Tension avec l’Algérie : Darmanin tente une réconciliation avec DZ Mafia et visas.
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a été reçu ce lundi par le président algérien Abdelmadjid Tebboune à Alger pendant deux heures et demie. La chancellerie française a indiqué que des discussions ont eu lieu sur la coopération judiciaire et la lutte contre la criminalité organisée, notamment en lien avec la « DZ mafia ».
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a reçu ce lundi le ministre de la Justice Gérald Darmanin à Alger, afin de relancer l’apaisement des relations franco-algériennes, après les récentes crises provoquées notamment par Bruno Retailleau.
Gérald Darmanin a été reçu pendant deux heures et demie par le chef de l’État algérien, selon la chancellerie française. « On a pu évoquer le travail que nous devons continuer à faire pour renouer la confiance entre deux pays qui se respectent, la France et l’Algérie », a déclaré le ministre français dans une allocution après la rencontre, remerciant le président pour ce « très long échange ».
Arrivé dimanche, le ministre de la Justice avait auparavant tenu plusieurs réunions de travail avec son homologue algérien, Lotfi Boudjemaa, concrétisant, « après deux années d’interruption totale, […] la reprise concrète de notre coopération judiciaire opérationnelle », selon le ministère français.
Le garde des Sceaux a précisé avoir discuté avec les autorités algériennes du cas de Christophe Gleizes, journaliste sportif arrêté en Algérie dans le cadre d’un reportage et condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
Sa famille a annoncé qu’il avait retiré en mars un pourvoi en cassation, démarche visant à ouvrir la voie à une possible grâce du président Tebboune.
La priorité était aussi de relancer une collaboration judiciaire « extrêmement ralentie ». Gérald Darmanin a également mentionné avoir abordé la coopération judiciaire pénitentiaire, la lutte contre la criminalité organisée, le dossier de la « DZ mafia » (cartel d’organisations criminelles originaire de Marseille) ainsi que l’affaire des biens mal acquis.
Il a précisé que les autorités algériennes avaient formulé « une centaine de demandes » pour récupérer « les biens nés, malheureusement, de la corruption », faisant référence aux avoirs, propriétés et fonds que des responsables algériens, notamment ceux de l’ancien régime d’Abdelaziz Bouteflika, auraient acquis illégalement et transférés en France.
Cette embellie se manifeste déjà par une « reprise importante » des laissez-passer consulaires pour les expulsions d’individus dangereux vers l’Algérie, ce nombre étant passé de zéro à « quelques centaines » ces derniers mois, selon la chancellerie. La « DZ mafia » et d’autres organisations ont également été évoquées.
« Nous partageons avec l’Algérie la difficulté de lutter contre les mafias […] qui font venir de la drogue et qui touchent particulièrement notre jeunesse, qu’il s’agisse de la cocaïne, du cannabis ou des psychotropes », a déclaré le ministre de la Justice.
« Nous avons, sans entrer dans les détails, échangé de très précieuses informations et demandé un certain nombre d’extraditions, comme l’Algérie d’ailleurs a demandé des extraditions à la France », a-t-il ajouté.
Gérald Darmanin a invité les responsables des autorités judiciaires algériennes à se rendre à Paris début juin « pour approfondir ces dossiers, pour que nous puissions porter devant la justice française ces dossiers de saisie et de confiscation qui touchent d’anciens responsables du régime algérien ».
Les tensions sont apparues à l’été 2024 lorsque Paris a soutenu un plan d’autonomie sous « souveraineté marocaine » pour le territoire contesté du Sahara occidental. L’Algérie, qui soutient les indépendantistes du Front Polisario, avait réagi en rappelant immédiatement son ambassadeur en France.
Depuis, une série d’événements a contribué à entretenir les tensions. Parmi eux figurent la détention et la condamnation en Algérie de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, finalement gracié, ainsi que celle de Christophe Gleizes, et l’incarcération en France d’un agent consulaire algérien suspecté d’implication dans l’enlèvement d’un influenceur. « L’enjeu aujourd’hui est de rétablir la confiance », estime le média TSA Algérie.
La détente entre l’ancienne puissance coloniale française et l’Algérie, indépendante depuis 1962, a été confirmée par une visite à la mi-février du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, suivie en mai par celle de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.
Autre signe de ce réchauffement, le ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, se rendra à Paris dans « quelques jours », a annoncé Laurent Nuñez dans un entretien publié dimanche.

