« Personne ne veut être désigné successeur : quel rôle pour Emmanuel Macron en 2027 ? »
Près d’un mois après des élections municipales en France qui ont vu le Rassemblement national multiplier les victoires dans des villes moyennes, le chef de l’Etat semble abattu. Comme aux Etats-Unis, la Constitution française empêche Emmanuel Macron de concourir pour un troisième mandat.
Près d’un mois après les élections municipales en France, marquées par de nombreuses victoires du Rassemblement national dans des villes moyennes, le président Emmanuel Macron semble préoccupé. « Il est très préoccupé. » C’est « une épreuve » qu’il cherche à éviter à tout prix, déclare François Patriat, le responsable des sénateurs macronistes. Ce scénario noir, que redoute le président, serait celui d’un Jordan Bardella ou d’une Marine Le Pen prenant possession de l’Élysée lors de la passation de pouvoir en 2027. En d’autres termes, une France qui tomberait entre les mains du Rassemblement national.
« Il est effectivement très inquiet que l’extrême droite lui succède à l’Élysée et il se mobilisera pour que cela n’arrive pas. Il a bien vu ce qui s’est passé avec Barack Obama », fait remarquer Pierre Cazeneuve, député d’Ensemble pour la République, qui a été conseiller de Macron entre 2020 et 2022.
Comme aux États-Unis, la Constitution française interdit à Emmanuel Macron de briguer un troisième mandat. Cette règle, issue de la révision constitutionnelle de 2008 sous Nicolas Sarkozy, suscite des débats parmi les macronistes. « J’aurais aimé qu’il se représente et je regrette que l’on mette des limites constitutionnelles, c’est aux électeurs de choisir », confie le député Pieyre-Alexandre Anglade dans l’hémicycle. « À titre personnel, j’aurais préféré que ce soit lui le candidat, car il est nettement au-dessus de la mêlée », observe François Patriat, tout en étant conscient que son champion n’achève pas son second mandat dans les meilleures conditions.
Proche du couple présidentiel, la ministre déléguée à la Formation professionnelle, Sabrina Roubache, affirme qu’elle « ne regrette pas la limitation des mandats », mais elle est « persuadée que les Français regretteront Emmanuel Macron ». À l’inverse, certains s’interrogent déjà sur le bilan du macronisme. « Deux quinquennats, c’est suffisant. Notre pays a besoin d’une forme de rupture, des attentes nouvelles ont émergé », déclare un député influent d’EPR. « Nous avons connu de francs succès, mais aussi des échecs. »
Quel rôle jouera Emmanuel Macron dans la campagne présidentielle qui s’intensifie déjà, à un an de l’élection ? Ses proches l’imaginent dans une posture similaire à celle d’aujourd’hui : en retrait, affaibli par l’absence de majorité à l’Assemblée nationale, et focalisé sur ses prérogatives internationales. « Ce sera une année utile où il continuera sur le plan international et européen », assure François Patriat.
Le président est également absorbé par le contexte géopolitique, marqué par la guerre au Moyen-Orient et les déclarations quotidiennes d’un Donald Trump imprévisible. « Il continuera d’être président de la République jusqu’au dernier moment. Il est très respectueux des institutions et ne voudra pas interférer dans l’élection », explique Pierre Cazeneuve. Sabrina Roubache ajoute : « Il vit l’instant présent et ne se projette pas dans le jeu politique. » Un proche de Macron lui déconseille même de se mettre en avant pendant la campagne. « Ça ne serait pas une bonne chose pour lui d’intervenir pendant la campagne et de montrer qu’il est candidat par procuration. »
Cette mise en retrait ne signifie pas que son nom ou son bilan seront écartés. « Il va être un punching-ball », prédit le politologue Benjamin Morel. « C’est une situation délicate, car personne n’est en mesure de dire du bien de lui. Cela est vrai pour les opposants à Emmanuel Macron, mais même au sein de l’ex-majorité, il faudra se démarquer du président, car personne n’est élu dans la continuité. »
La question du choix d’un successeur suscite ironie et sarcasmes au sein du camp présidentiel, tant la fin du quinquennat semble sombre. « Personne ne souhaite être désigné comme successeur par Emmanuel Macron », s’amuse une personnalité influente du bloc central. « Je ne le souhaite à personne », ajoute un cadre macroniste.
Pourtant, le président a une idée en tête, qu’il garde pour lui. Cette idée pourrait impliquer Jean Castex, l’actuel patron de la SNCF. Emmanuel Macron entretient une relation privilégiée avec son ancien Premier ministre, contrairement à ses autres Premiers ministres. « Il faudrait que Jean sorte du bois », a confié le président à un interlocuteur régulier, mais la situation n’a guère avancé depuis. « Castex ? Il attend qu’on l’appelle comme un sauveur et le président le sait », confie un proche de Macron.
Au contraire, deux anciens chefs de gouvernement, Édouard Philippe et Gabriel Attal, semblent se positionner pour la présidentielle de 2027 et apparaissent comme les mieux placés pour occuper l’espace central. Édouard Philippe, à la tête de son propre parti Horizons, conserve une avance dans les sondages, tandis que Gabriel Attal, candidat presque déclaré, dirige Renaissance, le parti présidentiel. Tous deux ont exprimé publiquement des réserves sur les décisions de Macron. « Ils ont chuté dans l’électorat Macron après ces prises de position, c’étaient des erreurs », note un proche de Macron.
Les ex-Premiers ministres évitent de se montrer comme des successeurs élus par Macron. « Pensez-vous que Gabriel Attal est le successeur d’Emmanuel Macron ? », se moque une élue proche de l’ex-Premier ministre. « Édouard Philippe ne cherche pas l’approbation de Macron ni à acquérir une popularité à ses dépens. Il dira ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné. »
D’autres noms circulent également en arrière-plan pour représenter l’espace central, mais aucun n’est officiellement annoncé. « J’y songe », a déclaré Gérald Darmanin, actuel ministre de la Justice, très « apprécié » par le président. « Il a laissé sa marque sur son ministère et il peut peser à un moment crucial », pense un proche de Macron.
Du côté féminin, les noms de Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, et d’Élisabeth Borne, ex-Première ministre, sont évoqués. Selon des informations, la députée du Calvados ne se ferme aucune porte malgré la concurrence. Il pourrait également y avoir le nom de Sébastien Lecornu, actuel Premier ministre, qui a réussi à naviguer dans l’épreuve budgétaire. « Je n’ai pas d’ambition présidentielle », a-t-il néanmoins réaffirmé récemment. « Il gère son temps. À mon avis, ça ne sera pas pour 2027 mais pour après », estime une personnalité du bloc central.
Face à cette multitude de candidats, le président pourrait-il plaider pour un candidat unique, à défaut d’un successeur ? L’inquiétude d’un affrontement entre le RN et LFI au second tour préoccupe sérieusement. « Il fera tout pour qu’il y ait un candidat unique afin de vaincre l’extrême droite », assure François Patriat. « Le président ne pourra pas faire l’économie, s’il y a un réel danger provenant des extrêmes, d’appeler les candidats à faire preuve de responsabilité. Mais je ne sais pas sous quelle forme cela se manifestera », ajoute Sabrina Roubache. « Il a toujours favorisé le dépassement. Tout ce qui va dans le sens de l’unité est positif pour lui, mais le président ne dévoilera pas sa position avant un certain temps », conclut un proche de Macron.
Lorsque qu’il quittera l’Élysée, Emmanuel Macron n’aura que 49 ans. Que fera-t-il à ce moment-là ? « Je pense qu’il créera quelque chose, une boîte à lui », envisage François Patriat. « Il va nous surprendre et ne pas opter pour un parcours classique d’ancien président », suggère Pierre Cazeneuve, évoquant des hypothèses comme « monter une association ou devenir professeur ». Bien que son futur professionnel semble incertain, beaucoup sont convaincus qu’il ne renoncera pas à la politique.
Les macronistes nourrissent donc des rêves de retour pour la prochaine présidentielle. « J’y pense tous les jours à 2032. Quand on sera en 2027, cinq ans, ça passera vite », sourit une figure de la macronie. C’est même devenu une blague chez François Patriat : « Dès qu’il quittera l’Élysée, je mettrai un hashtag #Macron2032. » Son collaborateur rit à ses côtés : « J’ai cette mission depuis un moment. »
« Quoi qu’il arrive, il y aura une pression sur lui », observe Benjamin Morel. « Les prédécesseurs d’Emmanuel Macron, sauf ceux en situation de santé délicate, ont tous tenté un retour, que ce soit Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy ou François Hollande, actuellement. » Le politologue ajoute : « Si vous n’y pensez pas, d’autres y penseront pour vous. »
Un article écrit par Margaux Duguet (France Télévisions), publié le 15 avril 2026 à 06h02.

