Appel à une réforme profonde de l’enseignement supérieur et de la gouvernance.
Le député ittihadi Omar Anane a consacré son intervention à la discussion de trois projets de loi relatifs à la restructuration du système de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Le Groupe socialiste a souligné que l’indépendance de l’Agence nationale d’évaluation et de garantie de la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique est une condition essentielle à la réussite de ses missions.
Le député ittihadi Omar Anane, représentant le Groupe socialiste-Opposition ittihadie, a dédié son intervention, lors de la séance de mardi dernier, à l’examen de trois projets de loi concernant la restructuration du système de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.
Ces projets incluent le projet de loi n° 038.25 sur la dissolution et la liquidation de l’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques, le projet de loi n° 57.25 modifiant et complétant la loi n° 80.00 sur le Centre national de la recherche scientifique et technique, ainsi que le projet de loi n° 68.25 concernant l’Agence nationale d’évaluation et de garantie de la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.
Omar Anane a indiqué que le Groupe socialiste soutient ces initiatives législatives sur le principe, en raison de leur potentiel pour moderniser le cadre institutionnel de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur. Toutefois, il a souligné que ces textes doivent servir de point de départ à une véritable réforme basée sur des principes de bonne gouvernance, de transparence, de responsabilisation, de justice territoriale, et de valorisation de la recherche scientifique comme levier de développement et de souveraineté nationale.
Au sujet du projet de loi n° 038.25, qui concerne la dissolution et la liquidation de l’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques, Anane a précisé que cette démarche ne se limite pas à une simple procédure administrative, mais touche un secteur stratégique lié aux ressources naturelles, au développement durable et à l’économie verte. Il a insisté sur le fait que les plantes médicinales et aromatiques représentent un domaine porteur d’opportunités pour l’investissement, l’exportation, le développement rural, ainsi que pour le soutien à la recherche scientifique et à l’innovation.
Le député a ajouté que, bien qu’il comprenne l’intention de réorganiser ce secteur, il est essentiel qu’une réforme d’une telle ampleur soit accompagnée d’une évaluation précise des résultats de l’Agence, soulignant ses réalisations et ses limites, ainsi que les raisons motivant ce choix institutionnel.
Selon Anane, le véritable enjeu ne réside pas uniquement dans la dissolution d’un établissement ou dans le transfert de ses compétences, mais dans l’assurance de la continuité des projets et des engagements existants, la protection du capital humain et des expertises acquises, ainsi que la sécurisation des données et des documents scientifiques relatifs à ce secteur. Il a également recommandé l’élaboration d’un modèle institutionnel intégré reliant recherche scientifique et valorisation économique, transformant les ressources naturelles en créations d’emplois et en richesse, avec une gouvernance claire et une coordination efficace entre universités, acteurs économiques et institutions locales.
En ce qui concerne le projet de loi n° 57.25, relatif au Centre national de la recherche scientifique et technique, Omar Anane a fait remarquer que la recherche scientifique est désormais considérée comme un besoin fondamental, un service public indispensable, un vecteur de développement économique et social, et un outil essentiel pour réaliser la souveraineté scientifique et technologique dans des domaines cruciaux tels que la santé, l’énergie, l’eau, la sécurité alimentaire, les changements climatiques et la gestion des catastrophes naturelles.
Le Groupe socialiste a salué certaines avancées positives apportées par le projet, notamment en ce qui concerne l’alignement de la recherche sur les priorités nationales, l’ouverture aux compétences marocaines à l’étranger, la création d’unités régionales ainsi que l’amélioration de la gestion des projets de recherche. Toutefois, il a également relevé plusieurs manquements nécessitant des amendements, en particulier le faible financement public destiné à la recherche scientifique et le manque de garanties pour sa pérennité et son autonomie. Il a estimé qu’il est impossible de bâtir un système de recherche solide avec des budgets restreints ou un financement ponctuel.
Son intervention a mis en lumière la nécessité d’instaurer une gouvernance démocratique, transparente et inclusive pour l’université publique, afin d’engager les jeunes chercheurs, les femmes dans la recherche et les différentes régions, à travers l’adoption de mécanismes clairs d’évaluation, de redevabilité et de publication des rapports.
Le Groupe socialiste a également souligné l’importance de préserver l’autonomie des décisions scientifiques pour que la recherche ne soit pas uniquement soumise aux impératifs du marché. Il a insisté sur la nécessité de relier recherche et économie, sans pour autant nuire à la recherche fondamentale et aux sciences humaines et sociales.
En ce qui concerne le projet de loi n° 68.25, relatif à l’Agence nationale d’évaluation et de garantie de la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, le Groupe socialiste a affirmé que l’indépendance de l’Agence est essentielle à la réussite de ses missions, arguant qu’une soumission à une logique de tutelle risquerait d’altérer la pertinence et l’impact des évaluations.
Omar Anane a également plaidé pour que les rapports d’évaluation soient associés à des mécanismes concrets de responsabilité afin d’éviter qu’ils ne deviennent de simples documents formels sans suite. Il a exprimé des doutes quant à la capacité de l’Agence à assumer ses nouvelles responsabilités en l’absence de ressources humaines qualifiées, d’évaluateurs indépendants et de capacités techniques et institutionnelles adéquates.
Il a martelé que la réforme de cette Agence ne peut pas se limiter à un changement de nom ou à une extension de ses pouvoirs, mais doit garantir son indépendance, établir un lien entre évaluation et responsabilité, simplifier les procédures, et fournir les financements et les ressources humaines nécessaires pour que la recherche scientifique et la qualité deviennent de véritables leviers pour réformer l’université marocaine et renforcer la confiance envers ses diplômes et ses institutions.
**Elias Rayane**

