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Allemagne : Le vieux scooter bleu Simson du leader de l’AfD Ulrich Siegmund.

Dimanche dernier, Ulrich Siegmund a fait une entrée remarquée dans son bureau de vote, sur son scooter bleu, un véhicule emblématique de l’ancienne Allemagne de l’Est. Accompagné de sa femme Julia, qui se tenait derrière lui, le couple affichait une image de bonheur et de normalité. Ce moment, soigneusement orchestré, a contribué à la victoire écrasante de Siegmund, candidat de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a obtenu près de 44 % des voix lors des élections en Saxe-Anhalt, reléguant les autres partis à un rôle secondaire. Ce résultat marque une première depuis 1945, car aucune région allemande n’avait été dirigée par l’extrême droite depuis la chute d’Adolf Hitler.

L’ascension de Siegmund s’explique en partie par son image de « bon copain », renforcée par son sourire engageant et son scooter Simson « Schwalbe », un symbole de l’ex-RDA. À 35 ans, il n’a pourtant jamais connu la RDA, étant né lors de la chute du Mur de Berlin en 1989. Son choix de ce scooter, qui était l’un des rares moyens de transport disponibles à l’époque en Allemagne de l’Est, suscite des interrogations. Selon Etienne Dubslaff, maître de conférences à l’université Paris Nanterre, il s’agit d’une récupération nostalgique, visant à établir un lien avec le peuple et à affirmer son appartenance à la communauté locale.

Le Simson Schwalbe, produit entre 1960 et 1986, a vu plus d’un million d’unités fabriquées, dont environ 150 000 seraient encore en circulation aujourd’hui. Ce modèle, bien que moins glamour que la Vespa italienne, a acquis une certaine popularité. Siegmund a opté pour une version bleue, en écho aux couleurs de l’AfD, s’éloignant de l’orange associé à la guerre froide. Ce choix de véhicule lui permet également de se démarquer, car il est plus accessible qu’une voiture, renforçant ainsi son image d’homme proche du peuple.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans controverse. Dennis Baum, descendant des fondateurs de la marque Simson, a exprimé son indignation face à l’utilisation de ce symbole par l’AfD. Sa famille juive, qui a créé l’entreprise à la fin du XIXe siècle, a été contrainte de fuir l’Allemagne lors de l’arrivée au pouvoir d’Hitler, tandis que l’entreprise a été nationalisée et a continué à produire le Schwalbe. Dennis Baum a qualifié cette association de « répugnante » et d’insulte à leur histoire.

La question se pose alors de savoir si l’AfD, dont l’idéologie a tendance à se radicaliser, a délibérément choisi un symbole lié à une famille juive chassée du pays. Dubslaff reste sceptique, suggérant que l’intention était plutôt de revendiquer une identité est-allemande. Le débat autour de cette appropriation symbolique continue de diviser les opinions.