
Airbus A380 : Fissures dans les ailes, inspections urgentes nécessaires.
L’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) a ordonné l’inspection de 16 Airbus A380, dont cinq urgemment. Les travaux de réparation et de contrôle sur les « super jumbos » ont été évalués à « au moins un million d’euros par appareil, soit un coût total de 100 millions d’euros ».
Lors de son vol commercial inaugural en avril 2005, l’A380, avec ses dimensions impressionnantes, a marqué une étape dans l’histoire de l’aviation et a permis à Airbus de contester la domination de Boeing sur le marché des très gros-porteurs. Bien que son succès commercial n’atteigne pas les attentes, de nombreux vols long-courriers continuent de se faire à bord de ce « superjumbo » réputé pour son confort et son silence. Cependant, la détection de fissures dans la structure des ailes pourrait raviver les interrogations concernant la solidité du plus grand avion de ligne au monde.
L’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) a donc ordonné l’inspection de 16 Airbus A380, dont cinq de manière urgente, comme l’a signalé mardi le constructeur aéronautique. Parmi ces aéronefs, 15 sont utilisés par la compagnie Emirates et un par la compagnie australienne Qantas. L’EASA a requis des inspections supplémentaires. Bien que les autorités aéronautiques assurent que les avions concernés restent sûrs s’ils respectent les procédures d’inspection et de réparation, cela rappelle un problème technique déjà identifié il y a plus de dix ans.
Les inspections urgentes ont été lancées après la découverte de fissures sur des éléments essentiels des ailes, appelés « wing mid spars », qui soutiennent une partie significative des charges en flexion et en torsion d’un avion. L’agence européenne estime que ces défauts, s’ils ne sont pas détectés et corrigés, pourraient compromettre l’intégrité structurelle de l’aile. Cinq appareils doivent être inspectés sans délai avant leur prochain vol, tandis que les autres disposent d’un temps limité exprimé en cycles de vol.
Les premières alertes concernant ces fissures datent de 2011-2012. Des inspections des Airbus A380 avaient alors révélé des fissures sur des composants nommés « wing rib feet », de petites pièces métalliques reliant les nervures internes de l’aile à son revêtement extérieur, rapportent les médias spécialisés. Ces défauts avaient été identifiés lors d’examens approfondis suite à un incident moteur sur un A380 de Qantas en novembre 2010.
En réponse à ces découvertes, l’Agence européenne de la sécurité aérienne avait ordonné en janvier et février 2012 des inspections progressives de la flotte mondiale d’A380. Les contrôles ont ensuite été étendus à tous les appareils en service à ce moment-là. Depuis 2012, plusieurs campagnes d’inspection et de modifications structurelles ont été réalisées pour remédier aux défauts détectés sur les premiers exemplaires de ce super porteur. Ces opérations ont engendré des coûts considérables : les réparations et contrôles sur les « super jumbos » ont été estimés à « au moins un million d’euros par appareil, soit un coût total de 100 millions d’euros », selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel.
D’après Airbus et les autorités de certification, les fissures apparaissaient autour de certains trous de fixation soumis à des contraintes mécaniques répétées. Le constructeur a précisé que ce phénomène touchait principalement les avions des premières séries de production et a modifié ses procédés de fabrication ainsi que certains matériaux pour les modèles suivants. Airbus a indiqué que ces fissures ne compromettaient pas immédiatement la sécurité des vols, tout en reconnaissant la nécessité de réparations et de renforcements structurels.
Pour l’instant, aucune autorité n’a ordonné l’immobilisation générale de la flotte des A380. Les régulateurs insistent sur le fait que les défauts ont été identifiés grâce aux programmes de surveillance structurelle en place sur les avions commerciaux. Emirates a annoncé qu’elle « se conformera à la directive de navigabilité et effectuera les inspections requises ». Ces vérifications « commenceront dans les 48 heures à venir et tous les travaux nécessaires seront réalisés avant la remise en service des appareils », a affirmé la compagnie, le premier utilisateur de l’A380.
Bien que l’A380 ne soit plus fabriqué depuis 2021, près de 200 exemplaires sont toujours en service dans le monde, principalement chez Emirates. La compagnie de Dubaï avait déjà signalé des fissures sur certaines zones de longerons sur des appareils plus anciens, notamment ceux ayant été stockés puis remis en service après la pandémie de Covid-19. Airbus avait même envoyé jusqu’à 60 ingénieurs sur place pour soutenir les opérations d’inspection et de remise à niveau structurelle. Cette surveillance renforcée pourrait entraîner des conséquences opérationnelles, d’autant plus que le marché des longs courriers connaît une forte reprise depuis la sortie de la crise sanitaire, poussant plusieurs compagnies (de Lufthansa à Etihad en passant par British Airways) à remettre en service des A380 qui devaient être retirés.
Pour l’heure, les inspections concernent seulement une partie de la flotte et ne remettent pas en cause, à ce stade, l’exploitation générale de l’appareil. Les experts du secteur s’interrogent désormais pour savoir si les fissures découvertes en 2026 relèvent d’un phénomène similaire à celui observé en 2012 ou si elles sont liées au vieillissement de certaines cellules.
