels soient souvent complets les week-ends, l’activité diminue en semaine, affectant ainsi les commerces et les loisirs. Des associations de consommateurs plaident pour un encadrement des prix durant la haute saison. Un meilleur rapport qualité-prix est jugé indispensable pour maintenir l’attractivité de la destination.
Malgré la saison estivale, de nombreux commerçants situés sur le littoral nord, entre Tétouan et Fnideq, constatent une activité bien en deçà de leurs attentes par rapport aux années précédentes. Plusieurs opérateurs, tant privés que publics, dénoncent des niveaux de prix d’hébergement devenus inaccessibles pour une grande partie des ménages marocains, soulignant que cette baisse de fréquentation du tourisme domestique impacte directement les restaurants, cafés, commerces et activités de loisirs.
Selon une professionnelle de l’hôtellerie, qui s’exprime également en tant que consommatrice, le principal problème réside dans les hausses tarifaires appliquées dès le début de la haute saison. Elle indique que certains établissements trois étoiles affichent désormais des chambres entre 2.400 DH et 2.800 DH la nuit, tandis que certains hôtels quatre étoiles atteignent près de 5.000 DH, des niveaux qu’elle juge totalement disproportionnés par rapport aux services offerts. « En juillet, les prix ont littéralement explosé. C’est devenu une période où tout semble permis, avec un nombre croissant d’hôtels bien plus chers que des quatre étoiles à Marbella, alors que le niveau de service n’est pas comparable », déplore notre source, responsable d’un hôtel cinq étoiles. Ces tarifs rendent les vacances pratiquement impossibles pour une famille de classe moyenne, qui doit nécessairement réserver deux chambres.
Confirmant les propos de l’hôtelière, un propriétaire de plusieurs logements meublés situés dans des résidences touristiques destinées à la location saisonnière reconnaît que cette politique tarifaire, en décalage avec les budgets des vacanciers marocains, ne concerne plus uniquement les hôtels classés de la région. « Aujourd’hui, la nuitée dans un appartement haut de gamme de trois chambres est généralement proposée entre 1.800 DH et 2.400 DH, soit bien plus cher que les tarifs pratiqués les années précédentes, qui plafonnaient à 1.600 DH », révèle notre interlocuteur, ajoutant que de nombreux propriétaires profitent de la forte demande estivale pour imposer des tarifs excessifs. Il regrette une stratégie opportuniste à court terme, visant à maximiser les revenus locatifs pendant quelques semaines sans se soucier de fidéliser la clientèle ni des conséquences sur l’image de la destination.
Une source du Conseil régional du tourisme (CRT), organisme chargé de promouvoir la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, s’exprimant sous couvert d’anonymat, déplore que les premières victimes de cette inflation inédite soient les familles marocaines aux revenus moyens, contraintes de renoncer à la côte nord. « Force est de constater que de nombreux nationaux qui étaient pourtant fidèles à des villages comme Cabo Negro, Martil, Kabila, Restinga ou Marina Smir finissent par partir en Espagne », affirme notre interlocuteur, expliquant ce choix par le fait que certaines destinations espagnoles offrent « indéniablement un meilleur rapport qualité-prix » que plusieurs stations balnéaires du nord du Maroc.
Tout en reconnaissant que cette situation nuit à l’activité des commerçants de la région, plusieurs hôteliers soulignent que la grande majorité des établissements d’hébergement affiche paradoxalement souvent complet, avec un téléphone qui « n’arrête pas de sonner ». Ce taux d’occupation élevé s’expliquerait en partie par les courts séjours des Marocains résidant à l’étranger (MRE), ou par leur passage dans la région via le poste frontalier de Sebta. Leur pouvoir d’achat est généralement supérieur à celui de la clientèle résidant au Maroc. Cependant, selon eux, cette forte occupation serait principalement concentrée sur les week-ends, les jours fériés et les périodes d’animation, tandis que le reste de la semaine demeure beaucoup plus calme, contrairement aux années précédentes.
Face à cette situation, qui pénalise de nombreuses familles de la classe moyenne et exclut de fait les plus modestes, un représentant d’une association de consommateurs appelle les autorités à instaurer un encadrement des tarifs pendant la haute saison. Cette mesure est soutenue par l’hôtelière interrogée précédemment, qui propose de fixer des plafonds tarifaires par catégorie d’établissement, évoquant par exemple un maximum de 900 DH pour un hôtel trois étoiles, 1.400 DH pour un quatre étoiles et 3.500 DH pour un cinq étoiles. Bien que cette politique semble difficile à mettre en œuvre dans une économie libérale de marché, ses partisans estiment qu’elle permettrait de préserver l’attractivité de la destination et d’éviter que la recherche de profits immédiats ne compromette la fidélisation de la clientèle nationale. Selon eux, la compétitivité de la région repose moins sur son offre d’hébergement que sur sa capacité à proposer un rapport qualité-prix équilibré et cohérent, essentiel à la préservation de l’ensemble de l’écosystème local, notamment les commerçants, restaurateurs et prestataires de loisirs.
