La participation des femmes ne doit pas être négligée pour la démocratie.
Le discours du Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguar, a été prononcé lors de l’ouverture des travaux de la rencontre nationale des femmes ittihadies à Bouznika. Selon les données officielles du HCP, le taux d’activité économique des femmes ne dépasse pas 19,1 %, tandis que le taux de chômage parmi les femmes oscille entre 19,4 et 21,6 %.
**Discours de Driss Lachguar, Premier secrétaire de l’USFP, lors de la rencontre nationale des femmes ittihadies à Bouznika**
Chères sœurs,
J’ai l’honneur de prendre part à l’ouverture de cette rencontre nationale des femmes ittihadies, qui témoigne de la vitalité de nos organisations et de leur engagement envers les questions sociétales majeures, notamment l’égalité, la justice sociale et la dignité humaine.
Je souhaite exprimer ma gratitude à mes sœurs du parti pour l’excellente organisation de cette rencontre, ainsi que pour leurs efforts visant à renforcer la présence des femmes tant dans le parti que dans la société, au service d’un projet moderniste, démocratique et progressiste.
Nous ne voyons pas cette rencontre comme une simple étape organisationnelle, mais comme un espace de débat sérieux sur les questions des femmes marocaines, en lien avec les transformations politiques et sociales de notre pays. Nous croyons en une égalité réelle entre les femmes et les hommes comme fondement d’une société démocratique juste et équitable.
Chères sœurs,
Les questions féminines occupent une place centrale dans notre projet. Aucun changement démocratique ou développemental authentique ne peut se faire sans une contribution effective des femmes à tous les niveaux de décision. C’est dans cette optique que la rencontre nationale des femmes ittihadies prend tout son sens, en tant qu’espace de débat illustrant notre choix stratégique, souligné par le thème : « Le changement aux côtés des femmes est assurément bénéfique et aisé ».
Le terme « aux côtés » redéfinit le rôle des femmes et réaffirme leur participation dans la décision publique, loin d’un discours de tutelle. « Aux côtés » signifie que les femmes ne sont pas juste des sujets des politiques, mais des partenaires dans leur élaboration. Cela marque une rupture avec les approches traditionnelles qui ont longtemps assigné aux femmes des rôles secondaires.
Le choix du mot « l’nessa » (les femmes) en darija marocaine, utilisé ici, est à la fois conscient et porteur de signification. Ce choix est une reconnaissance que les femmes marocaines ne forment pas un bloc homogène, mais englobent des ouvrières, des femmes au foyer, des paysannes et d’autres, y compris des décideuses. Le darija se présente alors comme un outil de démocratisation, permettant d’ouvrir le discours à toutes les femmes sans barrières linguistiques.
La trilogie « changement, bénéfique et aisé » résume le thème de cette rencontre. Bien que le mot « changement » soit un slogan longtemps utilisé dans le discours politique, il acquiert une nouvelle dimension en lien avec les femmes. Les expériences internationales montrent que leur participation à la décision publique favorise une meilleure représentativité et engendre des changements qualitatifs dans les politiques.
Dans le secteur de l’enseignement, par exemple, les cas de la Finlande et du Canada montrent que les femmes dans les postes décisionnels ont permis un meilleur accès à l’éducation préscolaire et ont contribué à l’inclusion et à la réduction des abandons scolaires, en particulier chez les filles.
De même, dans le secteur de la santé, les systèmes où les femmes occupent des positions de leadership se concentrent davantage sur les soins primaires et obtiennent de meilleurs résultats en matière de prévention. Dans le cadre de l’adaptation au changement climatique, les femmes jouent un rôle essentiel, surtout dans les zones rurales, où elles gèrent l’eau et pratiquent une agriculture durable. Les expériences en Inde, au Népal, et certaines au Maroc, ont montré que leur implication dans la gestion des ressources améliore la gouvernance de l’eau et favorise des techniques agricoles durables.
Le terme « aisé » approfondit également le thème. Cela implique de rendre les politiques plus proches des réalités sociales et d’ancrer les solutions dans les besoins réels des citoyens, réalisant ainsi l’idée de « bénéfique » qui va au-delà d’une simple perspective électorale.
Cette capacité à formuler efficacement ce message touchant au besoin d’inclure les femmes renouvelle la perspective d’un avenir où les femmes sont au centre des initiatives pour une éducation plus juste, une santé équitable, et des politiques environnementales durables.
Chères sœurs,
Évoquer les luttes de nos femmes nous amène à réfléchir à la réforme du Code de la famille, un chantier sociétal majeur que notre parti a soutenu depuis des décennies. Après l’établissement des bases du Code, qui a été promulgué par cinq Dahirs en 1957 et 1958, des révisions ont été opérées après des années d’application avec l’objectif de renforcer les droits des femmes.
Après 36 ans, des amendements ont été introduits au Code, en 1993, suivi d’une révision complète en 2004 sous la direction de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Des directives royales récentes ont appelé à la modernisation des délais juridiques, conclu par une lettre royale de septembre 2023 pour revisiter le Code de la famille.
Des propositions d’amendement importantes ont vu le jour, comme l’adoption de la tutelle partagée et des facilités d’accès à la justice familiale. Nous devons maintenant confronter le gouvernement à sa responsabilité sur le retard pris dans ce dossier crucial, et il est essentiel que les femmes soient actrices de leur avenir lors des élections de septembre 2026.
L’USFP, durant les débats précédant la réforme de 2003, a été à l’avant-garde des forces politiques réclamant la révision du Code du statut personnel en faveur des valeurs d’égalité. Cette réforme de 2004 marque une avancée vers la justice pour les femmes marocaines, grâce à la volonté réformatrice royale et aux luttes des forces progressistes, en particulier notre parti.
Cependant, l’USFP considère que cette réforme n’est qu’un début et reste engagée dans la poursuite de l’amélioration du Code face aux dysfonctionnements observés. Nous réaffirmons que toute réforme du Code de la famille doit répondre à l’esprit de la Constitution de 2011 et aux engagements en matière de droits humains.
Chères sœurs,
Notre lutte pour l’égalité est étroitement liée à la lutte contre la violence et la discrimination faites aux femmes. L’USFP réitère son engagement à défendre les droits des femmes en promouvant des mécanismes de protection et de prévention, surtout face à la violence numérique qui touche tant de femmes au Maroc.
Nous affirmons également que notre projet de renouvellement des élites inclut le soutien à l’accès des femmes et des jeunes à des postes de décision, afin de construire un avenir plus juste.
Chères sœurs,
Malgré les avancées des femmes marocaines dans l’éducation et l’accès à de nombreux secteurs, leur situation économique reste déséquilibrée. Selon le HCP, le taux d’activité des femmes n’atteint que 19,1 %, mettant en lumière une structure économique injuste.
Le chômage est également alarmant, avec des taux variant entre 19,4 et 21,6 %, et atteignant 33,5 % parmi les diplômées. Ces statistiques soulignent la nécessité d’une politique nationale d’égalité économique, favorisant l’emploi des femmes dans des secteurs à valeur ajoutée.
Sur le plan salarial, l’écart persiste, avec une moyenne de 23 % et parfois 40 % dans certaines catégories, ce qui soulève des questions de justice sociale. Ainsi, l’USFP appelle à une révision du Code du travail pour garantir l’égalité salariale et un contrôle renforcé des secteurs exploitant le travail des femmes.
L’autonomisation économique des femmes doit être centrale dans notre projet sociétal, pour une intégration complète des femmes dans la production de richesse. Chères sœurs,
La représentativité politique des femmes est également cruciale. L’USFP a soutenu l’élargissement de leur participation au sein des institutions, et nous considérons qu’il est essentiel de donner lieu à un mode de scrutin garantissant une égalité réelle entre les femmes et les hommes.
L’avenir des femmes en politique ne peut être bâti sur des mesures temporaires ; cela nécessite une volonté politique réelle, des réformes institutionnelles profondes et une culture qui reconnaisse le rôle des femmes comme partenaires à part entière.
Dans ce contexte, cette rencontre est une occasion de réaffirmer notre engagement envers un Maroc où règnent la justice sociale et l’égalité entre tous. C’est aussi un moment pour renforcer la collaboration entre les différentes composantes du parti et le rôle clé des femmes comme force centrale.
Nous comptons sur les femmes ittihadies pour incarner ce nouveau souffle politique en s’appuyant sur des valeurs de compétence et d’intégrité. Enfin, je remercie celles et ceux qui ont contribué à cette rencontre et souhaite plein succès à ses travaux, en réaffirmant que l’USFP demeurera fidèle à ses valeurs socialistes et à la lutte pour les droits des femmes et une société démocratique régie par les principes de liberté, d’égalité et de solidarité.

