Maroc

La FDT célèbre un 1er Mai de combat à Tanger.

Le 1er Mai 2026, la ville de Détroit a accueilli une marche organisée par la Fédération démocratique du travail, réunissant militants, travailleurs et dirigeants. Le taux de chômage au Maroc a franchi le seuil des 13% pour la première fois en 2024.


Vendredi 1er Mai 2026, la ville de Tanger a vibré au cours d’une marche qui ne se limitait pas à une simple commémoration, mais qui représentait aussi un cri de revendication, presque une thérapie de vérité collective. La Fédération démocratique du travail a organisé la célébration de la Fête internationale du travail, réunissant militants, travailleurs et dirigeants dans une ambiance empreinte à la fois de mémoire militante et d’une urgence sociale évidente.

Deux voix se sont élevées ce jour-là au-dessus de la foule, esquissant ensemble le portrait d’un Maroc en souffrance, d’un gouvernement décevant, et d’une gauche déterminée à ne pas capituler.

**La sanction viendra des urnes**

Driss Lachguar, Premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires, n’a pas hésité à dénoncer la situation. Lors de son discours, il a souligné avec une clarté saisissante que se rassembler sur cette place à ce moment précis constituait un acte de résistance. « Derrière cette tribune et dans chacun de ses recoins, simplement se tenir debout sur cette place à cette heure et en pleine chaleur, c’est déjà un grand combat », a-t-il affirmé, rappelant que la présence militante est significative dans un contexte où l’espace politique se réduit.

Son discours a pris une tournure frappante lorsqu’il a abordé les symboles. Lachguar a dénoncé le vol de la mémoire militante, expliquant que les chants et slogans nés dans les années sombres du Maroc n’ont pas été créés dans des bureaux tranquilles. Ces hymnes, issus de la douleur et embellis par l’histoire, sont désormais utilisés sans vergogne par des partis politiques aux références historiques douteuses. « Après avoir tout volé dans ce pays bien-aimé, voilà qu’ils volent jusqu’à vos slogans », a-t-il déclaré, révélant ainsi une stratégie politique de brouillage idéologique.

Lachguar a ensuite passé au concret, dressant un tableau accablant du bilan du gouvernement. La promesse d’un million d’emplois se révèle être illusoire : sur les 850.000 emplois annoncés, 600.000 ont disparu à cause de la sécheresse, laissant un solde réel de seulement 350.000. De plus, le taux de chômage a franchi pour la première fois le seuil des 13 %, marquant une crise structurelle que le gouvernement s’efforce de minimiser.

Il a également souligné l’illusion d’accès à la couverture médicale, selon laquelle 90 % des crédits alloués à la protection sociale profitent au secteur privé, tandis que les services publics sont laissés pour compte. En évoquant le taux d’inflation, Lachguar a critiqué la présentation d’un taux de 0,8 % comme une victoire gouvernementale, insistant sur le fait que l’inflation alimentaire avait atteint 20 % il y a deux ans.

La conclusion de Lachguar sonnait comme un verdict : sur les dix engagements du gouvernement, sept n’ont pas été réalisés, trois seulement en partie, et aucun dans son intégralité. Il a prévenu que la sanction passerait par les urnes, affirmant « Non à la politique falsifiée. Non à l’intox et au mensonge. Non au gouvernement de la prédation ».

**L’État social : engagement ou alibi ?**

Dans un ton plus optimiste, Youssef Aidi, secrétaire général de la FDT, a esquissé une vision d’un Maroc juste et désirable, replaçant la célébration du 1er Mai dans son essence même : un engagement renouvelé entre la gauche syndicale et les travailleurs. Pour la FDT, la justice sociale est le fondement de toute croissance, et sans elle, les chiffres du PIB n’ont aucune signification pour ceux qui luttent pour subvenir à leurs besoins.

Aidi a abordé les enjeux géopolitiques, exprimant son soutien au peuple palestinien avec clarté tout en rejetant toute instrumentalisation politique. Il a aussi salué l’intégrité territoriale du Maroc concernant le Sahara, applaudissant les succès diplomatiques récents.

Sur le plan social, Aidi a exigé une augmentation générale des salaires et des retraites, tenant compte du coût de la vie, déplorant que les hausses annoncées soient annulées par l’inflation. Il a dénoncé la justice fiscale, plaidant pour une réforme qui pèse moins sur les salaires modestes tout en tenant les grandes fortunes à l’écart des facilités fiscales.

Concernant la retraite, Aidi a insisté sur le fait que la réforme ne devrait pas sacrifier les droits acquis pour des considérations comptables.

**Tanger, carrefour de mémoires et de luttes**

Tanger, ville-frontière et symbole des contradictions du Maroc moderne, a été le cadre choisi pour cette mobilisation. C’est ici que les discours politiques mettent en exergue la réalité quotidienne des promesses non tenues.

Ce 1er Mai restera un moment fort pour la gauche marocaine, prouvant sa capacité à dire la vérité et à proposer une alternative stratégique. Face à ceux qui tentent de récupérer symboliquement la lutte des classes, la FDT et l’USFP ont montré l’importance d’une cohérence entre les discours et les actions menées.

Les urnes témoigneront de cette mobilisation. Les travailleurs jugeront. Mais ce 1er Mai à Tanger a clairement articulé que le Maroc ne peut continuer à promettre l’ascension tout en laissant derrière lui ses classes laborieuses. La justice sociale n’est pas une option, mais une condition essentielle pour un Maroc qui avance pour tous.