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« Un sénateur tire la sonnette d’alarme sur la voiture électrique chinoise »

Le sénateur Alain Cadec, représentant Les Républicains des Côtes-d’Armor, a récemment exprimé son inquiétude face à l’avance de la Chine dans le secteur de l’automobile électrique, qualifiant sa découverte d’« terrifiant » après une visite de plusieurs fabricants chinois. Invité sur Public Sénat début juin, Cadec a partagé ses réflexions suite à cette expérience, affirmant que l’industrie chinoise aurait « 15 ans d’avance » sur l’Europe, une assertion qui soulève des questions quant à sa véracité.

Les craintes autour des véhicules électriques chinois sont multiples, allant jusqu’à la possibilité qu’ils puissent être contrôlés à distance depuis la Chine. Bien que ces préoccupations soient fondées, certaines des affirmations du sénateur méritent d’être nuancées. Par exemple, pour illustrer le retard de la France en matière d’ingénierie, il a déclaré que « quand la Chine sort 10 000 ingénieurs par an, la France en sort 1000 ». Cependant, ces chiffres sont erronés : la France forme entre 46 000 et 49 000 ingénieurs chaque année, tandis que la Chine en produit entre 1,2 et 4 millions, selon les critères utilisés.

Ainsi, l’écart réel entre les deux pays est bien plus prononcé que ce que Cadec laisse entendre, suggérant une disparité d’un à vingt-cinq, voire d’un à quatre-vingts, au lieu d’un à dix. Cette réalité est d’autant plus préoccupante pour l’Europe, qui doit faire face à des défis considérables.

En ce qui concerne ses autres affirmations, le sénateur a commis plusieurs inexactitudes notables. Concernant Scania, il a soutenu qu’il y avait des investissements chinois dans le constructeur suédois, ce qui est faux. Scania est entièrement détenu par Traton, une filiale de Volkswagen, sans aucun capital chinois. Cette confusion pourrait provenir de la situation de Volvo, dont la branche automobile a été acquise par le chinois Geely.

En ce qui concerne les batteries, Cadec a affirmé que « les cellules, toutes fabriquées en Chine, nous on les assemble ». Bien que cette affirmation ait été valable par le passé, elle ne l’est plus depuis la fin de 2025, avec la production de cellules désormais réalisée en France par ACC et Verkor. Toutefois, il a raison de noter que le raffinage des métaux et la production de matériaux actifs restent majoritairement sous contrôle chinois.

Enfin, au sujet du leasing social, qui permet à de nombreux foyers de louer des véhicules électriques à des tarifs abordables, le sénateur a déclaré que « la tranche de population concernée est infinitésimale ». Cette affirmation est erronée, car le plafond de revenus pour 2026 vise en réalité les cinq premiers déciles, ce qui représente un foyer sur deux en France. Le malentendu réside dans la confusion entre l’éligibilité, qui est large, et le nombre de véhicules disponibles, qui est limité.

Concernant l’accord entre Stellantis et Leapmotor, Cadec a évoqué un « cheval de Troie » pour illustrer l’influence croissante des Chinois en Europe. Cependant, cet investissement de 1,5 milliard d’euros pour acquérir 21 % de Leapmotor montre plutôt une stratégie européenne visant à diversifier son offre électrique à bas coût, sans qu’il s’agisse d’une prise de contrôle.

Malgré ces erreurs, l’inquiétude centrale du sénateur reste pertinente : l’industrie automobile européenne doit effectivement faire face à un retard significatif, et sa dépendance vis-à-vis des batteries chinoises demeure une réalité préoccupante, en particulier en ce qui concerne l’amont de la chaîne de production. Le rapport qu’il a co-signé au Sénat soulève des questions légitimes sur l’avenir de la filière automobile en Europe.