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Le Japon ne lève pas les barrières à l’exportation d’armes.

Le Japon a levé mardi les dernières barrières à l’exportation d’armes, mettant fin à une politique d’autolimitation des exportations d’armes instaurée en 1976. Plus de cinq millions d’Afghans sont rentrés d’Iran et du Pakistan depuis 2023, souvent de manière forcée, et vivent dans une grande précarité.


Le Japon a levé mardi ses dernières restrictions sur l’exportation d’armes, une décision historique qui ouvre la porte à la vente d’armements par ce pays à la constitution pacifiste depuis la Deuxième guerre mondiale. Cette modification met fin à la politique d’autolimitation des exportations d’armes que Tokyo s’était imposée et permet à l’archipel d’entrer pleinement sur le marché international de l’industrie de défense, suscitant toutefois des inquiétudes au sein d’une opinion publique attachée au pacifisme.

« Grâce à cette révision partielle (des règles), il est possible, en principe, d’autoriser le transfert d’équipements de défense, y compris tous les produits finis », a déclaré Minoru Kihara, porte-parole du gouvernement japonais. Ce changement a été approuvé par le gouvernement et le Conseil de sécurité nationale, selon l’agence de presse Kyodo.

Sanae Takaichi, Première ministre depuis octobre et connue pour ses positions ultra-nationalistes, a fixé cet objectif : elle estime que cela permettra à l’archipel de renforcer sa défense nationale et de dynamiser son industrie d’armement pour en faire un moteur de l’économie. Ces nouvelles règles résultent d’un assouplissement graduel de l’interdiction générale d’exportation d’armements mise en place en 1976.

Autrefois, le Japon avait déjà exporté des munitions et du matériel militaire, notamment durant la guerre de Corée dans les années 1950, mais il avait ensuite instauré une interdiction conditionnelle des exportations d’armements en 1967, suivie d’une interdiction totale une décennie plus tard. Ces dernières décennies, Tokyo a fait quelques exceptions, ouvrant la voie en 2014 aux exportations de cinq catégories de produits militaires non létaux (sauvetage, transport, alerte, surveillance, déminage). Les partisans de cette révision estiment qu’elle permettra d’intégrer davantage le pays dans la chaîne d’approvisionnement internationale dont il dépend, et ainsi de renforcer les liens défensifs, diplomatiques et économiques avec des nations partenaires, dans un contexte d’instabilité régionale croissante en raison du renforcement militaire de la Chine et des menaces provenant de la Corée du Nord.

« Aucun pays ne peut préserver sa paix et sa sécurité par ses seules forces: en matière d’équipements de défense, il faut des nations partenaires capables de s’appuyer mutuellement », a soutenu Mme Takaichi mardi sur X. La Chine a réagi vivement, exprimant « une très grande inquiétude » et affirmant qu’elle résistera « fermement » à une « militarisation inconsidérée » du Japon. Heigo Sato, expert en défense à l’université Takushoku, a déclaré à l’AFP que le Japon devait établir « un système assurant la fluidité des échanges d’armes et de munitions » entre alliés pour augmenter ses chances de recevoir de l’aide en cas de conflit.

Lorsque l’Ukraine avait appelé les pays amis à lui fournir des armes face à la Russie, le Japon avait choisi de ne pas envoyer d’armements, se contentant de fournir des gilets pare-balles et des véhicules. L’activiste pacifiste Koji Sugihara considère cela comme « un tournant historique », affirmant que la réputation pacifiste du Japon avait favorisé ses relations diplomatiques et commerciales. « Les gens ne veulent pas que des produits fabriqués au Japon soient utilisés pour tuer des gens dans des pays étrangers », a déclaré Sugihara à l’AFP. Un sondage réalisé en mars par la télévision NHK a révélé que 53% des Japonais s’opposent à ce changement concernant les exportations d’armes, tandis que seulement 32% l’approuvent.

« En tant que natif d’Hiroshima, j’ai grandi en réalisant l’importance de la paix (…) j’espère que le Japon, seul pays à avoir été frappé par l’arme nucléaire, continuera de maintenir son renoncement aux armes et son opposition à la guerre », a affirmé mardi Junichi Kikuta, un travailleur indépendant de 56 ans rencontré à Tokyo. Ses détracteurs reprochent à Sanae Takaichi de compromettre le pacifisme de la nation, car la constitution adoptée après la guerre limite les capacités militaires du pays à des mesures défensives. « Notre attachement aux principes fondamentaux que nous avons suivis depuis plus de 80 ans en tant que nation pacifiste demeure absolument inchangé », a tenté de rassurer Mme Takaichi mardi, promettant « des examens au cas par cas rigoureux ».

Cinq groupes japonais (Mitsubishi Heavy Industries, Kawasaki Heavy Industries, Fujitsu, Mitsubishi Electric, NEC) sont déjà classés parmi les 100 premières entreprises mondiales d’armement et de défense en termes de revenus, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Les flux mondiaux d’armes ont augmenté de près de 10% au cours des cinq dernières années, l’Europe ayant plus que triplé ses importations en réponse à la menace perçue de la Russie et l’achat d’armes pour l’Ukraine, selon un récent rapport du Sipri.

Des responsables talibans sont attendus à Bruxelles avant l’été pour discuter du renvoi de migrants vers l’Afghanistan, selon des sources concordantes de l’AFP. Cette visite, coordonnée par la Commission européenne et plusieurs États membres, fait suite à deux déplacements de responsables européens en Afghanistan concernant le même sujet. « Il y a cette idée de les inviter avant l’été », a souligné une source diplomatique à l’AFP, ajoutant qu’il s’agirait d’une délégation à un niveau « technique ». Cependant, aucune lettre d’invitation n’a encore officiellement été envoyée par la Commission aux autorités talibanes.

Portés par une volonté commune de durcir leurs politiques migratoires, une vingtaine de pays de l’UE explorent comment renvoyer des migrants, en particulier ceux condamnés par la justice, vers l’Afghanistan. Cette visite, initialement prévue pour fin mars, devrait désormais avoir lieu dans les prochaines semaines, selon des informations de l’AFP, soulevant de nombreuses questions pratiques et éthiques. D’une part, elle impliquerait de dialoguer avec les responsables talibans au pouvoir depuis 2021, bien que l’Union européenne ne les reconnaisse pas officiellement. Pour entrer en Belgique, pays hôte des institutions européennes, ces responsables talibans devraient donc recevoir des exemptions, que les autorités belges seraient théoriquement prêtes à accorder, même si cette demande ne leur a pas encore été adressée.

De plus, l’Afghanistan fait déjà face à une grave crise humanitaire. Depuis 2023, plus de cinq millions d’Afghans sont rentrés d’Iran et du Pakistan, souvent de manière forcée. Selon les organisations internationales, la majorité d’entre eux vit dans de très mauvaises conditions, sans logement durable ni travail. L’entourage de la ministre de l’Intérieur belge, Anneleen Van Bossuyt, très impliqué dans ce dossier, n’a pas répondu aux nombreuses sollicitations de l’AFP. En 2025, les Afghans ont constitué – de loin – la nationalité la plus représentée parmi les demandes d’asile dans l’UE.

Cependant, après avoir soutenu des centaines de milliers d’entre eux durant la guerre qui a ravagé leur pays pendant des décennies, l’Europe ralentit désormais l’accueil des réfugiés et commence à envisager comment les renvoyer en Afghanistan, au grand dam des ONG. L’Allemagne, pionnière dans ce domaine, a déjà rompu ce tabou en procédant, depuis 2024, à l’expulsion groupée d’une centaine d’Afghans condamnés par la justice, et ce via des vols charters facilités par le Qatar. L’Autriche a emboîté le pas, tandis que de nombreux autres États membres de l’UE, dont la Belgique et la Suède, cherchent à suivre ces exemples, plébiscités par ceux désireux d’une politique migratoire plus stricte. Des responsables européens se sont déjà rendus en Afghanistan à deux reprises, en février 2025 puis en janvier dernier, pour des « missions exploratoires ».

Les Européens « se renseignent sur les vols, sur la capacité d’accueil de l’aéroport de Kaboul, et discutent avec les talibans des sort des personnes qui seraient renvoyées », selon une source impliquée dans ces discussions.