Inde : Le « parti des cafards » ne séduit pas que les jeunes.
Le « Cockroach Janata Party » (CJP) a été créé à la suite des déclarations du président de la Cour suprême, Surya Kant, qui a qualifié les jeunes critiquant le gouvernement de « cafards » lors d’une audience en mai. Abhijeet Dipke, 30 ans, a annoncé son retour en Inde et appelé ses partisans à se rassembler le 6 juin pour exiger la démission du ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, jugé responsable de nombreuses irrégularités lors d’examens universitaires.
Le fondateur du nouveau parti indien, surnommé « parti des cafards », a annoncé ce lundi son arrivée imminente à New Delhi et la tenue d’une manifestation cette semaine. Mais qu’est-ce que le « Cockroach Janata Party » (CJP), qui a récemment gagné en popularité sur les réseaux sociaux auprès des jeunes ? 20 Minutes fait le point.
Quelle est l’origine du parti ?
Le CJP a été créé en réponse aux propos tenus par le président de la Cour suprême, Surya Kant. Lors d’une audience en mai, le magistrat aurait qualifié les jeunes critiques du gouvernement de « cafards » et de « parasites ». Il a ensuite précisé qu’il s’adressait à ceux utilisant de faux diplômes.
Abhijeet Dipke, 30 ans et étudiant en communication politique à l’université de Boston, aux États-Unis, a réagi en lançant le CJP, un parti parodique dont l’acronyme évoque celui du Bharatiya Janata Party (BJP), le parti nationaliste indien dirigé par le Premier ministre Narendra Modi.
Quelle est la ligne de ce parti qui cartonne sur les réseaux ?
Dès sa création, le CJP a attiré 218 000 abonnés sur X, mais son compte a été bloqué en Inde, suivi par la création immédiate d’un nouveau profil. Nommé « Cockroach is Back » (le cafard est de retour), ce dernier a rapidement enregistré près de 150 000 abonnés en quelques heures. Plusieurs comptes ont également été bloqués par le gouvernement indien.
Son slogan – « un front politique de la jeunesse, par la jeunesse, pour la jeunesse » – est devenu viral, notamment sur Instagram où il compte maintenant 22 millions d’abonnés. Le BJP en a neuf millions et le Congrès, principal parti d’opposition, treize millions.
Abhijeet Dipke a affirmé que les jeunes Indiens « sont bien plus matures, informés et politiquement conscients que beaucoup ne le pensent ». Selon le député de l’opposition Shashi Tharoor, cette popularité fulgurante reflète « l’ampleur de la frustration et du mécontentement » parmi la jeunesse indienne. « Je pense que c’est très sain dans une démocratie que les gens puissent exprimer leurs opinions de différentes manières », a-t-il déclaré dans l’édition de vendredi de l’Indian Express. Le Times of India a écrit fin mai dans un éditorial que le CJP « pourrait représenter une sérieuse concurrence pour les partis politiques existants ».
Un retour et une manifestation… Quelles sont les prochaines étapes ?
Dans un message publié lundi, Abhijeet Dipke, ancien membre du parti d’opposition Aam Aadmi Party (AAP), a annoncé son retour en Inde et a appelé ses partisans à se rassembler le 6 juin dans la capitale pour demander la démission du ministre de l’Éducation.
Le ministre, Dharmendra Pradhan, fait face à des critiques acerbes ces dernières semaines, accusé d’être responsable de nombreuses irrégularités lors d’examens universitaires. « Des étudiants se sont suicidés et le dur labeur de centaines de milliers d’entre eux a été détruit », a-t-il affirmé, en appelant ses soutiens à se retrouver à l’aéroport de New Delhi.
« Je veux croire que notre pays reste une démocratie et que j’obtiendrai l’autorisation de manifester », a ajouté Abhijeet Dipke. Au pouvoir depuis 2014, Narendra Modi est régulièrement accusé par l’opposition et la société civile de réprimer toute forme de contestation dans le pays.

