Séisme au Venezuela : des pilleurs attaquent les commerces et habitations
Un double séisme a touché l’Etat de La Guaira, au Venezuela, le 24 juin, faisant selon un bilan provisoire 1.450 morts et des dizaines de milliers de disparus. Les habitants réclament des efforts de sauvetage à La Guaira, ainsi que le maintien de la sécurité et la distribution de nourriture, d’eau et de médicaments.

Une vidéo partagée sur les réseaux sociaux montre un groupe de personnes se passant de mains en mains des cartons d’appareils électroménagers provenant d’un magasin effondré. D’autres images illustrent des cartons de marchandises sur les toits de voitures ou de motos. Les plaintes se multiplient face à ces nombreux pillages dans l’État côtier de La Guaira, au Venezuela, où d’immenses amas de décombres subsistent. Cet État a été frappé le 24 juin par un double séisme, faisant selon un bilan provisoire au moins 1 450 morts et des dizaines de milliers de disparus.
Sur les réseaux sociaux, des accusations émergent contre des policiers et des militaires, accusés de voler dans les habitations et même sur les dépouilles des défunts.
Une succursale d’une grande chaîne de pharmacies a également été pillée, ainsi que des supermarchés et d’autres commerces. Certains attribuent ces actes à un « tourisme du malheur », tandis que d’autres parlent de la faim et de la détresse causées par la perte de tout ce qu’ils possédaient dans un pays en crise chronique depuis plusieurs années.
« Ils ont emporté jusqu’aux câbles »
« Est-il juste que notre peuple se dévore lui-même ? », s’interroge Maria Esther Bernal, 71 ans, qui louait des locaux à des commerçants chinois, tous pillés. « Ils n’ont même pas laissé le papier peint sur les murs, dit-elle. Ils ont emporté jusqu’aux câbles. » Et d’ajouter : « Juste à côté, un homme est mort, c’était un Chinois ; ils (les pillards) enjambaient le cadavre pour piller, c’était un supermarché. »
Une journaliste de l’AFP a observé des pillages dès jeudi à La Guaira. Les habitants demandent des efforts de sauvetage, mais aussi le maintien de la sécurité et la distribution de nourriture, d’eau et de médicaments. Le gouvernement a militarisé la région et restreint l’accès à l’État. Un laissez-passer, à obtenir auprès des militaires à Caracas, est désormais exigé.
« Ils étaient devenus fous, emportant tout »
Les maisons n’ont pas échappé aux pillards. « Il n’y a plus rien ici », déclare Zulay de Carvajal, 72 ans. « On nous a tout volé : les vêtements, les chaussures, les ustensiles, les casseroles, les tasses, les verres… ». Son fils, Gregory Carvajal, 37 ans, ajoute : « Nous avons trouvé un véritable chaos. Nous étions en train de sortir des corps et, à ce moment-là, les gens pillaient ; ils étaient devenus fous, ils pillaient, emportant tout. »
Dans un autre quartier de La Guaira, la situation est similaire. Un homme a surpris un groupe essayant de dégager un camion coincé dans une maison pour l’emporter. Certains siphonnent le carburant des voitures immobilisées ; d’autres se font passer pour des pompiers. Les plaintes affluent de partout.
Un militaire et un fonctionnaire surpris en train de fouiller
Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre un homme expulsant de chez lui un militaire et un autre fonctionnaire qu’il a surpris en train de fouiller les lieux. « Ils continuent à emporter des trucs, je n’en peux plus », s’indigne la personne filmant avec son téléphone. Les fonctionnaires répondent qu’ils vérifiaient juste s’il y avait quelqu’un. « Dehors, dehors, vous m’avez tout pillé ! », réplique le sinistré.
La Guaira avait déjà été ravagée en 1999 par des pluies et des glissements de terrain, causant plus de 10 000 morts.
« À cette époque, on avait déjà observé un tel phénomène de délinquance », explique Marino Alvarado, ancien coordinateur de l’ONG de défense des droits de l’homme Provea. « Il est courant de se retrouver face à trois situations », détaille-t-il : « la délinquance ; ensuite, les abus policiers qui commencent déjà à être dénoncés ; et en troisième lieu, la participation de fonctionnaires de police ou de militaires au pillage. »
Après le pillage d’une des succursales de la chaîne pharmaceutique Farmatodo à La Guaira, l’entreprise a nettoyé les lieux avec le soutien de la communauté, et un centre de soins y est désormais installé.
