Pressions, UE, élections : tensions croissantes entre Russie et Arménie ?
L’Arménie a accueilli un sommet européen en mai, que l’UE a décrit comme un « bond en avant » dans leurs relations. Les Arméniens voteront le 7 juin pour des législatives considérées comme un référendum sur la ligne géopolitique de Nikol Pachinian.
L’Arménie, qui a jusqu’à présent maintenu de bonnes relations avec l’Union européenne ainsi qu’avec Moscou, se retrouve maintenant sous pression diplomatique, particulièrement de la part de la Russie, qui intensifie ses signaux menaçants à l’approche des élections législatives arméniennes.
Entre le rappel d’un ambassadeur, les restrictions commerciales, les injonctions politiques et les menaces d’un « scénario ukrainien », 20 Minutes fait le point sur ces tensions.
Un ambassadeur rappelé
Le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé samedi le rappel de son ambassadeur Sergueï Kopyrkin pour « consultations », estimant que les démarches de rapprochement entre Erevan et l’UE « sapent la coopération au sein de l’Union économique eurasiatique » (UEE), dirigée par Moscou. Ce rappel s’est produit après une déclaration ferme de Vladimir Poutine au Kazakhstan, où il a averti que le « scénario ukrainien » avait effectivement débuté avec la tentative de Kiev d’adhérer à l’UE, ce qui constitue une menace implicite adressée à l’Arménie.
Des « sanctions » économiques
Sur le plan économique, Moscou a annoncé des restrictions concernant l’importation de produits agricoles, notamment ceux du secteur maraîcher arménien, à compter du 30 mai, invoquant des violations phytosanitaires. Ce lundi, une interdiction des produits de la pêche a été ajoutée, un secteur dont 30 % des exportations sont destinées au marché russe. Ces mesures font écho à des répercussions similaires déjà appliquées contre la Moldavie ou la Géorgie lors de leurs rapprochements avec l’Occident. La Commission européenne a dénoncé ces « sanctions » ce lundi, y voyant une tentative russe de « nuire à l’économie de l’Arménie et d’influencer le résultat des élections législatives ».
Poutine réclame un référendum, Pachinian refuse
Vladimir Poutine a clairement établi que l’Arménie devait faire un choix, déclarant qu’il était « impossible de concilier » l’adhésion à l’UE et le maintien au sein de l’UEE. Dans une déclaration commune, les présidents russe, bélarusse, kazakh et kirghiz ont appelé ce vendredi l’Arménie à « organiser au plus vite un référendum national » sur cette question. Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a rejeté cet appel ce lundi, qualifiant d’« illogique » l’organisation d’un tel vote tant que l’Arménie n’aura pas officiellement soumis sa candidature à l’UE. Bien qu’il reconnaisse que les relations arméno-russes traversent « une phase de transformation », il a exprimé son souhait de construire des relations « nouvelles » avec Moscou, « ouvertes et sincères ».
Sommet européen à Erevan et soutien de Trump
En mai, l’Arménie a accueilli pour la première fois un sommet européen, l’UE saluant un « bond en avant » dans leurs relations. Donald Trump a exprimé cette semaine son soutien « complet et total » à Pachinian, annonçant un corridor nommé « La route de Trump pour la paix et la prospérité internationale », reliant l’Arménie à certaines régions d’Azerbaïdjan. Ce rapprochement avec l’Occident peut être perçu comme une conséquence de la conquête militaire du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan en 2023, malgré la présence d’une force d’interposition russe. Depuis cet événement, l’Arménie a suspendu sa participation au pacte de sécurité régional lié à la Russie.
Des élections clivantes
Les Arméniens se rendront aux urnes le 7 juin pour des élections législatives, faisant également office de référendum sur la ligne géopolitique de Pachinian. Son parti est en tête dans les sondages, mais sans être dominant. Son principal adversaire, l’homme d’affaires russo-arménien Samvel Karapetyan, met en garde contre toute « ruée imprudente » vers l’Occident. Néanmoins, la Russie demeure un partenaire structurellement incontournable : principal partenaire commercial, fournisseur d’énergie et d’armements, elle abrite une base militaire sur le sol arménien. Moscou a déjà prévenu qu’elle envisageait de « suspendre » un accord sur la livraison de gaz et de produits pétroliers si Erevan poursuivait son processus d’adhésion à l’UE.

