Maroc

La mère et la Renault 12 effectuent leur voyage entre la France et le Maroc.

Le film documentaire de Mohamed El Khatib a été présenté au cinéma 7ème Art à Rabat le 3 mai dans le cadre du Salon du livre en partenariat entre le CCME et le Centre cinématographique marocain. Il évoque des situations typiques vécues par la première génération de migrants, à une époque où les routes et les moyens d’orientation n’étaient pas aussi développés qu’aujourd’hui.


Je ne sais pas comment classer ce film documentaire de Mohamed El Khatib. Ce documentaire débute avec la mort de la mère et restitue des moments importants passés avec elle, filmés par le fils réalisateur avant son décès. À travers des rencontres et des discussions, il aborde des aspects de la vie, ainsi que des questions relatives au métier de Mohamed dans le théâtre et le cinéma, sa formation en sciences politiques et son besoin constant de filmer.

Ce film a été présenté au cinéma 7ème Art à Rabat le 3 mai, dans le cadre du Salon du livre, en partenariat entre le CCME et le Centre cinématographique marocain. Le documentaire explore la relation avec la mère, le pays d’origine, l’héritage et la famille, qu’elle soit proche ou élargie. Il évoque également le désir de Mohamed de transmettre ce parcours à son jeune enfant et de lui faire découvrir les détails. Le film s’attarde sur le voyage vers le pays d’origine à bord d’une Renault 12 et sur les raisons qui ont poussé Mohamed à choisir cette voiture pour se rendre au Maroc, ainsi que sur la préparation de ce véhicule emblématique qui a accompagné de nombreuses familles marocaines dans leurs trajets estivaux entre Orléans et Tanger.

Le film montre également les rencontres qui ont lieu en chemin, que ce soit en France, pays de résidence, ou en Espagne, où s’établissent des relations éphémères, que ce soit pour demander des indications sur le Maroc ou pour réparer la voiture. Ce sont des situations typiques vécues par la première génération de migrants, à une époque où les routes et les moyens d’orientation n’étaient pas aussi développés qu’aujourd’hui.

La Renault 12 est le véritable protagoniste de ce documentaire. C’est elle qui conduit Mohamed vers le pays d’origine, notamment sous l’insistance de son oncle qui l’encourage à revenir pour régler la question de l’héritage après le décès de sa mère. Cette voiture est particulièrement adaptée aux zones rurales du nord du Maroc, en raison de sa robustesse et de sa capacité à circuler dans ces milieux, notamment dans la région isolée de Ketama, où elle servait également au transport du cannabis.

Ce voyage vers le Maroc, via le port d’Algésiras jusqu’à Tanger, permet à Mohamed de rencontrer plusieurs femmes de la famille et des proches, qui partagent leurs récits et leur relation avec la défunte. Mohamed exprime un fort désir de recueillir ces témoignages et d’en saisir la valeur après la disparition de sa mère. Au fil du récit, ce voyage devient une quête identitaire : d’une identité transmise au sein de la famille à une identité à redécouvrir dans le pays d’origine.

Dans ce film, la présence du père est secondaire : il apparaît comme un homme respectueux des choix de ses enfants. En revanche, la sœur critiquent la démarche de Mohamed, l’accusant même d’exploiter ce film à des fins de notoriété sur les chaînes françaises, au détriment de leur mère et de la famille. Le film met également en lumière une contradiction chez Mohamed : entre ses idées égalitaires en France et son acceptation du partage de l’héritage selon les traditions marocaines dans la région du Rif, sans remise en question. Le réalisateur semble ainsi chercher à explorer ces frontières sociales.

Ce documentaire met en scène la famille et interroge le rapport à la mort dans le contexte de l’exil, ainsi que l’expatriation de la dépouille vers le pays d’origine pour un dernier voyage. Même la Renault 12 accomplit son dernier trajet pour rester à Ketama, prolongeant cette quête d’un héritage immatériel dans le pays d’origine, le pays des ancêtres, et la question que se pose Mohamed sur ce qu’il fera de cet héritage.

**Youssef Lahlali**