
Liban : une amnistie votée pour désengorger les prisons
Le Liban fait face à une crise pénitentiaire aiguë, exacerbée par une surpopulation carcérale atteignant près de 300 %. Dans ce contexte, le Parlement a récemment adopté une loi d’amnistie générale, la première depuis 1991, marquant un tournant significatif dans le paysage judiciaire du pays, qui vient également d’abolir la peine de mort.
Cette initiative vise à alléger la pression sur les établissements pénitentiaires, mais aussi à remédier aux lenteurs des procédures judiciaires. Bien que le nombre exact de personnes qui bénéficieront de cette amnistie n’ait pas été communiqué, un rapport de la Commission nationale des droits humains indique que, fin mars, les prisons libanaises comptaient 6.268 détenus.
La loi prévoit des mesures spécifiques, comme la réduction des peines des condamnés à mort et des détenus à perpétuité à une durée maximale de dix ans de détention effective. De plus, elle devrait faciliter la libération de prisonniers qui attendent depuis plus de douze ans un jugement. Imad al-Hout, député impliqué dans cette réforme, a souligné l’importance de ces changements.
La question de l’amnistie est particulièrement délicate au Liban, surtout après la chute de l’ancien président syrien Bachar al-Assad fin 2024. Cette mesure devrait bénéficier à de nombreux détenus islamistes, souvent incarcérés sans procès pour des actes liés à la guerre en Syrie. Beaucoup d’entre eux, originaires de Tripoli, sont accusés d’attaques contre l’armée libanaise ou de participation à des attentats.
Les attentes autour de cette amnistie varient selon les communautés. Dans l’est du Liban, des familles de détenus espèrent une clémence pour des infractions liées au trafic de drogue ou au vol de véhicules. Parallèlement, des partis chrétiens plaident pour des mesures en faveur d’anciens membres de l’Armée du Liban Sud et de ceux qui ont fui vers Israël. Cette diversité de revendications souligne les profondes divisions communautaires qui traversent le pays.
La dernière amnistie accordée remonte à 1991, à la suite de la guerre civile qui a dévasté le Liban entre 1975 et 1990. Bien qu’elle ait permis d’effacer certains crimes politiques, elle n’a pas été suivie d’un véritable processus de réconciliation ni d’un cadre de justice pour les victimes. Plus de trente ans après, la question de l’impunité demeure centrale dans les discussions concernant toute nouvelle mesure d’amnistie.
