
Mélénchon, Attal, Bardella, Retailleau : la coupure d’Anthropic les unit.
Anthropic a été contraint de couper Fable 5 et Mythos 5 pour tout ressortissant étranger trois jours après leur lancement, suite à une demande du secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick. La réaction en France a été immédiate et transpartisane, de Jean-Luc Mélenchon à Jordan Bardella, qui affirment qu’il n’est plus tenable de dépendre d’une technologie qu’un gouvernement étranger peut éteindre du jour au lendemain.

Cette affaire débute aux États-Unis, mais elle a traversé l’Atlantique en quelques heures. Vendredi soir, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a exigé qu’Anthropic bloque Fable 5 et Mythos 5 pour tous les ressortissants étrangers, invoquant des motifs de contrôle des exportations et de sécurité nationale. En conséquence, l’entreprise a dû interrompre l’accès à ses deux modèles les plus puissants seulement trois jours après leur lancement. Anthropic conteste le motif invoqué, considérant la problématique de « jailbreak » comme mineure, et a décidé de saisir la justice.
En France, la réaction a été immédiate et a transcendi les clivages politiques. Pour une fois, du RN à LFI, l’ensemble des partis exprime la même idée : dépendre d’une technologie qu’un gouvernement étranger peut désactiver à tout moment ne peut plus être acceptée. Ce sujet tombe à point nommé, à un an de la présidentielle.
La souveraineté, nouveau réflexe de campagne
Jordan Bardella (RN) qualifie cela de « sujet de souveraineté nationale majeur » et exhorte Paris à renforcer son soutien à Mistral. Gabriel Attal (Renaissance) livre une déclaration particulièrement audacieuse : « la guerre de l’IA a déjà commencé », évoquant deux camps, les gagnants et les perdants, et un risque de « vassalisation totale de la France ». Son expression frappante : Anthropic est « leur détroit d’Ormuz », une porte qui peut être fermée à volonté. Il en fait l’une des quatre priorités de sa campagne, avec un financement en partie provenant de la réforme des retraites qu’il défend.
Édouard Philippe (Horizons) emploie une analogie similaire : l’IA est une infrastructure critique, « aussi essentielle que l’électricité ou Internet », et il réclame un « Buy European Tech Act » couplé avec un accès préférentiel à l’électricité décarbonée pour les Européens. À gauche, Jean-Luc Mélenchon refuse que la France ne devienne « une colonie numérique des USA », tout en observant que la décision de Trump semble également un règlement de comptes avec Amodei, ce dirigeant qui prône une IA éthique et qui s’est affiché aux côtés du pape pour son encyclique sur le sujet. En somme, le constat est unanime. Le remède, en revanche, suscite de vives divergences.
Bruno Retailleau, lui, invite carrément Anthropic à Paris
Bruno Retailleau (LR), ancien ministre de l’Intérieur et candidat pour 2027, va plus loin que les simples alertes.
Dans son message, le sénateur s’adresse directement à Dario Amodei, le PDG d’Anthropic : « vous êtes les bienvenus à Paris ». Il l’invite à développer l’entreprise en France, promettant un programme pour encourager le retour des experts français en IA, tout en plaidant pour trois axes d’action : une commande publique réorientée vers la souveraineté, des infrastructures adéquates et un assouplissement des règles pour les chercheurs.
Toutefois, Anthropic vient précisément d’être débranchée en raison d’un contrôle exercé par Washington. Une entreprise américaine sous dépendance de son gouvernement n’est pas susceptible de déplacer son siège rapidement. Cette invitation semble donc davantage un marqueur politique qu’une stratégie industrielle concrète.
En fin de compte, cette situation américaine a accompli ce qu’aucun rapport parlementaire n’avait réussi : mettre l’IA souveraine au cœur du débat.
Il reste cependant à souligner que brandir Mistral entre deux messages sur Twitter ne produit pas un modèle de frontière. Entre l’électrochoc suscité et les dizaines de milliards nécessaires pour réduire l’écart, personne n’a encore sorti la calculette.
