Une électricité à prix négatif presque tous les jours d’avril : pourquoi votre facture n’en a pas (encore) profité
En avril dernier, la France a enregistré 149 heures de prix négatifs, avec un prix plancher atteignant -412,55 €/MWh. En 2024, la France a déjà battu un record avec 352 heures de prix négatifs sur l’année selon Selectra, soit deux fois plus qu’en 2023.
Avec l’arrivée des beaux jours, le marché français de l’électricité est de plus en plus confronté aux phénomènes de prix négatifs. Bien que les consommateurs ne perçoivent pas encore les effets de ce déséquilibre, la nécessité d’adapter le réseau devient pressante.
En France, comme dans plusieurs pays voisins, le mois d’avril dernier a été marqué par des prix négatifs. Ces tarifs inférieurs à zéro révèlent un déséquilibre sur le marché de l’électricité : l’offre dépasse la demande. Les producteurs se retrouvent ainsi contraints de payer pour écouler leur électricité.
Durant ce mois d’avril, la France a enregistré des records dans ce domaine : 149 heures de prix négatifs ont été comptabilisées, avec un prix plancher atteignant -412,55 €/MWh, selon un expert du secteur. Le prix moyen en territoire négatif a chuté à -27,77 €/MWh, un niveau également historique.
Pour mettre ces 149 heures en perspective sur l’année, la France avait déjà battu un record en 2024 avec 352 heures de prix négatifs, soit le double de 2023. À mi-juillet 2025, le compteur dépassait déjà 368 heures, et le bilan électrique 2025, publié par RTE en février 2026, fait état de 513 heures de prix négatifs sur l’année. La tendance se révèle donc structurelle et non conjoncturelle.
Sans surprise, l’essor du solaire est l’une des principales causes de ce déséquilibre. L’année précédente, la France a raccordé environ 5 GWc de solaire, selon le SDES (5,9 GWc selon l’Agence internationale de l’énergie), équivalant en puissance crête à cinq ou six réacteurs nucléaires de 900 MW. À noter toutefois qu’un panneau solaire ne produit pas en continu, et 5 GWc de photovoltaïque génèrent en réalité l’équivalent annuel d’un seul gros réacteur, et non six.
Avec l’arrivée du printemps, les journées prolongées et l’ensoleillement accru entraînent une hausse de la production solaire. En parallèle, la demande d’électricité demeure encore faible à cette période, notamment car les pics de production solaire ne coïncident pas avec les pics de consommation (le matin et le soir). De plus, le réseau ne dispose pas encore des capacités de stockage suffisantes pour absorber ces surplus.
Il convient également de mentionner que de nombreux producteurs d’énergies renouvelables sont soumis à des contrats d’obligation d’achat (OA), leur garantissant des prix fixes sur de longues périodes. Cela signifie qu’ils sont peu sensibles aux fluctuations du marché et continuent de produire, quelle que soit la situation.
Le nucléaire joue également un rôle dans ce problème. La production des réacteurs peut être modulée pour aider à stabiliser le réseau. Cependant, les ajustements coûtent de plus en plus cher à EDF, car les volumes modulés ont significativement augmenté ces dernières années. En mars dernier, l’entreprise nationale et le gestionnaire du réseau RTE ont signé un nouvel accord qui impose une limite minimale de puissance pour le parc nucléaire. Cela réduit considérablement la marge de manœuvre, rendant difficile l’amortissement des épisodes de prix négatifs.
Malgré la récurrence de ces épisodes de prix négatifs, ils n’affectent pas directement les consommateurs finaux. Seuls les rares foyers abonnés à des offres à tarification dynamique, indexées en temps réel sur le marché, peuvent en bénéficier. Toutefois, pour en profiter, ils doivent adapter leurs usages énergivores durant la journée, notamment entre 13 h et 15 h.
Si ce type d’offres est courant dans les pays nordiques (environ 90 % des ménages danois et plus de 70 % des foyers suédois et norvégiens sont sous tarification dynamique), en France, seuls deux fournisseurs, Sobry et Frank, les proposent actuellement. EDF envisage toutefois de suivre cette tendance en testant de nouvelles grilles tarifaires mieux alignées sur l’état réel du réseau électrique.

