Maroc

Le militant de base d’un parti, une valeur inestimable.


CHRONIQUE ÉLECTIONS. Dans les semaines à venir, les meetings seront complets et les caravanes parcourront le pays. Cependant, la véritable profondeur d’un parti ne se mesure pas à l’animation de la campagne : elle se révèle dans un capital difficile à construire et impossible à décréter, celui des militants de base. Ces derniers, qui collent des affiches un dimanche matin sans rien attendre en retour et défendent leur parti même dans les moments difficiles, sont essentiels. Voici une grille en six critères pour identifier cette culture militante et comprendre pourquoi les partis les plus enracinés ne sont pas toujours ceux qui remportent les élections, et inversement.

L’essentiel
• Le militant de base est sans doute la seule richesse politique qui nécessite des années pour se développer et qui ne peut être décrétée. Il est également le meilleur indicateur de la profondeur d’un parti.
• Six critères permettent de l’identifier : des sections du parti actives en dehors des campagnes électorales, des cotisations réelles, des congrès animés, des organisations de jeunesse dynamiques, une présence dans les syndicats ou les universités, et la capacité à mobiliser sans nécessiter une logistique coûteuse.
• En appliquant cette grille aux principaux partis marocains, le paysage qui en résulte ne correspond pas nécessairement à la perception générale. Nous vous proposons une analyse sans nommer les partis concernés, afin de maintenir une neutralité journalistique.

Les détails
Un parti politique solide repose sur quatre piliers : un leadership, un socle idéologique basé sur une vision, des objectifs et des valeurs, une démocratie interne, et enfin, la présence de militants de base. En l’absence de ces quatre éléments, il n’existe pas de parti durable.

Commençons par le militant de base. Celui qui collera des affiches un dimanche matin sans attendre de contrepartie. Celui qui ouvrira la permanence en l’absence d’élections imminentes. Celui qui participera aux meetings par conviction. Celui qui continuera à défendre son parti autour d’un café ou en famille, même lorsqu’il traverse une période difficile.

Ce profil ne figure dans aucune statistique. Pourtant, il en dit souvent plus sur un parti que tous les sondages. Lorsqu’il est présent, on observe une organisation politique vivante.

L’argent ne fabrique pas les militants
Une campagne peut acheter des salles pleines, des bus, des affiches, des consultants, et même confier un programme électoral à des experts.

Cependant, la culture militante ne s’improvise pas. Elle se construit au fil des années, à travers des réunions locales, des campagnes perdues, des débats internes, des écoles de formation, et parfois même au sein des familles. Dans les valeurs défendues par le socle idéologique, dans la démocratie interne qui valorise le militant de base. Ce dernier s’implique lorsqu’il se sent reconnu et qu’il comprend l’objectif de ses efforts.

C’est un capital qui met du temps à s’accumuler. Et il peut disparaître beaucoup plus rapidement qu’il ne s’est constitué. Les militants peuvent se disperser si un leader peu charismatique prend les rênes et refuse de partir, s’il y a des reniements, ou si un congrès électif se déroule avec un candidat unique… Dans ce cas, le militant rentre chez lui sans bruit, mais avec un pas lourd et le cœur lourd. Les exemples abondent autour de nous.

Quelques indices
Pour déterminer si cette culture militante est toujours présente dans un parti, il suffit d’observer certains indices. Les sections locales vivent-elles en dehors des campagnes ? Les cotisations sont-elles réellement versées ? Les congrès engendrent-ils de véritables débats et de véritables perdants ? Les organisations de jeunesse et de femmes préparent-elles les futurs responsables ? Le parti est-il actif dans les syndicats, les universités ou les associations ? Un meeting peut-il rassembler du monde sans une logistique exceptionnelle et sans motivations particulières ?

Le paradoxe
C’est peut-être là que réside l’une des particularités majeures de la politique.

Les élections législatives se gagnent souvent grâce aux implantations locales, aux notables, aux réseaux d’influence et aux équilibres territoriaux, bien plus qu’à la seule densité militante.

En d’autres termes, les partis les plus enracinés ne sont pas nécessairement ceux qui obtiennent le plus de sièges.

Et les futurs vainqueurs ne seront pas forcément les partis les plus profonds.

Cette dissociation explique en partie la volatilité spectaculaire observée depuis une quinzaine d’années. Un parti peut perdre la majorité de ses députés en une seule législature sans disparaître de la scène politique. Un autre peut connaître une ascension rapide sans avoir encore établi de véritables racines. Cette volatilité est également influencée par le mode de scrutin, le seuil, le découpage et surtout l’utilisation de l’argent, dénoncée par de nombreux partis eux-mêmes.

Dans les semaines à venir, les meetings seront pleins, les caravanes parcourront le pays et les réseaux sociaux donneront l’illusion d’une mobilisation constante.

Cependant, il est essentiel de regarder au-delà du spectacle.

Concernant les trois autres piliers d’un parti durable et profond, nous y reviendrons dans les différents formats de couverture journalistique des élections législatives de 2026.