La viande rouge ne cesse de susciter des controverses.
À Casablanca, le kilogramme de viande rouge vacille désormais entre 120 et 160 dirhams, tandis que la viande ovine franchit allègrement les 140 à 160 dirhams au détail. Le Maroc, loin d’être autosuffisant en viande bovine, dépend largement des importations en provenance du Brésil ou de l’Uruguay, qui ont récemment connu des hausses allant jusqu’à 16 %.
Il existe des traditions que le temps consacre, et d’autres que le marché transforme en défi financier. Au Maroc, la montée des prix des viandes rouges, surtout à l’approche des fêtes religieuses, s’apparente désormais moins à un simple déséquilibre économique qu’à un rituel presque inévitable.
En effet, la viande rouge est devenue un produit de luxe, presque plus sacrée que le sacrifice en lui-même. Une question se pose donc dans les foyers : doit-on sacrifier un mouton ou compromettre son budget et s’accrocher à son portefeuille ? Ce dilemme constitue un véritable test de résistance financière pour le budget moyen.
**Les dessous structurels d’une crise persistante**
Chaque année, alors que l’Aïd al-Adha approche, les prix s’élèvent de manière presque rituelle, provoquant une indignation aussi prévisible qu’infruitueuse. Le mouton n’est plus seulement un élément de la tradition religieuse et les chiffres récents sont frappants.
À Casablanca, le kilogramme de viande rouge oscille maintenant entre 120 et 160 dirhams, parfois plus. Quant à la viande ovine, vedette des repas de fête, elle atteint souvent entre 140 et 160 dirhams au détail, certains marchés rapportant même des pics à 170 dirhams. Cette envolée des prix, loin d’être accidentelle, s’inscrit dans une logique bien orchestrée. En conséquence, les tarifs du mouton vivant et ceux de la viande se rejoignent dans une dynamique presque cynique, où le marché ajuste ses repères pour justifier la cherté.
En effet, la demande explose à l’approche de l’Aïd, entraînant une pression quasi mécanique sur les prix. Les ménages, pris entre obligations religieuses et pression sociale, alimentent sans le vouloir cette spirale. Cependant, réduire cette flambée à un simple effet de calendrier serait une simplification inappropriée. La viande n’est que la vitrine, car tous les produits alimentaires et d’autres secteurs suivent la même tendance : légumes, fruits, transport, énergies… En résumé, une spirale où tout augmente, sauf, bien entendu, les salaires. Étrange coïncidence, encore une fois.
**Une inflation saisonnière… mais pas seulement**
Le malaise est plus profond. Il résulte d’abord de la fragilité structurelle du secteur de l’élevage. Le Maroc, loin d’être autosuffisant en viande bovine, dépend largement des importations du Brésil ou de l’Uruguay. Ces marchés internationaux connaissent également des hausses, allant jusqu’à 16 % récemment, qui se répercutent directement sur le consommateur marocain.
De plus, un cheptel national en reconstruction, affaibli par des sécheresses successives et des années de sous-investissement, suffit à aggraver la situation. L’offre locale demeure insuffisante, d’autant que certaines périodes biologiques, comme la gestation des brebis, réduisent temporairement la disponibilité des animaux.
Cependant, le véritable enjeu se situe dans les circuits de distribution. Les intermédiaires, souvent accusés de majorer artificiellement les prix, constituent un maillon obscur et difficile à réguler. Producteurs, commerçants et distributeurs se renvoient la responsabilité dans un ballet bien choregraphié, pendant que le consommateur, lui, paie l’addition.
La question qui demeure, presque provocatrice, est la suivante : faut-il continuer à s’indigner chaque année face à ce qui semble inévitable, ou bien s’attaquer enfin aux racines du problème ? Car à ce rythme, la viande rouge risque de quitter définitivement le quotidien pour devenir un simple souvenir.
**Mohamed Jaouad Kanabi**

