
Rebirth (Solex, Cowboy, Angell) risque l’expulsion : Saint-Lô dénonce une usine « qui ne sort pas de vélos »
Menacé d’expulsion de l’usine qu’il loue à Saint-Lô, Grégory Trebaol, le dirigeant de Rebirth (Solex, Gitane, Angell, Cowboy), soutient qu’aucune procédure n’est réellement en cours et évoque un litige de TVA de 800 000 euros. Fabrice Lemazurier, président de Saint-Lô Agglo, dément cette affirmation et précise les raisons qui l’ont conduit à demander le départ du groupe.
Rebirth, qui a acquis ces dernières années des marques telles que Solex, Matra, Cowboy, Loewi et Angell, occupe à Saint-Lô une usine d’assemblage de vélos électriques dont il n’est plus propriétaire. Les locaux appartiennent à la communauté d’agglomération, qui les lui loue et qui exige aujourd’hui son départ. Les deux parties présentent des interprétations opposées de la situation. Nous avons souhaité entendre Fabrice Lemazurier après avoir recueilli, en juin, la version de Grégory Trebaol.
Le conflit entre les deux parties a pris une tournure médiatique significative le 11 mai 2026, lorsque Saint-Lô Agglo a annoncé avoir engagé une procédure d’expulsion à l’encontre de Rebirth Factory, la société locataire, anciennement connue sous les noms de Mobiky Tech puis d’Easybike. L’entreprise occupe un bâtiment de la zone Neptune 2 dédié à l’assemblage de vélos électriques. Selon un document fourni par l’agglomération, aucune charge locative n’a été réglée depuis décembre 2025, et le préjudice financier s’élevait à 122 665,81 euros au 4 mai 2026.
Sur ce montant total, les arriérés de loyers représentent 95 723,76 euros, selon le bail commercial actuel, pour un loyer mensuel de 16 152,14 euros fixé par la collectivité, un montant supérieur aux « 11 000 à 12 000 euros » que Grégory Trebaol mentionne. S’ajoutent également 21 472,34 euros de refacturation de la taxe foncière 2025, 2 243,25 euros de taxe sur la publicité extérieure et de redevance d’ordures ménagères, ainsi que 3 226,46 euros de frais de procédure.
L’agglomération inscrit cette décision dans un historique qu’elle qualifie de long et complexe. En 2019, Mobiky Tech a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Coutances. En décembre 2020, un protocole transactionnel a permis la restitution à Saint-Lô Agglo du bâtiment, que la collectivité avait fait construire pour 4,4 millions d’euros hors taxes, l’entreprise se maintenant dans les lieux grâce à un bail commercial.
La sortie du redressement judiciaire a été prononcée en juin 2021, après le paiement de l’ensemble des créanciers. Cependant, de nouveaux impayés de loyers ont conduit l’agglomération à saisir la justice en 2022. Le 23 novembre 2023, le tribunal judiciaire de Coutances a accordé à la société une dernière période probatoire de deux ans, assortie d’une clause résolutoire automatique en cas de nouveau défaut de paiement.
Ce sont ces défauts, selon la collectivité, qui ont relancé le dossier. Le communiqué fait état de douze mises en demeure adressées entre janvier 2024 et août 2025, suivies de quatre nouvelles depuis le début de l’année 2026, sans régularisation. Une rencontre entre les deux parties, le 25 mars 2026, aurait débouché sur des engagements non tenus. La dernière mise en demeure date du 16 avril, et une ultime sollicitation adressée à la directrice générale de l’entreprise le 22 avril serait restée sans réponse.
C’est en invoquant ce « mutisme » et la répétition des défauts de paiement que l’agglomération, qui affirme avoir « constamment défendu les intérêts conjoints de l’entreprise, des salariés et des contribuables », a notifié par courrier officiel son intention de procéder à l’expulsion, avec un commandement de quitter les lieux avant le 20 août 2026.
L’affaire a également pris une tournure politique. Le comité de la Manche de la Gauche républicaine et socialiste a diffusé un communiqué pour réclamer une médiation sous l’égide du préfet, estimant que « le préalable absolu est que soit définitivement clarifié et réglé le litige sur la TVA ». De son côté, Rebirth indique avoir saisi la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) et se dit « pleinement mobilisé et ouvert au dialogue pour trouver une issue constructive dans l’intérêt des 31 salariés et du territoire ».
Grégory Trebaol ne conteste pas un retard de paiement, mais il en minimise l’ampleur et en récuse la gravité. Interrogé par France 3 Régions au moment où l’affaire a éclaté, il reconnaissait « trois mois de loyers de retard à tort » et dénonçait la disproportion de la réponse : « On nous menace d’expulsion pour trois mois de loyers en retard. Cela provoque l’inquiétude chez les 31 salariés pour un peu plus de 122 500 euros. On pourrait faire autrement. C’est inacceptable. » Le dirigeant reprochait surtout à l’agglomération sa méthode : « L’avocat de l’agglomération a envoyé un courrier à notre avocat et l’agglo a écrit aux médias avant même qu’une action judiciaire n’ait été officiellement engagée. On ne comprend pas cette façon de faire. »
Pour comprendre son argumentaire, il faut revenir à la restructuration financière du groupe. Rebirth, alors propriétaire du bâtiment, a procédé à une opération qu’il présente comme une cession-bail : il revend les murs à l’agglomération et redevient locataire, la collectivité jouant en pratique le rôle de banque en portant le crédit. Cette opération correspond au protocole transactionnel que le communiqué de l’agglomération date de décembre 2020.
« Le principal, c’est-à-dire la somme hors taxes, a été compensé avec l’emprunt. En revanche, personne ne nous a payé la TVA », résume le dirigeant, qui chiffre celle-ci à 800 000 euros. « Dans nos comptes, la TVA a été déclarée. Nous l’avons payée, puisque l’administration fiscale nous a contrôlés, a regardé la TVA collectée et donc due. Cela représente 800 000 euros. Nous l’avons payée, mais personne ne nous l’a remboursée. »
De là son soupçon, formulé publiquement : cette tentative d’expulsion ne serait-elle pas, en réalité, « un moyen de détourner l’attention de ce problème de TVA non résolu ? » nous interroge-t-il.
Grégory Trebaol dit avoir signalé le sujet en 2023, puis en 2024 et en 2025, avant de prévenir qu’il cesserait de régler ses loyers pour obtenir une solution. « En 2025, on a répété : ‘Attention, vous avez fait une opération financière sur laquelle personne ne nous a payé cette TVA. On a 800 000 euros en jeu. On va arrêter de régler nos loyers parce qu’on veut une solution.’ »
Il situe une discussion avec le président de l’agglomération en novembre 2025 et affirme : « Il dit qu’il n’est pas au courant. Sur un sujet à 800 000 euros, je pense qu’on est tous au courant. »
Le dirigeant décrit ensuite une succession de rendez-vous demandés en vain, dans un contexte d’élections municipales, jusqu’à un entretien obtenu en mars. C’est en janvier, dit-il, qu’il a décidé d’arrêter de verser le loyer. Après le courrier de l’agglomération, mi-avril, indiquant qu’elle n’était pas responsable de la TVA, et sa propre réponse début mai, il découvre le 10 mai que la collectivité a convoqué la presse pour évoquer une expulsion.
Le patron de Rebirth conteste alors la légitimité de la démarche autant que son fond. Il affirme avoir rencontré le préfet pour lui demander si l’État avait quelque chose à reprocher au groupe, et rapporte une réponse rassurante : « Nous n’avons rien à vous reprocher. Au contraire, vous représentez de l’emploi. »
Selon lui, la préfecture aurait renvoyé les deux parties à une relation « entre un bailleur privé et un locataire ». Et Grégory Trebaol de réagir : « Si on considère qu’il s’agit d’une relation entre bailleur privé et locataire, moi, je considère que le président de l’Agglo n’est pas un bailleur privé et qu’il a, au minimum, un devoir de réserve. Il ne doit pas être cavalier par rapport à cela. »
Grégory Trebaol va plus loin en qualifiant la communication de la collectivité d’« illégale, discriminatoire et préjudiciable », et ironise sur la conférence de presse organisée « avec les trois canards locaux ».
Sur la TVA elle-même, le dirigeant concède toutefois un point qui nuance sa mise en cause de l’ag
