
Albanie : Manifestations contre un projet touristique de la famille Trump
Vendredi soir, des manifestations ont eu lieu à Tirana contre un projet touristique lié à Ivanka Trump et Jared Kushner, mobilisant des milliers de manifestants dans la rue depuis près de deux semaines. Les manifestants réclament des comptes et la démission d’Edi Rama, qui dirige le pays depuis treize ans.

Vendredi soir, Tirana a de nouveau été le site de manifestations contre un projet touristique controversé impliquant Ivanka Trump et Jared Kushner. D’un côté, le Premier ministre Edi Rama, soutenu par ses partisans. De l’autre, des milliers de manifestants dans les rues, comme cela se produit chaque soir depuis près de deux semaines.
Au centre des revendications se trouve un complexe de luxe prévu à proximité d’une lagune protégée qui abrite de nombreux flamants roses. Cependant, au-delà du projet lui-même, c’est la gouvernance entière du pays qui est contestée. Les manifestants réclament des responsabilités… et la démission du dirigeant en place depuis treize ans.
Un projet qui attise la colère
La colère a pris de l’ampleur lorsque des barbelés ont été installés sur les plages d’une réserve naturelle située à 150 km au sud-ouest de Tirana. Cette installation a été jugée inacceptable par les associations de protection de l’environnement. Une manifestation, réprimée par des agents de sécurité privés, a ensuite renforcé la mobilisation. Depuis lors, les rassemblements se sont multipliés, reflétant le mécontentement d’une partie de la population. « Le problème n’est pas qu’ils tentent de construire un complexe touristique, le problème est le manque de transparence et de responsabilité envers la population », a déclaré Kaltrina Hyka, militante pour l’ONG Eco Albania.
Face à cette contestation, Edi Rama s’efforce de garder le contrôle. Dans un discours à l’occasion du 35e anniversaire du parti socialiste, dont il est président, il a répondu aux critiques. « L’Albanie n’a jamais été à vendre », a-t-il affirmé à ses partisans. Cependant, sur le terrain, les slogans se multiplient. « Rama démission » et « l’Albanie n’est pas à vendre » retentissent chaque soir sous les fenêtres de son bureau. Le Premier ministre évoque, de son côté, une « guerre politique et idéologique qui ne concerne pas l’Albanie », dénonçant une instrumentalisation du mouvement.
Le projet est-il réel ?
Depuis plusieurs jours, le chef du gouvernement minimise la situation. Il assure qu’il « n’y a rien à craindre, puisqu’il n’y a pas de projet », évoquant des informations erronées qui seraient à l’origine de la mobilisation. Cependant, Ivanka Trump a récemment décrit le site dans un podcast : « Nous avons cinq miles [8 km, ndlr] de front de mer directement en face de l’île, cette magnifique péninsule avec un lagon d’un côté, l’océan de l’autre, de superbes plages de sable blanc ». Ces déclarations nourrissent les doutes des opposants.
En plus du projet, une préoccupation plus large persiste : celle d’un nouveau scandale de corruption. Le pays a déjà été marqué par plusieurs affaires impliquant des figures politiques, tant du côté du gouvernement que de l’opposition. Les manifestants demandent notamment une enquête indépendante sur l’attribution des terrains, une meilleure protection des zones naturelles, ainsi que l’abrogation de la loi sur les investissements stratégiques. Ces revendications vont bien au-delà du simple projet touristique.
Une génération qui refuse de quitter son pays
Dans les cortèges, la colère est manifeste. « Le déclencheur, c’est le projet dans la réserve naturelle de Zvernec, mais en réalité, il y a de nombreuses raisons pour lesquelles nous manifestons ici aujourd’hui », explique Fadel Dia. Ce jeune homme de 26 ans va encore plus loin : « Depuis 36 ans, nous sommes dirigés par des gouvernements corrompus, les uns après les autres. Aucune de ces administrations n’a agi pour le bien du peuple albanais. Elles se sont uniquement enrichies et nous ont dépouillés. Nous n’avons pas de système de santé, nous n’avons pas… en fait, une des plus grandes parties de Tirana n’a même pas d’école publique… ». Malgré cela, il souhaite rester. « Toute ma vie, on m’a dit de ne pas vivre ici […] mais en réalité, l’Albanie est un pays merveilleux […] et la seule chose qui ne va pas dans notre pays, c’est le gouvernement. Et c’est cela que nous voulons changer, car je veux vivre dans mon pays et non ailleurs ».
