
L’histoire de la photo des incendies de Gironde, un Android ancien.
Une photo du méga-feu de Gironde, capturée avec un ancien smartphone Android, a fait la couverture du New York Times, du Guardian et du Wall Street Journal. Son auteur, photographe pour l’AFP en vacances, n’a pas souhaité révéler le modèle de son téléphone, mais nous avons tenté de le découvrir par nous-mêmes.
La scène montre un couple installé sous un parasol orange, deux transats rayés et une planche de bodyboard laissée dans le sable. En arrière-plan, une colonne de fumée engloutit l’horizon et colore le ciel d’orange. Cette image a été prise le 24 juillet 2026 sur la plage du Moutchic, au bord du lac de Lacanau, en Gironde. En quelques heures, elle a circulé sur les réseaux sociaux avant d’apparaître dans les journaux internationaux.
Derrière l’objectif, Maximilien Lamy, éditeur photo à l’AFP depuis plus de vingt ans. Il n’était pas en mission : il profitait de ses vacances avec sa compagne et sa fille, et s’est garé un peu trop loin du restaurant, ce qui l’a contraint à longer la plage à pied, comme il l’a expliqué dans une interview.
En face de lui, l’incendie de Saumos dévastait la rive du lac, un feu que l’AFP considère comme l’un des plus destructeurs pour les forêts françaises depuis 1945. Plus de 200 000 personnes ont été évacuées dans le Sud-Ouest durant ce week-end, et des cartes comme Flamap permettaient de suivre l’évolution de l’incendie presque en temps réel.
L’image est presque brute, ayant seulement été recadrée sur les côtés, sans autre modification, a précisé le photographe.
Le rendu de la photo a été tel que certains internautes ont d’abord pensé qu’il s’agissait d’une image générée par intelligence artificielle. Maximilien Lamy résume la prise de vue sans emphase : « j’ai juste vu la composition, j’ai saisi le contraste ».
Quel modèle de smartphone a été utilisé ? Le mystère demeure. Maximilien Lamy a choisi de ne pas divulguer la marque, un choix confirmé par l’AFP pour éviter de donner une publicité gratuite au fabricant. Le téléphone est décrit comme un « Android assez ancien, mais un bon photophone auquel le photographe tient », selon son agent. L’appareil a déjà quelques années.
À retenir, cette phrase qu’il mentionne dans la vidéo publiée par l’AFP : « le meilleur appareil photo, c’est celui qu’on a toujours sur soi ». Cette formule n’est pas de lui ; elle a été popularisée par le photographe américain Chase Jarvis, qui en a fait le titre d’un livre en 2009 consacré à ses images prises avec l’iPhone.
Sur le papier, un photophone haut de gamme comme le Xiaomi 15 Ultra ou un compact expert tel que le Canon EOS R50 surpassent n’importe quel ancien téléphone. Cependant, la meilleure image reste celle que l’on peut réellement capturer au bon moment, et dans ce cas, c’était un smartphone au fond d’une poche.
Puisque la marque restait secrète, nous avons examiné le fichier de la photo. En principe, une photo contient des métadonnées EXIF, ces informations que l’appareil enregistre au moment du déclenchement : marque, modèle, ouverture, sensibilité, parfois la position GPS. Bien que les smartphones aient rattrapé une grande partie du terrain en photographie, ces traces demeurent normalement présentes. Cependant, dans le fichier obtenu auprès de l’agence, il n’y avait rien : aucun bloc EXIF, aucune donnée XMP, l’autre grand format de métadonnées.
Ce qui reste, c’est un profil colorimétrique, un marqueur d’encodage et une fiche IPTC, la petite étiquette de légende, de crédit et de lieu réécrite par le logiciel qui prépare les images pour la diffusion.
Le fichier a été enregistré en dernier par un logiciel Adobe à qualité maximale, indiquant qu’un poste de retouche sur ordinateur a été utilisé après la prise de vue. Restait un indice, le profil colorimétrique embarqué, un Display P3 signé Apple, autrement dit une palette de couleurs propre à la marque. Cela a pu laisser penser à un iPhone.
Cependant, en comparant ce profil octet par octet (via exiftool) à celui d’un iPhone récent, les résultats ne concordent pas : le fichier de l’agence porte la révision de 2015, alors que les iPhones à jour utilisent celle de 2022.
L’AFP a finalement tranché, invalidant toute la piste : la photo a bien été prise avec un smartphone Android. Le profil Apple ne provenait pas du téléphone, mais d’un ordinateur intervenu plus tard dans la chaîne, probablement celui de la retoucheuse, Maelle Lions-Geollot.
La leçon est finalement assez simple. La photo la plus vue de cet été de feux a été prise avec un ancien Android glissé dans une poche de vacances, un appareil déjà daté que son propriétaire trouve encore efficace en photographie. Pour la grande majorité des situations, un photophone d’il y a quelques années est amplement suffisant ; le reste dépend de l’œil du photographe et d’être présent au bon moment.
