
Législatives : l’Istiqlal prône la tolérance zéro face à la corruption
À Salé, le Parti de l’Istiqlal a présenté l’un des cinq engagements de son programme en vue des élections législatives de 2026 : la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts. Ce parti défend cinq axes de réforme destinés à restaurer la confiance des citoyens.
Mi-juin 2026, le Parti de l’Istiqlal avait dévoilé cinq engagements pour les élections législatives de 2026, parmi lesquels figurent la protection de la famille et des valeurs nationales, la préservation du pouvoir d’achat, le renforcement des services publics, ainsi qu’une tolérance zéro face à la corruption et aux conflits d’intérêts. Depuis cette annonce, le parti a organisé une série de colloques pour approfondir chacun de ces chantiers. Après une première rencontre consacrée à la « souveraineté stratégique » le 16 juillet, le parti s’est penché, le lundi 20 juillet, sur la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts.
L’allocution introductive de Abdeljabbar Rachidi, président du Conseil national du parti, a donné le ton de la rencontre. Il a posé les enjeux de manière claire : « Lutter contre la corruption et œuvrer pour une meilleure gouvernance publique suppose de garantir la primauté de la loi et de rompre avec la logique des monopoles, des rentes, des conflits d’intérêts, de la concurrence déloyale et du contournement des dispositions légales encadrant les marchés publics. »
Dans cette optique, Nizar Baraka, secrétaire général du parti, a expliqué pourquoi ce chantier est une priorité. « Nous considérons que la puissance d’un État ne peut être mesurée uniquement à travers le volume de ses investissements, de son PIB, de ses ressources naturelles ou encore de la qualité de ses infrastructures. L’élément essentiel, celui que nous considérons comme le véritable capital de notre pays, est la confiance », a-t-il déclaré, ajoutant que cette confiance nécessite que « la loi s’applique à tous, sans exception et sans aucune discrimination. »
Baraka a souligné que, malgré l’existence du Conseil de la concurrence, de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, ainsi que de la Cour des comptes, et en dépit des poursuites judiciaires engagées ces dernières années, le Maroc se classe 91e sur 182 pays et territoires, avec un score de 39 sur 100 dans l’Indice de perception de la corruption 2025. « Notre ambition est avant tout de restaurer la confiance », a-t-il résumé.
Partant de ce constat, Nizar Baraka a présenté les cinq piliers de l’engagement du parti.
1. Réduire l’inflation législative. « Nous devons réduire l’inflation des lois, nous devons simplifier les lois », a-t-il affirmé, appelant à revoir la manière dont les textes sont élaborés. Il a insisté sur l’application effective des lois votées : « Il faut que, dès qu’une loi est adoptée, ses décrets d’application soient publiés immédiatement », déplorant que certains textes restent lettre morte faute de décrets, perdant ainsi toute leur utilité.
2. Renforcer la coordination institutionnelle. Le Maroc dispose de nombreuses institutions dédiées à la bonne gouvernance, mais celles-ci souffrent d’un déficit de coordination. L’objectif est de bâtir un État où les institutions sont « intégrées et complémentaires les unes des autres », condition d’une plus grande efficacité collective.
3. Réformer l’administration et consolider l’État de droit. Présentée comme la clé de voûte de la confiance, l’administration doit, selon Baraka, être « véritablement au service du citoyen ». Deux mesures sont avancées : simplifier réellement les procédures, et non uniquement « sur le papier » – il a cité l’exemple de la légalisation des signatures, que les administrations ne sont plus censées exiger dans les dossiers de demandes d’actes administratifs, mais qui continuerait d’être réclamée dans certains cas ; puis renforcer la transparence afin que chacun connaisse clairement les règles appliquées.
4. Protéger la décision publique et consacrer l’éthique de la responsabilité. Ce pilier, le plus étoffé, comporte quatre volets. D’abord, l’adoption d’une loi sur la prévention des conflits d’intérêts. Ensuite, la consolidation, dans une loi unique, de toutes les dispositions existantes relatives aux conflits d’intérêts. Puis, la réforme du régime des agréments, autorisations et privilèges, qui seront remplacés, chaque fois que possible, par des cahiers des charges et des régimes déclaratifs.
Enfin, la conditionnalité des aides publiques. « Il n’est plus acceptable de continuer à fonctionner selon la logique des aides inconditionnelles », a averti Baraka, citant en exemple les aides aux importateurs de viande alors même que les prix continuent d’augmenter. Ces aides devront désormais être liées à des résultats et récupérées en cas d’échec.
5. Construire une économie fondée sur la concurrence et l’égalité des chances. « Il est impossible de construire un État de confiance sans construire une économie de confiance », a résumé le secrétaire général, proposant d’étendre à l’ensemble des produits de première nécessité le dispositif de suivi des marges déjà appliqué au secteur des carburants, afin d’éviter ce qu’il qualifie de « cupidité inflationniste ».
Il a également plaidé pour l’élargissement de la classe moyenne entrepreneuriale, affirmant que 96% des entreprises marocaines sont des PME, dont 80% emploient moins de cinq salariés. Il a enfin appelé à l’application effective du dispositif réservant aux PME et aux autres catégories éligibles 30% du montant prévisionnel annuel des marchés publics.
