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VivaTech 2026 : Le « chandelier quantique » d’IBM, qu’est-ce que c’est ?

IBM s’est fixé comme horizon 2029 pour commercialiser pleinement ses ordinateurs quantiques. Cette année, IBM montre à VivaTech le système de refroidissement de son ordinateur quantique le plus puissant, conçu pour atteindre « l’avantage quantique ».


Pourquoi suscite-t-on tant d’émerveillement devant un chandelier en cuivre à VivaTech ? Bien qu’il ressemble à un lustre de style industriel, le « chandelier quantique » d’IBM aspire à marquer l’avenir de l’informatique. L’entreprise américaine en a profité pour présenter son expertise dans un domaine encore relativement obscur : l’informatique quantique, un concept qui n’appartient pas à la science-fiction.

Pour faire simple, l’informatique opère avec des unités appelées bits, qui peuvent avoir une valeur de 0 ou 1. En revanche, un qubit (bit quantique) tire parti de phénomènes physiques à l’échelle subatomique pour exister simultanément dans ces deux états. Cela permet de résoudre certains problèmes mathématiques inaccessibles à un supercalculateur dans un délai raisonnable.

« Par exemple, pour simuler toutes les interactions des molécules de café en termes d’énergie, d’impact sur la santé ou de transport de médicaments, il faudrait plus de mémoire qu’il n’y a d’atomes sur Terre, explique Pierre Jaeger, responsable des alliances stratégiques dans le quantique chez IBM. Pourtant, il est possible de le faire avec 100 bits quantiques. Cela s’applique également à des problèmes nécessitant des calculs sur de très longues périodes. »

Les secteurs principalement visés ? La pharmacie, le développement de nouveaux matériaux, la logistique de grande envergure et l’optimisation des réseaux énergétiques. IBM collabore déjà avec un équivalent d’EDF en Allemagne, qui souhaite recourir à l’informatique quantique pour optimiser son réseau électrique. « Ce n’est pas seulement une question de puissance, c’est une approche différente pour effectuer des calculs », résume Pierre Jaeger. Les termes évoluent également : après les CPU (processeurs classiques) et les GPU (cartes graphiques et IA), se profile le QPU, ou « Quantum Processing Unit ». Les trois types coexisteront, chacun étant dédié aux tâches qui correspondent le mieux à ses compétences.

IBM prévoit de commercialiser pleinement ses ordinateurs quantiques d’ici 2029. En attendant, l’entreprise progresse par étapes. Actuellement, une vingtaine de machines sont accessibles en ligne via le cloud, et deux data centers sont opérationnels, dont un en Allemagne. En France, IBM ne fait pas partie des partenaires institutionnels du Plan Quantique national, car Paris a choisi de favoriser les technologies locales. Cette année, lors de VivaTech, IBM présente le système de refroidissement de son ordinateur quantique le plus puissant, un dispositif nommé d’après sa forme.

Cet « avantage quantique » désigne le moment où l’informatique quantique surpassera l’informatique classique pour une tâche donnée, et sa conquête sera probablement très disputée. En matière de cybersécurité, la menace que représentent les ordinateurs quantiques pour les systèmes de chiffrement actuels est bien réelle, mais pas imminente. « Nous ne disposerons pas d’une machine capable de briser la cryptographie avant 2029-2033 », affirme Pierre Jaeger.

Ce responsable d’IBM n’augure pas d’un « moment ChatGPT » pour l’informatique quantique. D’autant plus que cette technologie est destinée aux grandes entreprises, rendant impossible l’utilisation courante de logiciels comme Word ou Minecraft. Cependant, ses effets pourraient être dévastateurs pour les entreprises qui ne s’y engagent pas. « Cela pourrait profondément modifier les dynamiques dans des secteurs stratégiques, envisage Pierre Jaeger. Une entreprise pourrait rapidement rattraper BYD [fabricant de véhicules électriques chinois] en matière de batteries électriques, par exemple. »

L’adoption de cette technologie sera progressive, mais la fenêtre pour se positionner est limitée. Les talents dans ce domaine sont rares. « Pas assez de gens travaillent sur les applications de l’informatique quantique, déplore-t-il. Nous avons besoin d’ingénieurs en logiciels. Dites aux jeunes de se lancer dans les mathématiques. »