
Après le « non » de l’Islande, qui souhaite toujours adhérer à l’UE ?
Les Islandais ont clairement exprimé leur position ce week-end en rejetant, à 52,8 %, la reprise des négociations pour une adhésion à l’Union européenne lors d’un référendum. Ce vote, qui a eu lieu sur cette petite île de 400.000 habitants, met un frein aux discussions d’adhésion jusqu’au moins en 2028. La députée européenne écologiste, Saskia Bricmont, a souligné que « le constat est clair : l’UE aujourd’hui ne fait plus rêver ». De son côté, l’eurodéputé centriste Sandro Gozi a averti que cet événement devrait inciter l’Europe à réfléchir sérieusement à son attractivité, affirmant que le « pouvoir d’attraction » du bloc communautaire ne peut plus être considéré comme acquis et qu’il est impératif pour l’UE de « continuer à gagner la confiance ».
Les partis eurosceptiques ont rapidement salué le résultat du scrutin. Marine Le Pen, du Rassemblement national, a interprété ce vote comme une affirmation de l’attrait d’une Europe fondée sur la souveraineté des nations, tandis que Nigel Farage, leader de Reform UK, a félicité les Islandais pour leur choix en faveur de leur indépendance. Alors que le dernier élargissement de l’UE remonte à 2013 avec l’intégration de la Croatie, la question se pose : le projet européen est-il toujours attrayant ?
L’Islande, à l’instar de la Norvège et de la Suisse, qui ont également choisi de ne pas rejoindre l’UE, estime pouvoir prospérer sans les contraintes de Bruxelles. Romain Pasquier, directeur de recherches au CNRS et professeur à Sciences Po Rennes, rappelle que ces pays, bien que riches, entretiennent des relations économiques solides avec l’UE sans en subir les obligations. Ils restent prudents face à une intégration qui nécessiterait des transferts de souveraineté, notamment dans des secteurs clés comme la pêche, un sujet crucial lors du vote islandais.
À l’opposé, neuf pays sont actuellement en statut de candidats officiels à l’adhésion : l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, la Macédoine du Nord, la Moldavie, le Monténégro, la Serbie, la Turquie et l’Ukraine. Bien que le Kosovo ait également exprimé son désir d’adhésion, sa demande n’est pas reconnue par tous les États membres. En juin, l’Ukraine et la Moldavie ont ouvert leurs premiers chapitres de négociation. Florent Marciacq, chercheur associé à l’IRIS, souligne que « chacun cherche son intérêt », qui varie d’un pays à l’autre. Pour les nations des Balkans, rejoindre l’UE représente une opportunité d’attirer des investisseurs et d’assurer un développement économique, tandis que l’Ukraine, confrontée à une « menace existentielle » depuis l’invasion russe de 2022, voit dans cette adhésion une nécessité de sécurité. Malgré cette dynamique, les avancées concrètes vers l’adhésion restent limitées.
La guerre en Ukraine a redynamisé le débat sur l’élargissement de l’UE, un processus qui semblait au point mort. Toutefois, Florent Marciacq nuance en indiquant que les règles internes, comme celles en France qui exigent un référendum ou une majorité des trois cinquièmes au Parlement, rendent l’adhésion ukrainienne difficile à concrétiser.
Le contraste est frappant entre l’enthousiasme des candidats à l’adhésion et la réserve des États membres actuels. Romain Pasquier note que « si les pays des Balkans ou l’Ukraine sont extrêmement motivés, l’enthousiasme est moins palpable à Clermont-Ferrand », faisant référence à la désillusion qui a suivi l’enthousiasme des années 1990 et 2000. Florent Marciacq ajoute que l’idée de fédéralisme européen semble avoir perdu de son attrait, avec des partis d’extrême droite, tels que le Rassemblement national et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, se déclarant pro-européens mais en faveur d’une intégration sélective.
Cette dilution des aspirations collectives face à des intérêts particuliers a conduit à des « constellations variables de coopérations » souvent intergouvernementales, financées au niveau communautaire. En comparant les succès des mouvements eurosceptiques en France et en Allemagne à des « attaques auto-immunes », Marciacq décrit une Union européenne en mode « survie », où les dirigeants tentent de maintenir l’équilibre dans un contexte géopolitique de plus en plus hostile, reléguant la perspective d’élargissement au second plan.
