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Irlande du Nord : Les violences anti-immigrés à Belfast révèlent des divisions historiques

Cette semaine, des émeutes anti-immigrés ont éclaté à Belfast, en Irlande du Nord, après la diffusion, lundi, d’une vidéo de la violente attaque au couteau d’un homme, pour laquelle un Soudanais a été inculpé. Des données gouvernementales publiées le mois dernier ont montré que le nombre de personnes âgées de 16 à 24 ans sans emploi et ne suivant ni études ni formation avait atteint 11,6 %, un chiffre en hausse par rapport au trimestre précédent.


Une histoire lourde qui marque les esprits. Les émeutes anti-immigrés survenues cette semaine à Belfast, en Irlande du Nord, s’inscrivent dans un contexte de conflit et de divisions historiques dans cette province britannique, marquée par trois décennies de troubles, selon des habitants et des chercheurs interrogés par l’AFP. « Nous avons encore un héritage de conflit, de conflit communautaire », précise Joanne Hughes, chercheuse à la Queen’s University de Belfast.

L’Irlande du Nord a été le théâtre de violences opposant jusqu’en 1998 républicains, majoritairement catholiques et favorables à une réunification avec l’Irlande, et unionistes protestants, défenseurs de l’appartenance de l’Irlande du Nord à la couronne britannique. « Il y a encore de fortes divisions communautaires. Il y a encore de la ségrégation, en particulier dans les zones les plus défavorisées », ajoute l’universitaire, dont les recherches portent sur le rôle de l’éducation dans les sociétés divisées.

Une attaque au couteau à l’origine des émeutes

Suite à la diffusion, lundi, d’une vidéo d’une violente attaque au couteau sur un homme à Belfast, pour laquelle un Soudanais a été inculpé, des émeutes ont éclaté mardi soir dans des quartiers populaires majoritairement unionistes. La majorité des violences s’est déroulée dans des « zones d’interface », où des clôtures et des panneaux séparent les quartiers protestants des quartiers catholiques.

Les émeutiers, souvent de jeunes hommes masqués, ont ciblé principalement des habitations de personnes issues de minorités ethniques. À Tiger’s Bay, un bastion unioniste où quatre maisons d’immigrés ont été attaquées, certains habitants opposés aux émeutes refusent de s’exprimer par crainte d’être identifiés.

Les « séquelles des Troubles »

Au lendemain des violences, des habitants et des responsables politiques pro-irlandais ont mis en lumière l’influence des paramilitaires loyalistes, qui continuent d’exercer un certain ascendant sur les jeunes hommes dans les zones protestantes. « Il y a une influence d’organisations paramilitaires du côté unioniste », affirme Seán Óg Ó Murchú, auteur basé à Belfast et républicain. « Ce sont en quelque sorte les séquelles des Troubles ». Le Belfast Telegraph a rapporté, citant une source loyaliste, que ces groupes n’« orchestraient ni n’encourageaient » les violences, mais s’abstenaient d’intervenir pour les empêcher.

D’après les chercheurs, beaucoup attribuent aux immigrés les difficultés d’accès au logement ou aux soins de santé. Des données gouvernementales publiées le mois dernier ont révélé que le taux de chômage chez les 16-24 ans, ne suivant ni études ni formation, avait atteint 11,6 %, un chiffre en hausse par rapport au trimestre précédent. « Je pense que la plupart de ceux qui participent à ces émeutes et à ces manifestations violentes se sentent marginalisés, manquent d’espoir », estime Joanne Hughes.

Une rhétorique qui suscite la peur

« La perception qu’ils ont est que ces migrants prennent leurs logements », souligne Dominic Bryan, chercheur en anthropologie politique à la Queen’s University. À Belfast, où la population catholique a dépassé la population protestante depuis la fin des « Troubles », les unionistes « voient leur identité et leur culture s’amenuiser », remarque Ó Murchú.

Parallèlement, « des gens comme » le militant anti-islam Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, « affirment que votre culture est en train de s’effriter, mais que c’est à cause de cet homme à la peau mate qui vit à côté de chez vous », ajoute-t-il. Selon Dominic Bryan, les événements récents « marquent un changement dans certaines zones unionistes et protestantes, où l’autre n’est plus le catholique […] mais les personnes d’une couleur de peau différente ».