Belgique

Des oiseaux du Marais d’Harchies abattus en France : saisies internationales pour arrêter le massacre.

Le 21 août 2025, les observateurs bénévoles ont dénombré environ 560 canards ayant passé la journée sur les Marais d’Harchies en Belgique. Le lendemain, les observateurs ne recenseront plus que 68 oiseaux après 1375 déflagrations au cours de l’heure de la traversée.


Crépuscule du 21 août 2025. À la frontière franco-belge, de nombreux observateurs bénévoles sont postés le long d’un chemin surplombant la vaste zone humide, équipés de jumelles et de longues-vues. Leur objectif est d’assister à l’envol des canards qui ont passé la journée dans les Marais d’Harchies, en Belgique, pour rejoindre l’étang de la Canarderie, en France, où une quantité abondante de graines est fournie depuis plusieurs semaines.

Les observateurs estiment qu’environ 560 canards, colverts et chipeaux confondus, se rassemblent. Cependant, dès qu’ils franchissent la frontière, ce spectacle majestueux se transforme en scène de guerre avec le bruit des coups de fusil. 1375 détonations se font entendre durant l’heure que dure la traversée du soir. Le lendemain, jour d’ouverture de la chasse au gibier d’eau en France, les observateurs ne dénombreront plus que 68 oiseaux.

Une situation contradictoire qui dure depuis des années

Du côté belge, les Marais d’Harchies sont une réserve naturelle protégée, appartenant à Natagora et au DNF, le Département de la Nature et des Forêts de la Région wallonne. Ils sont désignés comme une Zone de Protection Spéciale (ZPS) et reconnus comme Zone Humide d’Importance Internationale (ZHII) sous la Convention de Ramsar, un traité international axé sur la conservation et l’utilisation durable des zones humides. Entre 2022 et 2024, la Région wallonne y a investi 1,4 million d’euros pour des projets de restauration. L’Union européenne a également alloué plusieurs millions d’euros dans le cadre du programme LIFE Vallée Atlantique.

Du côté français, sur les communes de Condé-sur-Escaut et Saint-Aybert, l’étang de la Canarderie et d’autres étangs sont considérés comme une zone de chasse. De nombreux miradors et huttes de tir sont présents sur les rives. Le nourrissage des oiseaux, bien que prohibé, est toléré par les autorités françaises. Les chasseurs recourent à des leurres, tels que des faux canards, et placent de vrais palmipèdes dans des cages pour attirer ceux qui ont passé la journée dans les Marais voisins. Tout cela dans le but d’attirer une faune abondante depuis Harchies.

Les Marais d’Harchies ainsi que la zone humide voisine française sont inscrits au réseau Natura 2000 et doivent être préservés selon la Convention de Ramsar. Bien que la chasse y soit autorisée, son impact doit être mesuré et contrôlé.

Entre 2021 et 2024, la ministre wallonne de l’environnement de l’époque, Céline Tellier, a rencontré à plusieurs reprises le préfet du Nord, sans résultats significatifs. À Condé-sur-Escaut, dès qu’un terrain est mis en vente dans la zone, la municipalité exerce son droit de préemption pour acquérir le site et démanteler les huttes et miradors qui s’y trouvent. En revanche, à Saint-Aybert, aucune mesure n’a été mise en œuvre.

Face à l’immobilisme, la Ligue Royale Belge de Protection des Oiseaux va multiplier les actions

La Ligue Royale Belge de Protection des Oiseaux (LRBPO) a déjà déposé une plainte contre la préfecture française du Nord auprès des autorités compétentes de la Commission européenne, pour non-respect des directives européennes « Oiseaux » et « Habitats ». Elle a également contacté la représentation belge de la Convention de Ramsar, qui, après vérification sur le terrain, pourra faire des recommandations à l’État français, signataire de cette Convention. De plus, la LRBPO a mis en relation avec la ministre wallonne de l’Environnement, également responsable de la chasse, qui a adressé un courrier au préfet du Nord.

La LRBPO indique que ces démarches ne constituent qu’une première étape. L’association affirme disposer de divers recours juridiques supplémentaires pour mettre un terme aux massacres survenus le 21 août près des Marais d’Harchies.