
L’IA transforme les enfants en héros de leurs livres.
Avant même que les parlementaires n’adoptent une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, des alternatives moins radicales existaient pour éloigner les jeunes des écrans. L’une d’elles pourrait même inciter les enfants à tourner des pages plutôt qu’à faire défiler passivement des vidéos. Avec l’émergence de l’intelligence artificielle générative, de nombreux sites internet proposent désormais de créer de véritables livres pour enfants dont les histoires sont personnalisées.
Les plus âgés d’entre nous connaissent sans doute la collection de livres intitulée « les livres dont vous êtes le héros ». Au lieu de suivre une histoire jusqu’à la seule fin proposée par l’auteur, le lecteur avait la possibilité de choisir parmi plusieurs options tout au long du livre, chacune menant à un épilogue différent. Aujourd’hui, l’IA permet de créer ses propres histoires avec une facilité déconcertante.
Des sites comme « Hourra héros » n’ont d’ailleurs pas attendu l’avènement des grands modèles de langage pour offrir un tel service, tant pour les enfants que pour les adultes. Cependant, le processus pour chaque livre personnalisé nécessite « 6 mois de travail intense », reconnaît le site américain.
L’IA a favorisé l’émergence de nombreux acteurs dans ce domaine, tels que Framily, Imagitime ou encore Make my book. Google a d’ailleurs annoncé, en août 2025, le lancement de la fonction Storybook dans l’écosystème de Gemini. Cette fonction permettra à ses utilisateurs de générer des livres d’histoires illustrés et personnalisés dans 45 langues différentes.
C’est quelques mois après l’annonce du géant américain que Lancelot Feral, un Parisien de 33 ans, a lancé « Le petit héros », un autre site de création de livres personnalisés pour enfants. « J’avais eu l’idée dès 2023, mais le processus était encore trop laborieux à l’époque pour envisager une industrialisation », explique-t-il. En effet, il ne se contente pas de confier à une IA la rédaction d’histoires selon les souhaits de ses clients. « Nous visons vraiment l’hyper personnalisation, tant pour le contenu de l’histoire que pour les illustrations », poursuit-il.
Les clients sont invités à remplir un questionnaire détaillé pour décrire l’enfant destinataire du livre, son environnement familial, ses passions et ses envies, ainsi que la trame de l’histoire. « Des parents m’avaient demandé une histoire autour de Napoléon, d’autres avec l’Arche de Noé », se souvient le fondateur du Petit héros. Il est également possible de fournir des photos de l’enfant, que l’IA utilisera pour modeler les traits du personnage des illustrations dans un « style Pixar Disney ». Grâce à tout cela, l’entreprise est capable de produire un véritable livre de 25 pages, imprimé, dans un délai moyen de sept jours.
« Pourquoi pas, c’est un bon moyen pour inviter un enfant à lire », reconnaît Stéphane Clerget, pédopsychiatre et auteur de Les maux de vos ados (Ed Solar). Selon lui, « la capacité d’identification facilite l’accès à la lecture, donc cela peut être un gadget pour favoriser ça », poursuit le médecin. De plus, le fait que le livre soit personnalisé et imprimé « n’est pas forcément primordial », car la lecture, même sur écran, reste de la lecture.
Le Dr Stéphane Clerget estime également qu’intégrer l’enfant au processus de création d’un livre personnalisé « peut être un marchepied intéressant pour que l’enfant écrive ensuite lui-même des histoires ». Toutefois, il insiste sur le fait qu’il ne faut pas se contenter de livres générés par l’IA : « la compétence des auteurs, ce qui fait que certains romans continuent de captiver des lecteurs cent cinquante ans après, cela démontre un talent que l’IA n’a pas. »
Dans les exemples que 20 Minutes a pu lire, il est vrai que la qualité littéraire n’a rien d’exceptionnel. C’est du mignon sans trop de saveur. Lancelot Feral est d’ailleurs conscient de cette lacune et prévoit de développer un format d’histoires plus étoffées qu’il appelle des « templates ». « On a recruté une personne qui sera chargée de nous pré-écrire de jolies histoires, mieux écrites, mais qu’il sera tout de même possible de personnaliser », assure-t-il. Un bon tremplin avant d’attaquer les Lumières.
