Elections législatives en Bulgarie : huitième vote en cinq ans, Roumen Radev en tête
Les bureaux ont ouvert à 07H00 locales (04H00 GMT) pour l’élection législative et devraient fermer à 20H00 locales (17H00 GMT). Lors du scrutin d’octobre 2024, la participation avait tombé à 39%.
Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 locales (04H00 GMT) pour l’élection législative et devraient fermer à 20H00 locales (17H00 GMT). Les premières estimations des résultats sortiront immédiatement après. Ce pays des Balkans, le plus pauvre de l’Union européenne (UE), fait face à une crise politique depuis 2021 suite à d’importantes manifestations anticorruption qui ont entraîné la chute du conservateur Boïko Borissov, au pouvoir durant près de 10 ans.
Depuis lors, des coalitions fragiles se sont succédé et Roumen Radev, 62 ans, a promis de démanteler « le modèle oligarchique de gouvernance », soutenant ouvertement les manifestants fin 2025. À la tête de l’État de 2017 à 2026, cet homme à l’allure austère a démissionné en janvier pour se présenter aux législatives. Il est en faveur de la réouverture du dialogue avec la Russie, ce qui lui vaut des accusations de liens avec Vladimir Poutine.
Critique de la politique énergétique de l’UE, cet ancien général de l’armée de l’air a déclaré partager, sur l’envoi d’armes à l’Ukraine, les positions de la Hongrie et de la Slovaquie, estimant « ne pas voir l’intérêt pour son pays, pauvre, de payer ». Cela dit, il a précisé qu’il n’imposera pas de veto à Bruxelles, étant conscient des avantages liés à l’appartenance de son pays de 6,5 millions d’habitants à l’UE depuis 2007. Dans ce nouveau scrutin, « Bulgarie progressiste« , son parti de centre-gauche, est crédité d’environ 35% des intentions de vote, loin devant le GERB de Boïko Borissov (20%), tandis que les libéraux proeuropéens de PP-DB se placent en troisième position.
Boryana Dimitrova, de l’institut de sondage Alpha Research, constate que l’écart s’est creusé à mesure que les élections approchent et s’attend à « une participation plus élevée qu’en 2024 », en raison de l’espoir de changement apporté par Roumen Radev.
« Je vote pour le changement. Ces gens devraient partir, ils devraient rendre ce qu’ils ont volé et quitter la Bulgarie », a déclaré à l’AFP Decho Kostadinov, 57 ans, dans un bureau de vote. Lors d’un meeting jeudi soir devant plus de 10 000 personnes à Sofia, Roumen Radev a appelé à « resserrer les rangs » et a présenté sa formation comme « une alternative à ce cartel pervers des vieux partis ». Il a affirmé qu’il ne formerait pas de majorité avec le parti représentant les minorités turque et rom du puissant Delyan Peevski, sanctionné par les États-Unis et le Royaume-Uni pour corruption, disant viser la majorité absolue au parlement de 240 sièges. Il a également refusé de gouverner avec le GERB, « parce qu’il est en désaccord sur la corruption ». Bien qu’il ne ferme pas totalement la porte au PP-DB, il ne partage pas leur vision « des enjeux géopolitiques », souligne Mme Dimitrova. Tout dépendra donc du nombre de partis qui réussiront à franchir la barre des 4% pour entrer au parlement.
« Radev veut que la Bulgarie ait un avenir », explique à l’AFP Lazar Lazarov, 28 ans, venu l’écouter avec des amis. « Il a fait ses preuves comme président. C’est celui qui est le plus acceptable pour l’UE, les États-Unis, la Russie et même pour la Chine », ajoute ce professeur de philosophie. Boïko Borissov, 65 ans, conteste à son adversaire le statut d' »homme nouveau » et refuse d’être considéré comme représentant du « statu quo ». « Le GERB a réalisé les rêves des années 1990 : rejoindre « la zone euro et Schengen », a vanté lors d’un meeting mercredi soir l’ex-pompier et garde du corps, devenu maire de Sofia en 2005.
Le manque de confiance dans le processus électoral pourrait influencer la participation, tombée à 39% lors du scrutin d’octobre 2024. Au cours des dernières semaines, la police a intensifié ses opérations et a saisi plus d’un million d’euros, selon les autorités, destinés à inciter des électeurs à voter pour tel ou tel parti. Des centaines de personnes ont été interpellées, y compris des conseillers municipaux et des maires.
Les diverses formations ont exhorté les Bulgares à se rendre en masse aux urnes pour limiter l’impact de ces votes achetés.

