
« Six mois après le rachat par Rebirth, utilisateurs de Cowboy désespérés »
Assistance qui se coupe toutes les cinq minutes, connecteur en rupture de stock pendant six mois, service client qui ne répond plus : trois utilisateurs parisiens de vélos électriques Cowboy partagent leur expérience depuis la reprise de la marque belge par le groupe français Rebirth, ainsi que leurs difficultés antérieures au rachat. Nous avons soumis ces témoignages à Grégory Trebaol, le dirigeant du groupe, qui conteste une partie de ces affirmations.
Le rachat de Cowboy par Rebirth devait mettre un terme à deux années de difficultés suite à de graves problèmes financiers. La marque bruxelloise, fondée en 2017 et devenue une référence dans le domaine du vélo électrique connecté, sortait d’un exercice 2024 désastreux, avec un chiffre d’affaires en baisse de 36 % à 21,7 millions d’euros et une perte opérationnelle de 21 millions. Son rapport annuel évoquait un risque de faillite à court terme sans financement supplémentaire.
Ces difficultés ont été exacerbées par un rappel massif du Cowboy 4 ST, en raison d’un risque de casse du cadre, provisionné à environ 5,6 millions d’euros, ce qui a affecté à la fois la trésorerie de la marque et son approvisionnement en pièces.
Le groupe français Rebirth, qui assemblait déjà les vélos Cowboy dans son usine Re-Cycles à Romilly-sur-Seine et qui détient également Peugeot Cycles, Gitane, Solex, Matra et Angell, a annoncé la reprise de 80 % du capital en septembre 2025, avec un investissement de 15 millions d’euros. « Cette année, l’entreprise perdra encore 8 à 10 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 20 à 22 millions », a expliqué à l’époque Grégory Trebaol.
L’opération a été officialisée le 18 décembre, signée le 23 selon Grégory Trebaol. Rebirth a pris le contrôle de la marque depuis le 10 janvier.
Six mois après, certains clients se sentent encore délaissés. Nous avons recueilli les témoignages de trois utilisateurs et avons rencontré Grégory Trebaol à la mi-juin pour lui faire part de leurs préoccupations.
Cet article fait partie d’un dossier global sur Rebirth. C’est le premier article d’une série de trois, exclusivement consacrée à Cowboy/Rebirth :
« Je ne recommande à personne d’en acheter » : la grogne et le désespoir des utilisateurs de vélos électriques Cowboy six mois après le rachat par Rebirth.
45 millions d’euros de dette effacés, 18 000 lignes de SAV, 12 000 cadres à remplacer : le patron de Rebirth défend sa reprise de Cowboy.
Batteries introuvables, factures salées : le cauchemar des réparations chez Cowboy.
Livio (nous ne citerons pas son nom de famille) a acquis son Cowboy C4 neuf il y a deux ans et demi, dans la boutique (ou plutôt le showroom) que la marque tenait alors au Bon Marché, à Paris. Ce vélo est son principal moyen de transport entre son travail et son domicile. Entre l’achat et son expérience, son opinion sur le produit a évolué : « Le vélo est présenté comme un produit premium, mais, en réalité, il n’a de premium que le design. La qualité des composants n’est pas excellente. C’est également ce que m’ont dit les magasins de vélos qui s’occupaient de l’assistance. »
Les premiers problèmes rencontrés ont été les suivants : un jeu entre le guidon et la fourche, signalé par un magasin agréé alors qu’il avait apporté le vélo pour un autre souci, puis un câble enroulé dans la roue arrière, nécessitant un remplacement complet de la roue. À l’époque, les réparations étaient rapides, avec la promesse d’un retour rapide en selle.
Au bout d’un an, l’assistance a commencé à se couper. « Le vélo se déconnectait d’abord du Bluetooth. Ensuite, l’assistance se coupait régulièrement : parfois toutes les cinq minutes, parfois toutes les trente secondes. » Il a supporté cette situation pendant six mois, le temps qu’un connecteur, en rupture de stock, arrive.
« Vous pouvez imaginer la difficulté, car le Cowboy n’a pas de vitesses. Même si je suis sportif, quand l’assistance ne fonctionne plus, il vaut parfois mieux descendre du vélo et le pousser à la main. » En hiver, « je devais enlever mes gants pour essayer de relancer l’assistance depuis l’application, tout en faisant attention à la circulation. J’ai failli avoir deux accidents. » Le remplacement du connecteur n’a résolu qu’une partie du problème, l’assistance ne se coupant plus qu’une fois par semaine environ par la suite.
« Je me suis dit que je pouvais vivre avec cela. » S’ajoutent les freins, qu’il purge « tous les trois ou quatre mois, parce que de l’air entre dans le circuit » : « Au début, le vélo freinait très bien. Trois mois après l’achat, les freins fonctionnaient déjà moins bien. »
La panne d’assistance est revenue l’été suivant, juste avant l’expiration de la garantie. Une boutique a conservé le vélo et n’a rien trouvé d’anormal au diagnostic. Depuis septembre 2025, il roule hors garantie avec un vélo dont l’assistance se coupe environ toutes les cinq minutes. Sur un groupe Facebook d’utilisateurs, il résume la situation ainsi : « Bonjour, moi je suis très mécontent. J’ai un Cowboy C4 depuis deux ans et demi, il faut dire que le SAV a toujours été pas à la hauteur, voire très mauvais. Mais effectivement là, il est tout simplement absent. J’ai beaucoup de soucis avec mon vélo depuis des mois, avec l’assistance qui coupe toutes les deux minutes. Je ne sais plus quoi faire. »
Alexis (dont nous tairons le nom de famille également) a acheté un Cowboy C3 d’occasion il y a environ un an et demi. Le vélo affichait déjà plusieurs milliers de kilomètres, avec un bout de chatterton autour d’un câble à l’arrière, vestige d’une réparation antérieure au niveau du capteur de couple.
Cela ne l’a pas inquiété, lui qui parcourait 27 kilomètres les jours de travail, sans le moindre signe avant-coureur. « Ce sont des vélos que je trouvais plutôt bien conçus. En tout cas, mon ressenti était très positif : c’était vraiment très agréable de rouler dessus. » Une crevaison arrière a ensuite entraîné une série de problèmes.
En démontant la roue, Alexis a abîmé le câble déjà fragilisé sous le chatterton : « Apparemment, c’est une erreur assez classique : on peut oublier de déconnecter le câble avant de retirer la roue. » Un réparateur agréé parisien a fait un diagnostic avec une tablette et avait la pièce en stock : « Je n’étais pas très confiant, parce que j’avais vu que les délais d’approvisionnement des pièces pouvaient être catastrophiques. » Parallèlement, le service client, plutôt réactif à ce moment-là, lui avait préparé un panier à payer dans l’application, avec le seul câble et non le capteur complet. Il ne l’a jamais validé : « Je me suis dit que, si je commandais, j’allais peut-être me retrouver avec quatre mois de délai. »
Le vélo est reparti trois semaines plus tard. « Au départ, tout fonctionnait parfaitement. Mais, au bout de 24 heures, le vélo est de nouveau tombé en panne, sans raison apparente. Il a complètement lâché. » Depuis, Alexis cherche sur Reddit, YouTube, et s’intéresse à Untamed, une application non officielle développée par un passionné, qui permet de se connecter au vélo et de lire comment la puissance est détectée au niveau du pédalier.
En croisant ses données avec ses recherches et ChatGPT, Alexis a formulé une hypothèse : la pièce montée serait destinée au C4, le modèle suivant, et le problème pourrait « potentiellement être résolu par une simple manipulation dans la version back-office de l’application Cowboy. » Il l’a transmise au service client, puis à un salarié de Cowboy croisé sur Messenger des années plus tôt, après une publication sur un groupe Facebook, et qui l’aidait depuis à chaque problème.
Cette fois, l’employé lui a répondu préférer le transmettre au service technique, et puis plus rien. « Aujourd’hui, j’ai donc un Cowboy qui ne fonctionne plus et qui ne réagit plus du tout. » Il a fini par racheter un vélo, un Tenways : « J’espère que cela se passera mieux, parce que j’ai l’impression que ces marques reçoivent souvent de bons retours au début, puis que les choses se dégradent avec le temps. Je ne sais pas exactement ce qui rend leur modèle économique si compliqué, mais on a souvent l’impression qu’au bout d’un moment, le service se détériore. »
Dérien Chabrier roule sur un C4 classique, la première version de la nouvelle gamme, acheté d’occasion à Paris en 2023 ou 2024 avec 1 500 kilomètres au compteur ; il en affiche aujourd’hui près de 4 000. Il a changé le moteur et quelques pièces, factures à l’appui. « C’est quand même assez galère, parce qu’il y a beaucoup de pièces qui déconnent. Les pièces sont aussi très on
